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50 % des vignerons du Beaujolais à remplacer sous 10 ans

Comme d'autres, ce vignoble doit renouveler ses producteurs sur le point de partir à la retraite afin d'avoir la capacité de répondre à la demande de ses nouveaux consommateurs.
Par Alexandre Abellan Le 28 janvier 2022
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50 % des vignerons du Beaujolais à remplacer sous 10 ans
Face au renouvellement des générations, l’enjeu est de maintenir un vignoble de taille suffisante pour rester visible auprès des marchés partagent Philippe Bardet, David Bulliat et Cécile Bossan-Redon (respectivement vice-président, président et déléguée générale d’Inter Beaujolais) ce 27 janvier (en assemblée générale d’Inter Beaujolais à la salle du théâtre de Beaujeu). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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etour en grâce commercial pour les vins du Beaujolais. Annonçant ce 27 janvier en assemblée générale de prometteuses performances économiques sur 2021 (voir encadré), Daniel Bulliat, le président de l’Interprofession des vins AOC du Beaujolais (Inter Beaujolais) souligne qu’« une nouvelle génération de consommateurs, sans a priori, aime nos vins. La demande va progresser dans les années qui viennent et nous devons garder un vignoble avec une taille suffisante pour répondre à cette attente. »

Saillant, l’enjeu du renouvellement de génération est fort en Beaujolais. Avec des repreneurs s’installant souvent sur de plus petites surfaces que les cédants, les craintes d’érosion du potentiel viticole sont fortes : « en 2022, on sait que vignes ne seront pas taillées : c’est dramatique » regrette Daniel Bulliat, qui « en appelle aux jeunes et même aux moins jeunes de venir s’installer dans le Beaujolais ». Faisant l’unanimité entre les familles de la viticulture et du négoce, l’enjeu de renouvellement des générations est traité par un plan d’actions lancé depuis juillet 2021 jusqu’à la fin 2023. Avec une aide du plan de relance obtenue ce début 2022, le plan repose actuellement sur six actions*.

Sensibiliser les cédants

Conseiller à l’installation viticole à la Chambre d’Agriculture du Rhône, Marc Robin coordonne ses travaux avec de premiers chiffres permettant de confirmer l’urgence ressentie. D’après une enquête réalisée auprès de 144 exploitants de plus 55 ans (soit 18 % d’une population estimée à 800 vignerons, sur 1 600 dans tout le Beaujolais), la moitié des plus de 55 ans ne connaissent pas leur date de départ à la retraite alerte Marc Robin, pour qui l’enjeu est de « sensibiliser les cédants à la transmission de leur exploitation pour les rendre transmissibles » dans les faits. D’autant plus que démographiquement, « la moitié des vignerons du Beaujolais vont partir d’ici 10 ans » indique l’expert.

Pour rendre attractives ses vignes, les cédants doivent connaître leurs acheteurs potentiels. Ayant sondé 43 vignerons installés depuis moins de 7 ans (soit 17 % d’une population estimée à 250 exploitants), Marc Robin note que la majorité ne s’inscrit pas dans un cadre familial. Ce qui implique des besoins de logement et de cuverie. Un frein à l’installation réside dans l’immobilier, entre pression foncière liée à la proximité de Lyon (avec des prix devenant inabordables) et souhait des cédants de conserver leur habitation liée à leur cuvage (ce qui implique des distances entre logement et outil de production croissante entre nouveaux et anciens installés).

Valeur ajoutée

Soulignant des « chiffres alarmants », Daniel Bulliat estime que « nous allons devoir mettre un partenariat fort avec le négoce régional, avec une contractualisation qui doit être effectuée rapidement et assurer des prix suffisamment rémunérateurs ». Pour le vigneron, « une valorisation durable à terme, c’est l’enjeu numéro. C’est la première année où l’on a une valorisation sur nos vins. si ça continue comme ça, on peut vraiment espérer que les installations pourront revenir dans notre vignoble, que nous pourrons vivre de notre métier, investir dans les exploitations pour renouveler nos vignes. » Vice-président d’Inter Beaujolais, Philippe Bardet s’affirme en soutien : « on y croit, on a besoin de bras, il faut faire venir tout de suite maintenant. Sinon, il n’y aura plus de vignes dans 10 ans. »

 

* : Comme l’explique Marc Robin, il s’agit d’anticiper les futures transmissions (repérage et points d’accueil), de susciter différents profils de candidatures (investisseurs, coopérateurs, vinificateurs vrac et bouteille avec une campagne de communication dédiée), d’augmenter et faciliter l’accès à l’offre de bâtiments techniques (séminaire prévu en juillet prochain pour prendre des positions de la filière, projet de cuvage partagé, de hameaux viticoles, de coopératives…), d’augmenter et faciliter l’offre de foncier (centraliser sur un site actualisé pour donner une meilleure visibilité), d’expérimenter la mise en place d’une pépinière (accompagnement des projets) et de sécuriser la réussite des installations (établir des référentiels sur les modèles économiques vitivinicoles).

 

Performances économiques

Sur l’année écoulée, les vins du Beaujolais enregistrent une forte hausse des ventes en grandes surfaces. Avec 9,8 millions de cols commercialisés sur les 10 premiers mois de 2021, les volumes sont en hausse de 9 % en volume. « Alors que la tendance est négative sur les vins tranquilles, les vins du Beaujolais inversent la tendance après deux années 2018 et 2019 en recul » note Inter Beaujolais. A l’export sur les 12 mois glissants à fin novembre 2021, les volumes sont stables (213 700 hl, -0,3 %), mais les valeurs bondissent (+13 %).

Après 668 000 hectolitres de vins sortis des propriétés sur l’année 2021 (+10 % en un an), l’interprofession table sur 530 000 hl de sorties prévisionnelles en 2022 (avec une prévision de récolte entre 460 et 490 000 hl et une estimation de 50 000 hl de sorties des stocks (s’élevant à 300 000 hl). Pour répondre aux besoins, la filière espère une récolte 2022 généreuse. Idéalement 650 000 hl avance Daniel Bulliat. En attendant, le vignoble manque de vins pour répondre aux demandes des marchés et du négoce.

D’où une « valorisation brutale, trop brutale, mais malheureusement c’est comme ça : c’est l’offre et la demande » note le président d’Inter Beaujolais. Comme l’indique Anaële Joret, la responsable de l’observatoire économique d’Inter Beaujolais, il y a en effet une forte progression des cours sur la campagne de vins en vrac. Au 23 décembre 2021,  les prix moyens sont de 290 €/hl pour le Beaujolais Nouveau (+60 % en un an) et 300 € pour l’ensemble des AOP régionales (+50 %).



 

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Tous les commentaires (2)
vazimeli Le 29 janvier 2022 à 07:44:08
c'est dans tous les secteurs pareils. On a tellement habitué les gens à vivre(mieux que ceux qui travaillent ?!) sans rien faire...ils ne veulent pas prendre le risque d'être dépouillés par l'état...pour justement financer ceux qui ne font rien
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pg Le 28 janvier 2022 à 19:14:46
Le vignoble du Beaujolais est si beau.... Les gamays, bien travaillés sont tellement bon... Les vignes ne sont pas chères. C' est le moment de s' installer là bas. Si ce beau vignoble réfléchi au comment se moderniser sans se pervertir, l' avenir lui appartient . je suis convaincu que le consommateur saura reconnaitre la spécificité unique de ces vins qui sont dans l' air de temps : aromatiques et souples . Courage les amis ! Même si vous n' êtes pas au bout du tunnel , vous allez vous en sortir !
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