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L'offre augmente
Tracteurs vigne 120 CV : est-ce vraiment utile ?

Pour la première fois, des tracteurs interligne passent la barre des 120 ch. Alors que les experts du machinisme doutent de l'intérêt de telles machines, les constructeurs disent répondre à une demande de pouvoir traiter, travailler le sol ou combiner les travaux dans les vignes larges ou en pente.
Par Vincent Gobert Le 11 janvier 2022
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 Tracteurs vigne 120 CV : est-ce vraiment utile ?
En France, la demande en modèles de forte puissance émerge. Notre Nexos 260 présente un intérêt pour des travaux combinés, afin d’optimiser le nombre de passage. Il peut également s’avérer pertinent pour le travail du sol ou la pulvérisation dans des parcelles en pente. », note Armelle Budnik, chef de produit chez Claas - crédit photo : Class
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ers l’infini, et au-delà ! La course à la puissance continue de plus belle. Après avoir vu des tracteurs spécialisés atteindre 110 chevaux il y a quelques années, certains modèles affichent désormais quelque 120 chevaux. Dans ce registre, Fendt est le premier à avoir dégainé, avec son 211 Vario V, F et P, aux 124 ch maximum, une machine sortie cet été qui a déjà des clients (La Vigne n° 347, de décembre 2021). Au Sitevi 2021, Claas et New Holland lui ont emboîté le pas, le premier avec ses Nexos 260 S, M, L et XL, le second avec ses T4 120 V, N et F. Enfin Same confirme aussi de son côté sortir un Frutteto 115 développant jusqu'à 126 ch avec un boost. Tous disent répondre à une demande du terrain. Selon les experts du machinisme, pourtant, aucun outil porté ou traîné du marché et attelé seul à un tracteur ne nécessite une telle puissance.

"Pour combiner des outils "

« Il y a cinq ans, nous avons lancé les 110 ch, rappelle Irénée Guillarme, chef de produit tracteurs chez New Holland. Au début, les ventes n’étaient pas au rendez-vous. Puis elles ont décollé. C’est l’activité fruitiers qui tire la demande à la hausse. Nous vendons aussi du 110 ch à des viticulteurs qui veulent combiner des outils, ou dont les pulvérisateurs nécessitent beaucoup de puissance. Ou ceux qui travaillent le sol dans des vignes larges et en pente - elles sont nombreuses en Charentes, en Provence ou dans le Sud-Ouest -, ce qui est plus confortable avec 110 ch. Nous nous sommes donc dit que nous allions monter encore un peu plus en puissance et passer à 120 ch. Mais nous ne prévoyons pas spécialement de vendre des T4 V en 110 ou 120 ch. Le cœur de marché des T4 est plutôt orienté vers du 80 ch. La demande en tracteurs de fortes puissances augmente d’année en année, sauf sur les V. »

"Une montée en puissance pour la pulvé"

« Les 211 VFP sont localisés essentiellement chez trois de nos concessionnaires, renchérit Antoine Brissart, responsable produit tracteurs chez Fendt, à savoir Fourcade (Gers et Lot-et-Garonne), Manager (Aude, Tarn-et-Garonne, Tarn) et Rullier Agro (Bordeaux). Les trois versions se vendent, mais les F et P sont majoritaires. Cette montée en puissance concerne essentiellement la pulvérisation. Chez Manager, les atomiseurs atteignent 2 000 l et nécessitent énormément de puissance du fait des panneaux récupérateurs et de la pente. »

« Notre marché est plutôt orienté autour de 90-100 ch, note Armelle Budnik, chef de produit chez Claas. En France, la demande en modèles de forte puissance émerge. Notre Nexos 260 présente un intérêt pour des travaux combinés, afin d’optimiser le nombre de passage. Il peut également s’avérer pertinent pour le travail du sol ou la pulvérisation dans des parcelles en pente. »

Scepticisme des spécialistes

Si les constructeurs font preuve de réserve, les spécialistes du machinisme se montrent tout bonnement sceptiques quant à l’intérêt de ces nouvelles machines. « Dans le Bordelais, il y a très peu d’outils qui nécessitent 120 ch, tranche Adel Bakache, conseiller agroéquipement à la chambre d’agriculture de Gironde. Nous n’avons pas beaucoup de pentes. Et l’usage d’outils combinés est très peu répandu. Seuls certains modèles italiens de pulvérisateurs à panneaux récupérateurs exigent une puissance importante. »

« La course à la puissance, ça plaît, raille de son côté Christophe Auvergne, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture de l’Hérault. Mais quand les 110 ch sont sortis, je n’en voyais déjà pas l’intérêt. Car au-delà de 90 ch, même sur des fruitiers où on arrive à monter des pneus décents, il n’y a pas assez de contact avec le sol pour passer la puissance. En fait, seuls certains pulvérisateurs pneumatiques ou rotavators nécessitent plus de 90 ch. Mais dans ce cas, on n’est plus sur du travail lourd du sol. Par ailleurs, beaucoup d’exploitants veulent remettre de la vie dans le sol. Avec cet objectif, le travail profond, qui nécessite une grosse puissance, on l’oublie. Et 120 ch, ça implique une plus grande consommation, donc c’est mauvais pour le bilan carbone. » Poursuivant dans un autre registre, il ajoute : « Ces tracteurs, les concessionnaires n’en feront sûrement pas cadeau alors que les charges de mécanisation se sont alourdies cette année ».

Semblables, mais bien différents

Dans le détail, ces modèles surpuissants sont différents à bien des égards. En effet, les Claas Nexos 260, Fendt 211 Vario VFP et New Holland T4 120 n’affichent pas tous exactement 120 ch. Dans le cas de Claas et New Holland, il s’agit de puissances maximales sans boost, mesurées à 2000-2100 tr/min pour le premier et 2 300 tr/min pour le second. Claas précise que la puissance nominale est moindre, 113 ch. Quant aux Fendt, ils atteignent 124 ch grâce à la fonction électronique Dynamic Performance (DP), qui attribue une puissance supplémentaire aux différents organes et fonctions du tracteur selon les besoins. Sans DP, les 211 affichent 114 ch de puissance maximale et 105 ch de puissance nominale. Le modèle Frutteto 115 de Same présente lui une puissance nominale de 116 ch à 2200 tr/min. La fonction Overboost met à disposition du tracteur 10 ch. supplémentaires pour les travaux de transport sur route au-delà de 10 km/h.

En outre, la puissance n’est pas le seul critère à prendre en compte pour évaluer un tracteur qui doit fournir de gros efforts : il faut aussi s’intéresser au couple. Sur ce plan, New Holland occupe la plus haute marche du podium, avec 518 Nm à 1 300 tr/min, Fendt la deuxième, avec 508 Nm à 1 600 tr/min, et enfin Claas la dernière, avec 466 Nm à 1 500 tr/min. La réserve de couple est également une notion importante : c’est la différence entre le couple à régime maximal et nominal. On retrouve là un podium identique, avec respectivement 42, 33 et 26 %. Sur le papier, si l’on combine puissance et couple, les T4 120 décrochent la palme. Reste à les voir à l’œuvre ! Pour l’heure, seul le 211 Vario VFP est en vente.

Vers l’infini est au-delà ? Peut-être pas. « L’élévation des puissances a une limite sur des tracteurs spécialisés, prévient Irénée Guillarme. Car plus on augmente la puissance d’un moteur, plus il est nécessaire de le refroidir, ce qui nécessite d’autant plus de place. Et ça devient très compliqué d’en trouver sur les tracteurs étroits. » « De toute façon, ajoute Olivier Leroy, responsable du marketing chez Fendt, vu les montes de pneumatiques en tracteur spécialisé, on sera très vite limités. Au-delà d’un certain stade, on n’arrive plus à transmettre au sol la puissance du moteur. Les pneus viticoles ne sont pas faits pour ça. » L’appétit de puissance de certains viticulteurs se heurtera donc probablement aux lois de la physique. De là à ce que les constructeurs se déclarent « impuissants » ? 

 

Le quatuor des 120 ch en chiffres

Claas Nexos 260 SMLXL Moteur FPT 4 cyl. (3,6 l.), Stage V avec SCR / Largeur min. (hors-tout) : 1 m / Transmission Twinshift 30/30 à deux rapports sous charge / PDF ar. : 540/540E/1000 / Hydro. max. : 87 l/min / Relevage ar. max. : 3,1 t / Rayon braquage min. : 3,4 m. Fendt 211 Vario VFP Moteur AGCO Power 3 cyl. (3,3 l), Stage V avec SCR / Largeur min. (hors-tout) : 1,07 m / Transmission Vario ML 70 / PDF ar. : 540/540E/1000 / Hydro. max. : 75 ou 119 l/min / Relevage ar. max. : 3,1 t / Rayon braquage minimum : 3,5 m. New Holland T4 120 VNF Moteur FPT F36 4 cyl. (3,6 l.), Stage V avec SCR / Largeur min. (hors-tout) : 1 m / Transmission 16 av. x 16 ar. avec doubleur hydraulique / PDF ar. : 540/540E/1000 / Hydro. max. : 80 l/min. / Relevage ar. max. : 2,5 t. / Rayon braquage min. : 3 m. Same Frutteto CVT 115 Moteur Farmotion 45 4 cylindres (3,8 l.), Stage V avec SCR / Largeur min. (hors-tout) : 1,15 m / Transmission CVT / PDF ar. : 540/540E/1000 / Hydro. max. : 100 l/min / Relevage ar. max. : 2,6 t. 

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