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Protection phytosanitaire
Validation suisse des drones pour traiter les vignes en pente

Nos voisins suisses concluent à une bonne efficacité de la pulvé par drone contre le mildiou et l'oïdium. À une condition : la compléter par des traitements au sol si la pression de ces maladies est marquée.
Par Clément L Hôte Le 25 novembre 2021
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Validation suisse des drones pour traiter les vignes en pente
Un drone dépose autant de bouillie qu’un l’atomiseur à dos sur les feuilles du haut, mais sept fois moins sur les grappes. - crédit photo : Axel Jaquerod ProConseil
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a Suisse est connue pour ses traitements par hélicoptère, avec près de 1000hectares de vignes couverts chaque année. Le sera-t-elle bientôt pour ses traitements par drone? Ce pays est le premier en Europe à les avoir autorisés. Et les surfaces traitées sont passées de quelques hectares en 2018 à plusieurs centaines en 2021.

Pour évaluer leur efficacité, l’Agroscope (centre de recherche) de Changins et l’entreprise Proconseil ont réalisé des essais en conditions réelles pendant les campagnes 2018, 2019 et 2020. Sur ces trois années, ils ont suivi douze parcelles d’environ 10 ares dans le canton de Vaud et dans le Valais. Certaines en agriculture raisonnée, d’autres en bio. Chaque parcelle étant divisée en un témoin non traité et trois modalités : pulvérisation classique au sol (tracteur, chenillette ou à dos), pulvérisation par drone et pulvérisation par drone avec un ou deux traitements complémentaires au sol.

Premier paramètre mesuré : la quantité de dépôt, sur feuille comme sur grappe. De ce côté, pas de surprise pour Pierre-Henri Dubuis, auteur principal de l’étude : «Le drone dépose autant de bouillie qu’un atomiseur à dos sur les feuilles du haut, mais quatre fois moins sur le feuillage au niveau des grappes, et sept fois moins sur les grappes. De plus, seule la face supérieure des feuilles reçoit une quantité de bouillie suffisante. La face inférieure n’en reçoit pas assez. Ces résultats ne nous surprennent pas venant d’une pulvérisation verticale vers le bas. On obtient des chiffres semblables avec un hélicoptère.»

Dans ces conditions, les vignes sont-elles protégées contre les maladies ? Pour le savoir les expérimentateurs ont noté les dégâts de mildiou et d’oïdium à trois stades : baies de la taille de plombs, fermeture de la grappe et début de véraison. Résultat : tout dépend de la pression. « En cas de pression faible, le drone seul a démontré son efficacité. En cas de pression moyenne, il devient insuffisant ; un traitement complémentaire au sol apparaît nécessaire. En cas de pression forte, le drone seul décroche complètement : il faut plusieurs traitements complémentaires au sol », résume Pierre-Henri Dubuis.

Dans les vignes difficiles d'accès le drone facilite les traitements

 

Globalement, sa préconisation serait la suivante: « Il faut prévoir au moins un traitement complémentaire au sol, idéalement à la nouaison. On a alors une protection très efficace et une véritable alternative. Quand la pression se révèle particulièrement marquée, on peut envisager d’autres traitements complémentaires, cette fois en encadrement de la fleur. » Malgré cela, le chercheur estime que l’engin volant présente un véritable intérêt sur des parcelles particulièrement difficiles d’accès. « Mieux vaut utiliser un drone et passer seulement une ou deux fois à pied que de passer huit fois avec un atomiseur à dos. »

Des règles à respecter

 

Une méthode que l’on peut optimiser en respectant quelques règles de base. « La hauteur de vol idéale se situe entre 3,5 et 4 m du sol selon des essais plus anciens, souligne Pierre-Henri Dubuis. Et, pour s’assurer d’une pulvérisation homogène, beaucoup choisissent un vol perpendiculaire au sens des rangs. Comme le traitement est automatisé, cela évite que l’essentiel de la pulvérisation tombe dans l’inter-rang en cas d’erreur de programmation ou de dérive. » Le chercheur insiste aussi sur la prophylaxie: « Comme pour tout traitement, la bonne aération du feuillage ou encore un bon rognage feront gagner en efficacité. » Quant aux drones eux-mêmes, ils semblent tous offrir la même qualité de pulvérisation. C’est du moins ce que suppose Pierre-Henri Dubuis. « Nous avons utilisé cinq modèles différents dans nos essais. Nous n’avons pas comparé les dépôts de bouillie selon ces modèles, mais les écarts sont probablement très faibles. Certains drones se distinguent par une meilleure faculté d’automatisation, ou encore une capacité plus grande d’embarquement de bouillie, mais pas par une qualité de pulvérisation supérieure.» 

Plus cher que l’hélicoptère

Pour un opérateur qui souhaite s’équiper, le drone coûte environ deux fois plus cher que la pulvérisation classique : 3000€/ha environ pour le traitement par drone, contre 1000-1500€ l’hectare avec un pulvérisateur, selon les Suisses. En prestation, le traitement par drone reste aussi coûteux chez nos voisins. « Il faut compter de 50 à 55 centimes d’euros le m² pour toute la saison, tout compris, voire 60-65 centimes si l’on prévoit un traitement complémentaire au sol. À titre de comparaison, l’hélicoptère revient à 35-40 centimes/m², et le traitement à dos 70 centimes/m². » Des chiffres qui « restent des estimations » et qui « ne prennent pas en compte la protection des utilisateurs et la réduction de la pénibilité au travail », prévient Pierre-Henri Dubuis.

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