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La taille des vignes gelées est un casse-tête

Après le gel, les vignes ont pris un aspect buissonnant. Des vignerons expliquent comment ils font face à cette situation qui leur demandera beaucoup plus de travail.
Par Frédérique Ehrhard Le 23 novembre 2021
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 La taille des vignes gelées est un casse-tête

Bertrand GUINDEUIL, vigneron en Gironde s'attend à beaucoup de travail dans les vignes gelées

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in octobre, Maxime Vigroux a déjà commencé à tailler ses vignes bien qu’elles portent encore des feuilles. « Après le gel d'avril, qui a touché nos 46 hectares, il va y avoir 30 à 40 % de travail en plus à la taille. Mieux vaut commencer, sans attendre même si cela réduit un peu les mises en réserve », explique ce jeune vigneron installé avec son père à Villeveyrac, dans l'Hérault. Maxime Vigroux et son père taillent avec deux salariés d’un groupement. « L'un d'eux est un nouveau. Il peut venir cinq jours par semaine au lieu de trois pour le précédent salarié. Cela va nous aider. Nous prévoyons aussi de faire plus d'heures nous-même. Et si nous avons du mal à finir dans les temps, nous ferons appel à un prestataire », note Maxime Vigroux.

Il a démarré par 5 ha de vignes, très affaiblies, dont ils ont préparé le recépage dès le printemps. Dans ces jeunes chardonnays, très peu de rameaux fructifères avaient redémarré. « Ce n'était pas la peine de penser à les vendanger ! En juin, nous avons sélectionné un gourmand en bas de chaque pied. Puis nous avons éliminé les autres rameaux afin de concentrer la sève sur le gourmand », explique Maxime. Ce travail a nécessité 80 h/ha. Mais fin octobre, les gourmands étaient beaux. « Ce résultat, c'est bon pour le moral, apprécie le vigneron. Maintenant, il reste à attacher les gourmands et à rabattre les vieux pieds qui ont servi de tuteur. Si tout se passe bien, nous devrions retrouver une récolte correcte dès l'an prochain ».

Des situations très compliquées

D'autres situations, sont plus compliquées. « Dans une parcelle de grenache de 3 ha, un ou deux coursons seulement ont redémarré sur le cordon de certains peids. Est-ce qu'il faudra refaire ces cordons ? Comment ? Certains ceps n'ont pas un seul gourmand », se désole le jeune vigneron, qui n'envisage pas pour autant d'abandonner cette parcelle en pleine production. « Nous allons attendre que les feuilles tombent pour y voir plus clair ».

En revanche pour 6 ha de merlot et de pinot noir, la décision est prise. Ces vignes devaient être arrachés dans trois ou quatre ans. Elles étaient taillées guyot par des prestataires. « Pour faire des économies cette année, nous allons prétailler et repasser rapidement nous-mêmes à la main afin d'obtenir une récolte à moindre frais, avant d'arracher l'an prochain ».

A Podensac, en Gironde, la situation s'annonce également difficile chez Bertrand Guindeuil. Ses 11 ha en guyot ont beaucoup souffert. « Dans les cépages blancs, même les contre-bourgeons et les bourrillons ont gelé !. Seuls quelques rameaux ont redémarré à proximité du pied. Il va falloir en sélectionner un ou deux pour repartir vers l'extérieur. Ce sera long et compliqué, pour un résultat qui reste incertain. Dans ces vignes là, je crains que l'impact du gel ne s'étale sur deux à trois ans », note-t-il.

Augmentation du temps de taille

Les cépages rouges, heureusement, sont moins touchés, mais il y aura quand même plus de travail pour sélectionner les bois. « Je m'attends à une augmentation globale du temps de taille de 40 à 50 % », estime-t-il.

D'habitude, ses deux permanents taillent entre mi-décembre et fin février. L'an dernier, ils ont commencé seulement le 20 décembre pour finir en mars, ce qui a retardé le débourrement et permis de sauver un peu de récolte. « Cette année, je vais démarrer dès début décembre et anticiper les travaux d'entretien afin qu'ils aient plus de temps pour tailler au dernier moment les parcelles les sensibles au gel », note Bertrand Guindeuil.

Plus d'heures pour les tailleurs

Cela risque de ne pas suffire mais il n'envisage pas pour autant de faire appel à des occasionnels. « Je préfère m'appuyer sur l'expérience de mes tailleurs et leur demander de faire plus d'heures par semaine. Ils devraient être partants. Cela va me coûter plus cher, mais je n'ai pas le choix. Pendant ce temps, je me consacrerai à la vente aux particuliers pour valoriser au mieux mes vins en stock ».

Chez Audrey Piazza à Montfavet, dans le Vaucluse, les 15 ha de vignes ont été touchés. « Pour l'instant c'est un peu la forêt, car des bourgeons secondaires et des bourgeons latents ont démarré après le gel ! Mais j'ai déjà constaté qu'il y avait des cordons à refaire », note la jeune vigneronne. Sur les ceps, il y a heureusement pas mal de bois, plus ou moins vigoureux en fonction des parcelles. « A la taille, il va falloir prendre le temps de réfléchir pour sélectionner des rameaux bien placés, solides et fructifères afin de remplacer les cordons trop faibles ou carrément desséchés », explique-t-elle.

Travail plus long

Audrey Piazza a pu ébourgeonner 5 ha au printemps. « Il y a un peu moins de bois à éliminer, mais le travail sera quand même plus long », note-t-elle. Pour autant, elle ne prévoit pas de démarrer la taille plus tôt. « Nous taillons à trois avec mon associé et un permanent. Nous allons démarrer mi- janvier comme d'habitude, après avoir taillé nos vergers en novembre et décembre. Si nécessaire, je prendrai deux saisonniers. Mais l'objectif est d'en faire le plus possible nous-même pour réduire les frais ».

En 2021, elle n'a récolté qu'un quart de sa production habituelle. « Est-ce que je dois laisser des bourgeons supplémentaires en secours pour l'an prochain, au cas où il gèle à nouveau ? Ce serait une sécurité. Mais s'il ne gelait pas, j’aurais plus de travail au printemps pour ajuster la charge » , réfléchit Audrey Piazza. Jusqu'à présent, elle taillait toutes ses vignes en cordon de Royat pour produire de l'AOP Côtes du Rhône. Sur d'autres domaines où il y a de l'IGP, elle a observé que les vignes en taille rase avaient mieux redémarré après le gel. « L'an prochain, je saute le pas ! Je vais essayer ce mode de taille sur une parcelle que je déclarerai en IGP ».

 

Moins de travail quand les travaux en vert ont été renforcés

Mathieu Arroyo est le directeur technique du château d'Arche qui compte 70 ha à Sauternes en Gironde. « Nous avions déjà gelé en 2017. De cette expérience nous avons retenu qu'il faut intervenir après cela ! Cette année, nous n'avons pas hésité à renforcer les travaux en vert afin de mieux préparer la taille. En juin, nos saisonniers ont réalisé un premier passage pour ébourgeonner et épamprer, puis un second épamprage. Sur le sémillon cela a suffi, alors que pour le merlot il a fallu un troisième passage. La sève s’est ainsi concentrée sur les bois que nous avons conservés et ceux-ci ont gagné en vigueur. Pour les préserver, nous avons soigné la protection phytosanitaire même lorsqu'il n'y avait pas de raisins. Nous avons consacré 15 à 20 h/ha à ces travaux en vert. Grâce à cela, la taille ne devrait pas prendre plus de temps cet hiver. Mais nous prévoyons de la démarrer plus tard, début janvier au lieu de début décembre, et de renforcer les équipes afin de tailler plus de surfaces gélives au dernier moment. L'an dernier, dans les parcelles gélives taillées en guyot, nous avions retardé la taille à fin mars ou début avril et attendu le débourrement pour plier les baguettes, ce qui avait limité les pertes. En 2022, nous allons faire de même sur plus de surface. Et dans les parcelles taillées à cot, nous allons essayer de laisser des bois plus longs et de les raccourcir au débourrement ».




 

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