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Préservation de l'environnement
Packaging écoconçu : les vignerons multiplient les initiatives

De plus en plus de vignerons optent pour des emballages écoconçus. La démarche séduit les consommateurs. Plusieurs d'entre eux nous détaillent leurs choix.

Par Chantal Sarrazin Le 19 novembre 2021
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 Packaging écoconçu : les vignerons multiplient les initiatives

Au château de Manissy à Tavel, Antoine Edouard, responsable commercial et Florian André, le propriétaire ont lancé la cuvée écoconçue Elzéard

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« Bio, mais pas que ! » Sandrine et Joël Duffau apposent ce slogan sur leurs contre-étiquettes depuis que leur gamme de vin est intégralement éco-conçue. Propriétaires des châteaux La Mothe du Barry et les Arromans, 35 hectares cultivés en bio, à Moulon (33), ils ont verdi leur packaging il y a deux ans. « Nous avons commencé il y a deux ans et demi par alléger la bouteille de notre bordeaux supérieur à la demande de la Société des Alcools du Québec pour passer de 550 à 410 grammes », annonce Sandrine Duffau. L’année suivante, après avoir écoulé leurs stocks d’anciennes bouteilles, le couple a basculé toute sa production, de 180 000 à 200 000 cols par an, dans ce modèle de VOA Verrerie d’Albi. Puis, ils ont changé de bouchon. Diam leur a suggéré un aggloméré certifié FSC (Forest Stewardship Council), label qui garantit une gestion durable des forêts de chêne liège. Dans la foulée, l’étiquette a suivi. « Nous recherchions un papier sobre et 100 % recyclé, indique Sandrine Duffau. L’imprimerie Berjon nous a montré deux modèles : le Rustrel, légèrement beige, et le Ronda, blanc, qui nous ont immédiatement plu. » De plus, elle récupère les glassines, les bandes sur lesquelles sont collés les étiquettes adhésives, afin de les recycler.

Jusqu'au moindre détail

 

Les vignerons se sont décidés pour l’Absolute Green Line de Rivercap, une capsule de surbouchage en polyéthylène issu de canne à sucre. « Quant aux cartons, ils étaient déjà en kraft recyclé et recyclable. Nous avons donc simplement sélectionné deux imprimeurs possédant le label Imprim’Vert : Maubrac et Saica Pack », indique Sandrine Duffau. Pour finir, le couple a poussé le bouchon jusqu’au film étirable qui entoure ses palettes de bouteilles, choisissant un film biodégradable de Soluplast.

Forts de cette expérience, Joël et Sandrine ont lancé cette année, Sens, un nouveau bordeaux supérieur d’emblée entièrement écoconçu. Leur agence au Québec les a encouragés à créer une contre-étiquette expliquant toute cette démarche, qu’ils vont utiliser pour l’ensemble de leur gamme de vin. Sandrine Duffau estime que l’éco-conception augmente le coût du packaging de 10 à 15 %. « Cela prend aussi du temps, juge-t-elle. Il faut demander les échantillons, comparer les solutions, étudier les devis… »

Une cuvée ex-nihilo emballée écologiquement d'entrée de jeu

 

Si Joël et Sandrine Duffau ont sélectionné étapes par étapes leurs emballages, le Château de Manissy, à Tavel dans le Gard, a préféré lancer en 2019 une cuvée ex-nihilo, emballée écologiquement d’entrée de jeu. « C’est un côtes-du-rhône rouge bio que nous avons baptisé Elzéar, en référence au livre de Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, car pour chaque bouteille achetée, nous plantons un arbre avec l’association Reforestaction », annonce Antoine Édouard, le responsable commercial. Avant de trouver les emballages adéquats, « il y a eu des péripéties, enchaîne-t-il. Nous souhaitions un papier recyclé. Chalaguier, notre imprimeur, nous a présenté un modèle épais avec les fibres apparentes que nous allions être les premiers à utiliser. Quand nous avons commencé à étiqueter les bouteilles, les rouleaux se sont cassés à cause de l’épaisseur du papier. Nous avons dû les réparer en les scotchant. »

Exit le plastique

 

Après cette première tentative, leur imprimeur leur a conseillé le papier Fasson labellisé FSC et issu à 95 % de fibres de canne à sucre et à 5 % de fibre de chanvre et de lin. « Nous en sommes très contents ! », signale Antoine Édouard. Pour la bouteille, ils ont choisi la bourguignonne Caractère de 395 grammes d’OI. Pour le bouchon, « c’est Vinvention qui nous a convaincus avec le Select Green. Il est issu de résidus de canne à sucre. Son empreinte carbone négative est négative. Et techniquement c’est une très bonne solution », rapporte Antoine Édouard. Les cartons sont en papier kraft non traité, recyclé et recyclable et ne comportent aucune inscription. Seule la capsule de surbouchage n’a pas pu être optimisée. « Nous n’avons rien trouvé de satisfaisant, déplore Antoine Edouard. Nous ne voulions pas de plastique. Nous sommes donc restés sur une capsule en complexe aluminium. »

Nombreuses retombées dans la presse

 

Ce travail a généré de nombreuses retombées dans la presse. Un joli coup de pub pour le domaine. « Le plus onéreux dans notre démarche, ce n’est pas le packaging, mais l’achat des arbres, 1,50 € hors taxe l’unité, avec l’obligation d’en commander 2000 au minimum », complète-t-il. Pour amortir une partie de ce coût, la cuvée Elzéar est vendue 11€/col. Depuis le lancement, 20 000 bouteilles ont été commercialisées chez Biocoop, qui la distribue en exclusivité avec un flyer explicatif.

Chez les Vignerons de Buzet, l’écoconception a permis d’optimiser les gammes. Pour cette cave coopérative qui commercialise 7millions de cols par an ce n’est pas négligeable. « Avec l’aide de l’agence Think Plus nous avons utilisé ce levier pour uniformiser nos habillages, explique Sébastien Bourguignon, directeur communication et marketing. Nous avons ainsi renforcé notre identité et réduit certains de nos coûts. » Autrefois, l’entreprise utilisait plusieurs modèles de bouteilles. Aujourd’hui, elle n’en a plus qu’une seule, un modèle de 410 grammes. « Dans le passé, nos capsules de surbouchage avaient sept niveaux de gris différents, indique Mathilde Claret, chef de produits. Désormais, nous utilisons une seule capsule de couleur noire en complexe aluminium, le matériau le plus éco-responsable à l’heure actuelle à notre avis. Nous avons également réduit la dimension de ses étiquettes et choisi un papier qui n’excède pas 110g/m2. Tout ceci facilite la prise de commande et la gestion des stocks. Toutefois, il existe des arbitrages entre l’écoconception et le marketing. Sur nos cuvées premium, nous conservons ainsi de la dorure. »

Les jeunes consommateurs sensibles à ces démarches

 

Pour l’instant, les Vignerons de Buzet ont peu communiqué sur ces efforts auprès du grand public. Sachant que les jeunes consommateurs sont sensibles à ces arguments, une réflexion est en cours.

Les jeunes ? C’est justement à eux que Les Vignobles Foncalieu s’adresse avec Green Gang, une gamme d’IGP Pays d’Oc bio que ce groupe coopératif présente comme « 100% biosourcé » sur son site Internet et sur les réseaux sociaux. « Nous avons imaginé une étiquette décalée imprimée avec les pigments naturels d’Inessens sur un papier 100% recyclé », expose Audrey Arino, le responsable marketing. Le bouchon fabriqué par Diam est en liège aggloméré avec un liant à base de cire d’abeille. La bouteille de chez Verallia affiche 410grammes. La capsule est en complexe aluminium. Cette gamme est lancée cet automne dans la chaîne de cavistes Nicolas. 20000cols de chaque couleur ont été prévu au prix de 7,20€ pour le rouge et le rosé et de 7,68€ pour le blanc. Reste à savoir ce qu’en penseront les jeunes.

Les champagnes Palmer signent le premier coffret biodégradable

La cuvée haut de gamme Amazone de Palmer, des champagnes Palmer adopte un coffret recyclable et surtout biodégrable. « C’est le premier sur le marché ! » se félicite François Demouy, directeur de la communication. Fabriqué par la société BillerudKorsnäs, ce nouvel étui est en papier Fibreform : un « pure white kraft pulp », certifié FSC, issu d’une pâte kraft, blanchie sans composés chlorés et sans aucun élastifiant. Il pèse 30% de moins que le précédent étui qui comportait des aimants et comporte un décor gravé « avec un relief saisissant », ajoute le responsable. L’étiquette et la coiffe de la bouteille sont également écoconçues. Destinée aux cavistes et aux comités d’entreprises, cette cuvée affiche 110€. Un tarif qui permet d’absorber le surcoût de son nouvel écrin.

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Tous les commentaires (1)
Etienne Le 23 novembre 2021 à 09:34:19
De nombreuses initiatives pour faire évoluer le monde du vin, pour une consommation plus durable. Bravo! Je ne peux qu'encourager cela
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