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Machinisme
Les constructeurs viticoles multiplient les projets de tracteurs et enjambeurs électriques

Les projets d'enjambeurs et de tracteurs électriques ou hybrides se multiplient pour réduire les émissions de gaz à effets de serre au vignoble. Mais le chemin reste semé d'embûches.
Par Vincent Gobert Le 18 novembre 2021
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 Les constructeurs viticoles multiplient les projets de tracteurs et enjambeurs électriques

Le TKMethanePower de New Holland, en phase de test, roule au biométhane.

- crédit photo : © FPT
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éro émission de gaz à effets de serre grâce à la fée électricité. Telle est la promesse de quelques constructeurs d’enjambeurs. Pionnier et le plus en pointe, Kremer Énergie immatricule « une dizaine de T4E chaque année », selon Pierre Bachelet, directeur commercial. Cet automoteur enjambe deux rangs. Ses 4 roues intègrent toutes un moteur électrique. Le chauffeur dispose de trois modes de conduite : 0-5 km/h, 0-10 km/h et 0-25 km/h. L’enjambeur récupère de l’énergie en descente.

Fabricants précurseurs

Kremer s’est lancé en 2012. Au fil des ans, le constructeur, racheté par Bobard en 2016, a amélioré ses machines et développé son offre. Alors qu’il fallait 8 heures pour recharger les premiers modèles, 2 heures suffisent désormais pour une journée de travail de 8 heures avec une rogneuse ou un pulvérisateur électrique. Aujourd’hui, Kremer Énergie propose trois modèles de 80, 115 et 145 kW, une rogneuse et un pulvérisateur et, depuis peu, une tondeuse et un broyeur. On s’approche des performances et de l’équipement des engins à moteur thermique.

Une nouvelle homologation

Un an après Kremer, Tecnoma a présenté le Voltis, son enjambeur électrique deux rangs. Jusqu'à récemment, il proposait deux modèles de 75 et 115 kW, puis un automoteur à voie variable qui se recharge en 4 heures, laissant à l’utilisateur de 5 à 16 heures d’autonomie en fonction des travaux. Mais le constructeur, qui vendait cinq-six tracteurs par an, vient de mettre l’affaire entre parenthèse. « Il faut passer par une nouvelle homologation contre les émissions d’ondes électromagnétiques, mais les places sont dures à avoir. Nous suspendons la commercialisation du Voltis », explique Claude Amat, responsable commercial vigne. L’homologation concerne tous les fabricants de modèles électriques.

Saudel se lance avec le Beagle

En 2018, Saudel, un fabricant de remorque de récolte installé à Bourran (Lot-et-Garonne), s’est à son tour lancé dans l’aventure avec son Beagle. Destiné au travail du sol avec des outils non animés, il s’agit d’un automoteur monorang capable de supporter toutes sortes de porte-outils. Il se présente en deux largeurs : 1,2 m et 1,6 m. « Nous finalisons une nouvelle version du Beagle avec batteries lithium-ion au lieu de plomb. Nous gagnons de la place et près d’une tonne », confie Éric Saudel, à la tête de l’entreprise. La machine, en phase d’essais, devrait ainsi moins consommer.

L'Alpo de Sabi-Agri fabriqué en série

Enfin, Sabi-Agri est le dernier en date à sortir un enjambeur électrique. Son Alpo est léger, sans cabine, hérité du modèle agricole de la marque. Cet enjambeur possède une hauteur sous poutre de 2 m et une voie variable. Équipé de 4 roues motrices, dont 2 directrices, il embarque 50 ch électriques. Il a une autonomie de 5 à 10 heures et se charge en moins de 1 h 30. Désormais fabriqué en série, une dizaine de machines équiperont des domaines d’ici à la fin de l’année.

Côté tracteurs interligne, Fendt est seul à ce jour à s’être lancé dans la voie du 100 % électrique avec son e100 Vario, présenté en 2017, un tracteur compact destiné aux municipalités. D’une puissance de 50 kW, soit 68 ch, et doté d’une batterie lithium-ion de 650 V, il peut travailler jusqu'à 5 heures de suite. L’option « supercharge » permet de le recharger à 80 % en 40 minutes. S’il peut passer dans les vignes très larges de Cognac, il n’a pas encore de déclinaison viticole.

L'hybride, un bon compromis

Les autres constructeurs de tracteurs misent sur l’hybride. Carraro s’est le premier engagé dans ce compromis avec l’Ibrido, présenté au salon Eima de Bologne en 2018. Trois possibilités pour l’utiliser : 100 % électrique, 100 % diesel ou hybride. Depuis, pas de nouvelles de cet engin.

Pont avant électrique chez Landini

Trois ans plus tard, d’autres constructeurs abattent leurs cartes, toujours à l’Eima, qui s’est tenu du 19 au 23 octobre 2021 à Bologne. Landini y a présenté son Rex4 Electra. Ici, seul le pont avant est électrique. Landini promet que ce tracteur réduit 10 % la consommation de carburant. Mais c’est encore un prototype, sans aucune date de commercialisation pour le moment.

Antonio Carraro a aussi dévoilé un prototype de tracteur hybride lors de ce salon : le SRX Hybrid, doté d’un moteur diesel de 75 ch et d’un électrique de 20 kW qui apporte des chevaux supplémentaires lorsque le besoin s’en fait sentir. Le but est double : fournir du couple et diminuer les émissions.

Merlo est, quant à lui, venu avec le Cingo ePower, un protoype de chenillard 100 % électrique. Ce constructeur décline la technologie installée sur certains de ses chargeurs télescopiques. Résultat : zéro émission, zéro bruit et 4 heures d’autonomie.

Des tracteurs au biométhane chez New Holland

Une autre innovation « verte » nous vient de New Holland. Le constructeur italien a démarré cette année plusieurs campagnes de tests de deux tracteurs roulant au biométhane. Equipés d’un moteur au gaz développant jusqu’à 75 ch et 330 Nm de couple, deux prototypes sont utilisés en conditions réelles au sein du domaine viticole de Fontanafredda, dans la province italienne du Piémont. Avec quelles émissions ? Selon New Holland, le tracteur « approche de la neutralité carbone ».

Les solutions technologiques pour réduire les émissions au vignoble ne manquent pas... Mais à un stade de commercialisation encore peu avancé.

Des robots vertueux

Les robots émettent peu de carbone, voire pas du tout. À ce niveau, les plus vertueux sont les enjambeurs électriques Ted de Naïo Technologies, Bakus de Vitibot et, derniers nés, le tracteur interligne autonome de Monarch et le chenillard Slopehelper. Tous ces engins fonctionnent uniquement sur batterie. Suivent les modèles hybrides comme l’enjambeur Trektor de Sitia et l’interligne Ceol d’Agreenculture, dont Pellenc vient de prendre 30 % des parts. Deux Ceol étaient visibles au salon Eima de Bologne en octobre. Le premier, sur le stand de Pellenc, portait un outil de travail du sol à dents avec réglage par vérin électrique du rouleau de rappui arrière. Le second, sur le stand de Nobili, portait un broyeur électrique (voir photo). Deux configurations pour un même avenir électrique ?

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