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Mode de conduite
La taille mécanique fait ses preuves face au gel

Comment se comporte la vigne conduite en taille mécanique après le gel ? Retour d'expériences de deux vignerons de l'Hérault et du Vaucluse.
Par Frédérique, Ehrhard Le 17 novembre 2021
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 La taille mécanique fait ses preuves face au gel

Pierre Diebolt, vigneron à Gignac dans l'Hérault a récolté 9 tonnes/ha de raisins dans cette parcelle de sauvignon en taille minimale alors qu'elle a gelé le 8 avril

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igneron sur 38 ha à Gignac dans l’Hérault, Pierre Diebolt a de quoi comparer la résilience face au gel de différents modes de taille. En effet, il mène 12 ha en taille minimale, 8 ha en taille rase et le reste en cordon de Royat. Le 8 avril dernier, comme beaucoup d’autres, il a subi le gel. Il vient d’en mesurer les conséquences. « Sur les 12 ha en taille minimale, j’ai fait une récolte normale avec une moyenne de 10 t/ha et parfois plus dans certaines parcelles, apprécie-t-il Après le gel, la végétation a redémarré rapidement dans ces parcelles. Les bourgeons déjà ouverts ont gelé. Mais il en restait beaucoup d’autres qui ont pris le relais. »

Sur les 8 ha en taille rase, en revanche, les bourgeons qui ont redémarré n’ont pas porté autant de grappes qu’il espérait. « Suivant les parcelles, j’ai perdu de 30 à 60 % de la récolte. Mais c’est quand même mieux que dans les vignes en cordon de Royat. Là, sur les blancs qui avaient déjà bien débourré, j’ai perdu 90 % de la récolte ! », note-t-il.

Pierre Diebolt va augmenter sa surface en taille minimale

Sur ses rouges en cordon manuel, en situation moins gélive, Pierre Diebolt a perdu seulement 30 à 40 % de récolte. Et sur ses 10 ha en appellation Languedoc, installés en coteaux à l’abri du gel, il a fait le plein grâce aux pluies bienvenues de cet été.

Après cette expérience, Pierre Diebolt va augmenter sa surface en taille minimale. « Au-delà de son faible coût, elle m’apporte une forme d’assurance, affirme-t-il. Les vignes redémarrent mieux après le gel. C’est spectaculaire cette année. Et les raisins sont aussi mieux protégés des brûlures du soleil par l’épaisseur du feuillage, comme je l’ai constaté lors de la canicule de 2019. Je prévois d’adopter ce mode de taille sur 2 ha de plus en 2022 et 2,5 ha en 2023. »

Chez Luc Gleize, à Sainte-Cécile-les-Vignes dans le Vaucluse, la taille rase couvre 7 ha et la taille en cordon de Royat 43 ha. « Dans certaines parcelles, la température est descendue jusqu’à – 7°C. Sur des caladocs en taille rase, qui ont 25 ans d’âge en moyenne, nous avons perdu la moitié de la récolte. Juste à côté, sur des grenaches de 45 ans en cordon manuel, les pertes ont atteint 90 %, alors que ces deux cépages étaient au même stade avec à peine une à deux feuilles sorties », déplore-t-il. Les chardonnays en taille rase, eux, étaient déjà à trois feuilles étalées et ont complétement gelé.

Avec ce mode de taille, la vigne ne fait pas débourrer tous ses bourgeons

Dans un secteur où la température n’est descendue qu’à – 2°C, ses merlots en taille rase ont donné une belle récolte de 120 hl/ha. « Des bourgeons déjà débourrés ont gelé. Mais il y en avait tellement en réserve, non débourrés, que ceux-ci ont pu prendre le relais », explique-t-il.

Dans ce mode de taille, la vigne ne fait pas débourrer tous ses bourgeons. De ce fait, « c’est avant tout des bourgeons primaires qui démarrent après le gel, alors que sur un cordon de Royat en taille manuelle, ce sont surtout des bourgeons secondaires, moins fertiles », souligne le vigneron.

À Vergèze dans le Gard, Philippe Delmas et Cyril Pachon cultivent 40 ha de vignes en taille rase, à côté de 30 ha de jeunes vignes en cordon qu’ils passeront en taille mécanique dans les années à venir. Ici aussi, les vignes ont subi le gel du 8 avril, plus ou moins fortement selon les secteurs. « Dans la zone où les températures sont restées négatives plusieurs heures, nos chardonnays en taille rase n’ont donné que 3 t/ha au lieu de 10 à 11 t/ha habituellement. Des bourgeons ont redémarré à fruit, mais pas en nombre suffisant », indique Philippe Delmas. 

De meilleurs rendements en taille rase

Dans une zone où le gel a été moins marqué, ils ont obtenu de meilleurs rendements en taille rase. « Là, les chardonnays sont plus vigoureux. Et comme ils avaient déjà gelé deux fois les années précédentes, nous avions décidé de ne les tailler que fin mars. La vigne avait déjà débourré. Il y a eu des bourgeons gelés, mais elle a bien redémarré et nous avons récolté 12 t/ha », relève-t-il. Dans le même temps, un chardonnay juste à côté, conduit en cordon, n’a rien produit.

Dans ce même secteur, les deux vignerons ont récolté 10 t/ha sur un cabernet sauvignon et 11 t/ha sur un grenache, menés en taille rase et qui avaient tous deux débourrés avant le gel. « Le grenache a mis du temps à redémarrer, mais il y est arrivé, avec un bon nombre de bourgeons à fruits, se réjouit Philippe Delmas. Juste à côté, un cinsault en cordon manuel n’a donné que 6 t/ha alors que d’habitude, ce cinsault produit plus que le grenache », détaille-t-il.

Des vignerons confortés dans leurs décisions

Ces observations ont conforté les deux vignerons dans leur décision de tout conduire en taille rase. « Avec cette taille mécanisée très rapide, c’est plus facile d’intervenir au dernier moment. En 2021, nous l’avons fait sur quelques parcelles. Avant de les tailler à la machine fin mars, nous avons nettoyé à la main le tour des piquets et enlevé les sarments mal orientés. En 2022, nous allons tailler tardivement plus de parcelles en taille rase, afin de renforcer encore leur résilience au gel. »

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