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Résultat inattendu
La sécheresse inhiberait les symptômes d'esca sur vigne

Des chercheurs bordelais ont transplanté sous serre des vignes de sauvignon atteintes d'esca. Aucune n'a montré de symptômes de symptômes sur les feuilles lorsqu'elles ont été soumises à une sécheresse modérée ou sévère.
Par Marion Bazireau Le 01 novembre 2021
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La sécheresse inhiberait les symptômes d'esca sur vigne
La poursuite de ces études pourrait permettre une meilleure prédiction de l’apparition de l’esca par l’analyse de l’état physiologique des plantes et des indices de sécheresse. - crédit photo : Chloé Delmas - Inrae
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’Inrae, Bordeaux Sciences Agro, l’université de Bordeaux et l’Institut Français de la Vigne et du Vin vont à l’encontre des observations terrains en mettant en évidence que la sécheresse inhibe l’apparition des symptômes de l’esca.

"L'accentuation des formes apoplectiques ou l'expression des symptômes foliaires tigrés typiques pourraient davantage dépendre des coups de chaleur que de la sécheresse" explique Chloé Delmas, qui a dirigé ces recherches, et précise que les expérimentations ont eu lieu sous serre, dans des conditions contrôlées, différentes de celles du terrain.

En effet, pour pouvoir parfaitement contrôler les conditions de sécheresse, les scientifiques ont d’abord développé une méthode de transplantation de pieds de vigne en pot en s’inspirant des méthodes de culture des bonzaïs.

Ils ont ainsi transplanté 51 ceps du cépage sauvignon blanc âgés de 30 ans issus du domaine expérimental Inrae de la Grande Ferrade dans la région de Bordeaux, déjà suivis depuis six ans pour l’esca. Puis, durant deux ans ils ont suivi l’apparition des symptômes de l’esca en conditions contrôlées et analysé précisément l’état physiologique des plantes dont la moitié était en condition de sécheresse.

Alors que l’on pensait que l’augmentation du dépérissement des vignes de ces dernières années pouvait être due à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité de la contrainte hydrique, aucun pied de vigne en condition de sécheresse, d’une intensité modérée à sévère, n’a montré de symptômes de l’esca sur les feuilles ou d’apoplexie.

Au contraire, la sécheresse a inhibé l’expression des symptômes de la maladie au cours de chacune des deux saisons étudiées.

Plusieurs hypothèses

Les scientifiques avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ce résultat inattendu. Le manque d’eau causé par la sécheresse pourrait directement inhiber l’activité des champignons parasites, ou la sécheresse pourrait aussi avoir des effets sur les réponses de défense de la plante.

Une autre hypothèse serait que la forte réduction du transport d’eau dans la plante causée par la sécheresse supprimerait également le transport de molécules toxiques produites par les champignons.

« Si la sécheresse appliquée a eu un effet positif en supprimant les symptômes de l’esca, il ne faut bien sûr pas oublier que la disponibilité en eau est un des facteurs principaux limitant la productivité et le rendement des cultures. Ces résultats nous permettent avant tout de mieux comprendre le rôle de la physiologie de la vigne dans le développement de l’esca. » rappelle Chloé Delmas.

Des travaux vont se poursuivre pour mieux comprendre le rôle que joue le climat (pluviométrie, température…) sur l’expression de l’esca à l’échelle nationale. Ils pourraient permettre, à terme, de mieux prédire l’apparition des symptômes de l’esca en surveillant les indices de sécheresse et l’état physiologique des ceps dans les vignobles.

 

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