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Flambée des délais et des prix
Manque de coiffes, étiquettes et muselets pour les champagnes cette fin d'année

Face à l'explosion des ventes, les fournisseurs permettant l'habillage des bouteilles ont du mal à suivre pour répondre aux commandes qui s'accumulent.
Par Alexandre Abellan Le 22 octobre 2021
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Manque de coiffes, étiquettes et muselets pour les champagnes cette fin d'année
« Les délais s’étirent et il n’y pas de stock » indique Maxime Toubart. - crédit photo : Sparflex (le muselet Valentin)
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’affaire est entendue en Champagne : tout le monde savait que le commerce repartirait après la morosité imposée par la crise sanitaire, mais personne n’imaginait que les affaires reprendraient aussi vite et aussi fortement. Face à l’afflux de commandes pour les fêtes de fin d’année, les opérateurs champenois sont débordés : et souvent limités par leurs fournisseurs, faute de stocks. Résultat, « on manque de tout : muselets, collerettes, cartons, coiffes… » rapporte Maxime Toubart, le président du Syndicat Général des Vignerons de Champagne (SGV), qui souligne que les hausses des prix causées par la flambée des matières premières s’accompagnent de fortes tensions sur les délais de livraison. Si la Champagne est habituée aux tensions sur les transporteurs en fin d’année, la surchauffe actuelle est inédite, tenant de la crise de croissance.

« Les vignerons n’avaient plus de stocks, comme ils avaient peur de l’avenir, ils s’approvisionnent tous en même temps » résume Julien Lévêque, le gérant de l’imprimerie d’étiquettes Imprim’Eclair (basée à Épernay avec 800 clients). Affichant « des délais de 4 à 5 semaines pour livrer les clients, contre 14 à 15 semaines pour certains de nos concurrents », l’imprimeur indique avoir rapidement investi dans du matériel plus performant (notamment pour diminuer le temps de calage et être plus productif), élargi le travail de ses équipes au samedi et embauché (4 salariés en plus cette année, pour 45 employés au total)… De quoi permettre d’accueillir de nouveaux clients, ce qui n’a pas manqué d’intéresser lors du Viteff note Julien Lévêque, qui précise avoir limité entre +3 et  +5 % la répercussion tarifaire des hausses du prix du papier et du carton.

Demande explosive

L’augmentation des prix est notable pour les coiffes et muselets indique Christophe Mendez, directeur général France du groupe Sparflex (le leader international du surbouchage, basé en Champagne et à Hendaye), évoquant des ordres de grandeur de +10 %. Et ce en lien avec les augmentations des cours des matières premières, « nous sommes cohérents par rapport au marché. Les juges sont nos clients. S’il y avait une hausse abusive, il y aurait une sanction » note le fournisseur. Pour Christophe Mendez, la demande est explosive depuis juin-juillet : « en deux mois, nous avons été submergés d’entrées de commandes, représentant cinq mois de commandes classiques. Quand l’afflux est de cette ampleur, même avec le plus bel outil industriel, vous ne pouvez pas l’absorber. »

Ayant mobilisé ses équipes spécialisées (y compris le samedi), Sparflex indique nécessiter 10 à 12 semaines pour honorer une commande demandant normalement 4 à 6 semaines. Si des tensions d’approvisionnement s’ajoutent à cet afflux (comme sur le fil machine pour les muselets), Christophe Mendez est rassurant : « il n’y a pas de pénurie ou de rupture, mais des tensions sur certains matériaux. Tout est fait pour limiter les impacts. »

C’est rageant

« Aujourd’hui, on a tellement de délais que l’on ne peut pas répondre à certaines commandes » ajoute Maxime Toubart, pour qui « c’est rageant de voir le marché qui tire et que l’on n’est pas capable de répondre à toutes les demandes ». Même si « aujourd’hui on habille pour noël, ça ne va impacter qu’à la marge les commercialisations 2021 (on vise plus de 300 millions cols, plus qu’en 2019). Le marché export est fait, il s’agit du marché français » note le vigneron.

« Je ne vois pas pénalisation pour les ventes » rassure Paul-Louis Vranken, le PDG de Vranken-Pommery Monopole, qui confirme voir « les commandes à l’international se réduire, on est au bout de la demande : ce qui n’est pas parti maintenant ne sera pas consommé cette fin d’année (pour Australie, Asie, côte Ouest des États-Unis...) ». Prenant du recul sur une situation internationale de manque de matières premières*, Paul-Louis Vranken se veut rassurant : « ça va se normaliser. Ça crée de l’émotion à cet instant, c’est un peu la panique, mais ce n’est pas dramatique. Pour le moment c’est ponctuel à un instant t. Comme les transports de containers vers l’Asie et les Etats-Unis. On va revenir à la normale d’ici quelques semaines/mois. C’est juste la poussée incroyable du commerce mondial qui repart. »

 

* : « On est tous soumis à la pression des fournisseurs : soit sur prix, soit sur les livraisons. Et ce comme le monde entier. Ce n’est pas anormal, on revient à un niveau d’activité normale, plus que 2019, moins que 2018 » précise Paul-Louis Vranken.

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