LE FIL

Innovation durable

La bouteille en papier prête à conquérir le monde du vin

Vendredi 08 octobre 2021 par Sharon Nagel

Ceri Parke, vigneronne en Ombrie, a vu la totalité de ses bouteilles Frugal vendues en une journée chez le détaillant Woodwinters en Ecosse
Ceri Parke, vigneronne en Ombrie, a vu la totalité de ses bouteilles Frugal vendues en une journée chez le détaillant Woodwinters en Ecosse - crédit photo : Cantina Goccia
Les gros industriels rivalisent d’ingéniosité pour conditionner leurs produits dans des packagings susceptibles de réduire leur empreinte carbone. Mais c’est une entreprise britannique aux origines modestes qui entend révolutionner le conditionnement du vin avec sa Frugal Bottle en papier recyclé.

Fin 2020, un sondage auprès de 1 741 consommateurs britanniques de vins a révélé que près des deux tiers d’entre eux étaient disposés à acheter du vin conditionné en bouteilles en papier. Fait marquant : ce sont plutôt les 55-64 ans qui se montrent les plus réceptifs (67 %) à ce packaging novateur, qui pèse seulement 83 g, soit cinq fois moins qu’une bouteille en verre, offre une empreinte carbone jusqu’à six fois inférieure, se fabrique sans chimie à partir de carton recyclé et se démonte entièrement pour être recyclé.

Avant d’en arriver là, il aura fallu cinq ans de travaux de recherche et de développement. « La pâte à papier utilisée au départ consommait trop d’énergie à produire, les revêtements ou doublures ne se recyclaient pas facilement, les possibilités offertes par l’habillage étaient limitées et les coûts de fabrication étaient trop élevées », raconte Malcolm Waugh, PDG de la société Frugalpac à l’origine de cette innovation. « Nous avons fait une véritable percée lorsque nous avons appris à prendre du carton recyclé imprimé à plat et à le façonner autour d’une pochette en plastique de qualité alimentaire, qui pouvait être facilement retirée, permettant ainsi à l'emballage d'être à nouveau recyclé ».

Conditionnement au cœur de la région de production

Depuis deux ans, la Frugal Bottle est en phase de lancement et de commercialisation. Et l’intérêt qu’elle suscite dépasse de loin les attentes de ses concepteurs. « Nous avons reçu plus de 1 000 demandes de renseignements d’établissements vinicoles à travers le monde, dont 83 provenant de la France, allant des grandes marques aux PME, pour un total de 90 millions de bouteilles Frugal », se félicite Malcolm Waugh. S’y ajoutent des entreprises de conditionnement qui souhaitent investir dans les machines pour fabriquer les bouteilles à destination d’une clientèle locale.

Une orientation que Frugalpac privilégie : « Le modèle économique de Frugalpac consiste à placer l’équipement de montage de bouteilles Frugal au cœur des régions viticoles. Les matériaux peuvent alors être achetés auprès de fournisseurs locaux, ce qui permet de reconstruire l'infrastructure locale et de créer des emplois sur place. La plupart des imprimeurs locaux seront en mesure de se procurer du papier recyclé et de l'imprimer pour leurs clients, et les entreprises d'emballage souple pourront fournir les poches de qualité alimentaire », détaille le PDG de l’entreprise.

 

La bouteille en papier permet de profiter d’un habillage à 360°

 

Après 18 mois, aucun problème de conservation constaté

Ses arguments ont déjà convaincu Ceri Parke, propriétaire de la Cantina Goccia en Ombrie. « Nous avions fait beaucoup de progrès à la vigne pour réduire notre empreinte carbone mais le packaging restait le maillon faible », relate-t-elle. Associée à la phase de prototypes, la cave italienne a lancé ses premières bouteilles Frugal en juin 2020. « Les pays d’Europe du Nord y sont particulièrement sensibles, tout comme le Japon et le Canada, où le recyclage des emballages est assorti d’objectifs très précis ». Commercialisée sur les ferries Viking en Scandinavie, la bouteille a également séduit par le gain de place qu’il offre. « La question de place est essentielle dans certains pays comme le Japon », note la vigneronne, qui entend passer 80 % de sa gamme en bouteilles en papier, contre plus de 50 % actuellement. « La grande majorité des vins se consomment très rapidement, ce qui rend cet emballage très attractif. D’autant plus que nous avons désormais 18 mois de recul et nous n’avons rencontré aucun problème de conservation du vin ».

Les seuls soucis, restés mineurs, portent sur le processus de remplissage des bouteilles : « L’extérieur de la bouteille ne peut entrer en contact avec du liquide. Autrement, nous nettoyons les bouteilles à l’aide d’un lavage stérile à l’air avant le remplissage. Les blancs et les rosés sont remplis sous atmosphère d’azote. Cela ne modifie pas particulièrement nos habitudes par rapport à une mise normale. En réalité, nous traitons les bouteilles comme des BIB ».

Une innovation à comparer aux capsules à vis

Reste à savoir si le coût représentera un frein du côté des consommateurs. Le prix de la bouteille varie entre 600 et 1 000 euros les 1 000 bouteilles, selon le volume, le type d’impression et autres éléments d’habillage. A ce prix, il faut ajouter la capsule. « Les clients et les consommateurs de Frugalpac accordent davantage d’importance à la réduction des émissions de carbone et au développement durable qu’au prix lorsqu’ils choisissent un vin », insiste Malcolm Waugh. Un avis partagé par Ceri Parke : « Il est tout à fait logique qu’au début les prix soient plus élevés, mais il faut prendre en compte le cycle de vie global du produit et ne pas comparer simplement les prix de départ. Si les Etats faisaient payer aux producteurs le coût du recyclage, les bouteilles en papier seraient plus compétitives aussi ».

Le plus gros problème que rencontre la vigneronne actuellement ? « Nous n’arrivons pas à obtenir suffisamment de bouteilles ». Un obstacle qui devrait être surmonté en 2022, lorsque la capacité de production sera portée à 2,5 millions de cols, auxquelles s’ajouteront celles fabriquées dans les régions de production directement. « Nous avons déjà des commandes représentant la moitié de ce volume, ainsi que 51 demandes de machines Frugal Bottle provenant du monde entier », précise le PDG de l’entreprise. Pour la vigneronne, la demande augmentera obligatoirement : « à l’exception des capsules à vis, cela fait belle lurette que nous n’avons pas vu une telle révolution en matière de packaging du vin. A terme, nous pensons que 4 bouteilles sur 5 seront fabriquées en papier ».

 

Les spiritueux et les BRSA s’y mettent aussi

Le géant des spiritueux Bacardi s’est associé à l’entreprise Danimer Scientific, qui développe et fabrique des produits biodégradables, pour créer une bouteille de spiritueux 100 % biodégradable à partir d’un biopolymère dérivé de l'huile naturelle des graines de canola (Nodax™ PHA). La bouteille, qui devrait être commercialisée à partir de 2023 pour le rhum Bacardi avant d’être étendue à l’ensemble de sa gamme de spiritueux, se dégrade entièrement au bout de 18 mois sans laisser de traces de micro-plastiques, affirme son créateur. Par ailleurs, le secteur des BRSA s’intéresse aux bouteilles en papier, Coca Cola annonçant en juin 2020 le développement d’un premier prototype, avec comme objectif de remplacer à terme la poche en plastique par un matériau biosourcé.

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
Leclerc Le 08 octobre 2021 à 13:31:57
Bravo, beau scoop ! Quelle révolution, mais on voudrait en savoir plus sur "l'entreprise britannique aux origines modestes" : Malcom Waugh est-il un futur "Saint Bernard Tapie" ?!
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé