LE FIL

PGE et encours

Sans année blanche bancaire, 2022 sera "insurmontable économiquement" pour le vignoble

Lundi 04 octobre 2021 par Alexandre Abellan

Sans année blanche bancaire, 2022 sera
Pour pouvoir assumer son endettement et assurer son avenir, le vignoble milite pour un allégement de la pression bancaire qui va s’exacerbe avec les perspectives de petites récoltes et commercialisations.

Alors que les perspectives de croissance du PIB de la France avoisineraient +6 % en 2021 et +4 % en 2022, la viticulture va se trouver au contraire dans la situation difficile d’une baisse de son potentiel commercial d'au moins 30 % avec la petite récolte 2021. « Aujourd’hui, il n’y a pas d’entreprises viticoles en cessation de paiement*, mais avec cette capacité commerciale amputée, les signaux sont au rouge pour leurs capacités à faire face aux encours bancaires dans les années qui arrivent. C’est insurmontable économiquement parlant » alerte Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, qui porte depuis des mois, des demandes d’allongement de la durée d’amortissement des Prêts Garantis par l’État (PGE) et de consolidation des encours bancaires mais à des taux bonifiés. Si le ministère de l’Économie se dit à l’écoute des cas particuliers, Bercy indique vouloir éviter tout effet d’aubaine sur les remboursements de PGE alors que la croissance est de retour.

« Je partage tout à fait : quand on constitue de la dette, il faut la rembourser quand les conditions le permettent » précise Jean-Marie Fabre, pour qui la filière « se trouve avec un accroissement de ses encours bancaires et en même temps une forte diminution de sa capacité commerciale pour répondre à la relance ». Pour le vignoble, le sujet politique de la fin d’année est d’obtenir une aide bancaire spécifique au secteur viticole effective dès le début 2022. Martelant que « notre demande n’est pas de se soustraire à notre dette ou de l’abandonner » Jean-Marie Fabre pointe que les PGE n’ont pas gonflé le chiffre d’affaires du vignoble, mais ont permis de « faire face à nos encours et payer nos fournisseurs, nos salariés et les charges sociales ».

Boîte à outils

Demandant des rencontres entre la filière vin et la fédération nationale des banques pour réfléchir à des outils, les Vignerons Indépendants de France défendent deux leviers : allonger la durée de remboursement des PGE (actuellement de six ans en France, quand l’Union Européenne peut autoriser 8 ans) et généraliser une année blanche bancaire en 2022 (avec un report en amortissement de fin de plan, mais sans surcoût : les intérêts intercalaires étant à négocier/bonifier).

« Il faut aboutir d’ici janvier pour assouplir et alléger les dettes. Sinon les négociations se feront au cas par cas avec les banques pour l’étalement de la dette, avec un coût exorbitant » prévient Jean-Marie Fabre. Une approche que l’on entend déjà à l’Assemblée Nationale, où la députée de la majorité Marie-Christine Verdier-Jouclas (Tarn) indiquait, ce 22 septembre en commission des finances, que : « le cas par cas peut fonctionner, mais je connais les banques : s’il n’y a pas un appel au niveau de [Bercy], par une décision ou un message fort, je crains qu’en 2022 et 2023 on ait des viticulteurs en difficulté ». Les prochains débats sur le projet de loi de Finances pour 2022 seront l’occasion de concrétiser ce diagnostic.

 

* : « On apporte de l’oxygène malgré une situation compliquée grâce aux aides du secteur et aux commercialisations des millésimes 2019 et 2020. Mais dès le début 2022, les trésoreries seront touchées pour la petite récolte (chutes des acomptes de coopérateurs, des volumes de vrac pour les caves particulières…) » précise le vigneron de Fitou.

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