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"Prix raffermis"
Le gel booste le marché de vins Pays d'Oc IGP

Oubliés les besoins de distillation de crise. Après les fortes gelées de début avril, les transactions se sont accélérées sur le marché de l'IGP Oc. Les prix se sont raffermis sans flamber pour autant.
Par Michèle Trévoux Le 17 mai 2021
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Le gel booste le marché de vins Pays d'Oc IGP
Grillant d'importantes surfaces viticoles, l'épisode gélif de ce printemps a rebattu les cartes de la campagne de vente des vins en vrac. - crédit photo : Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation (dégâts de gel en Hérault ce 17 avril)
L

es courtiers sont en première ligne pour le constater. Le gel a boosté les achats sur le marché vrac de l’IGP pays d’Oc. « Il y a eu un gros coup d’accélérateur sur les vins qui restaient à la vente. Depuis un mois, je suis très sollicité, y compris par des acheteurs qui habituellement ne m’appellent jamais. Les plus gros opérateurs qui s’étaient couverts, pour partie du fait de la crise sanitaire, sont repassés aux achats pour garantir leur approvisionnement au moins jusqu’à la fin de la campagne. D’autres metteurs en marché, qui s’étaient peu approvisionnés spéculant sur une baisse des prix, sont massivement passés aux achats. Sur les blancs, on est à sec. Il ne reste plus grand-chose en rosé et même sur les rouges, il devient compliqué de trouver des volumes. Les prix n’ont pas flambé mais se sont raffermis et se situent au niveau du début de la campagne » indique Louis Servat, courtier dans l’Aude.

Le courtier biterrois René Vergne confirme : « Le marché s’est accéléré. En un mois, j’enregistre 200 000 hl de transaction ce qui est très inhabituel à cette période de l’année. Les acheteurs ont anticipé le probable déficit de récolte 2021. Les cours ont peu bougé pour le moment, gagnant 1 à 2 €/hl ».

Jean-Christophe Baille, courtier gardois, fait le même constat : « Les acheteurs qui hésitaient à finaliser les affaires en cours, ont concrétisé leurs achats pour tenir plus longtemps sur le millésime 2021. Il y a eu un peu de précipitation pour acheter le meilleur de ce qui restait à vendre, notamment en rosé. On constate un basculement du marché : avant le gel, on se préparait à une nouvelle distillation de crise, qui n’est plus du tout d’actualité à ce jour ».

12 000 hl contractualisés en 15 jours

A la cave du Mont Alaric à Moulx dans l’Aude, le directeur Claude Bolano a clairement noté le revirement de situation : « Le marché qui était très peu dynamique s’est excité. Avant le gel, il me restait 60 % de ma récolte à vendre, essentiellement des rouges, alors qu’habituellement à la même époque, 80 % des volumes sont contractualisés. Les prix étaient à la baisse et j’ai refusé de vendre. Le gel a activé les achats : en 15 jours, j’ai vendu 12 000 hl d’IGP rouge, soit 40 % de la récolte au prix du démarrage de la campagne. Reste à savoir quel sera le rythme des retiraisons ».

A la coopérative Terre d’Expression à Fabrezan, Quentin Fischer, le directeur fait une distinction entre les IGP et les AOP : « Il y a une forte demande sur les IGP. Il nous restait 2 000 hl d’IGP Oc syrah qui ont été contractualisés une semaine après le gel. Pour les AOC, la demande est plus timide. La tension la plus forte est sur les blancs en IGP Oc. Nous avons déjà des demandes de réservation sur souche pour la prochaine récolte. Demandes que nous refusons, car nous avons des partenariats auxquels nous accorderons la priorité ».

Consensus autour de la contractualisation pluriannuelle

Réunis ce mardi 11 mai sous l’égide d’Intersud, les représentants de la filière viticole du Languedoc-Roussillon ont travaillé sur un diagnostic chiffré de l'impact estimé du gel du mois d’avril. Avec un objectif de stocks à 6,2 Mhl au 31 juillet 2021 et de 4,7 Mhl au 31 juillet 2022, des sorties de chai à 8,3 millions d’hl sur la campagne 2021-2022, les besoins de la campagne s’élèvent à 7,3 Mhl, ce qui semble réalisable dans ce contexte de gel. La difficulté sera de flécher les volumes produits entre les différentes couleurs et qualités.

« Il est important qu’on puisse alimenter nos différents marchés, y compris les segments d’entrée de gamme. Ce dialogue entre tous les représentants de la filière est très constructif pour appréhender les enjeux de notre filière face à ce gel » commente Gilles Gally, représentant du négoce. La contractualisation pluriannuelle, qui permet de sécuriser les producteurs comme les metteurs en marché, est un outil que l’ensemble des acteurs de la filière souhaite développer. Reste à trouver un consensus sur les modalités de sa mise en œuvre. Concernant le déficit attendu de récolte sur les cépages blancs, il a été évoqué la possibilité de revoir les rendements moyens en IGP Oc blanc à titre exceptionnel sur le millésime 2021. Cette proposition sera débattue lors du prochain Conseil d'Administration du Syndicat des Producteurs de Vin de pays d'Oc.
 

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