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Les réponses aux 5 questions vigneronnes les plus fréquentes sur la flavescence dorée

Les chercheurs du plan national de dépérissement du vignoble expliquent aux viticulteurs tout ce qu'il faut savoir sur la maladie de quarantaine.
Par Marion Bazireau Le 05 mai 2021
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Les réponses aux 5 questions vigneronnes les plus fréquentes sur la flavescence dorée
Scaphoideus titanus se déplace en sautant ou en volant sur de courtes distances, en majorité autour de 30 mètres, mais parfois jusqu’à 300 mètres. - crédit photo : Creative Commons
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esponsable de la coordination technique au ‎Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), Héloïse Mahé explique que les viticulteurs ont souvent posé les mêmes questions lors des prospections contre la flavescence dorée.

Pour en faire profiter toutes les régions, elle a répertorié les plus fréquentes et invité Audrey Petit, de l’Institut Français de la Vigne et du Vin Sud Ouest, et Sylvie Malembic-Mahec, de l’Institut National de la Recherche Agronomique de Bordeaux, lors d’un webinaire ce 29 avril.

1) Quelles différences entre la flavescence dorée et le bois noir ?

Ces deux jaunisses de la vigne sont caractérisées par les mêmes symptômes. Elles sont en revanche causées par deux phytoplasmes différents, stolbur pour la flavescence, et candidatus phytoplasma solini pour le bois noir, ce dernier infectant aussi le tabac, la tomate, la pomme de terre ou la lavande. Des prélèvements et des tests PCR réalisés dans des laboratoires officiels sont nécessaires pour les distinguer.

Ces phytoplasme ont également des vecteurs différents. La cicadelle scaphoideus titanus pour la flavescence, qui vit et se nourrit de la sève de la vigne, transmettant la maladie de pied en pied, et Hyalesthes obsoletus pour le bois noir, un cixiide polyphage qui ne vit pas sur la vigne mais principalement sur les orties et liserons. Lorsque ces plantes se dessèchent en été, il peut aller s’alimenter sur la vigne, sans pouvoir transmettre le bois noir de pied en pied. Les insecticides sont ici inutiles, contrairement à l’élimination des plantes réservoirs.

2) Quelle distance peut parcourir une cicadelle ?

Scaphoideus titanus se déplace en sautant ou en volant sur de courtes distances, en majorité autour de 30 mètres, mais parfois jusqu’à 300 mètres. Dans le cadre du projet RISCA, actuellement en cours, les chercheurs évaluent aussi l’influence des vents, des cépages ou des modes de conduite sur la dispersion de la cicadelle. 

L’insecte peut en plus se disperser de manière passive, dans toute l’Europe par les bois de vigne quand les traitements n’étaient pas obligatoires dans les pépinières, par les vents sur plusieurs kilomètres, et via les engins agricoles, comme les effeuilleuses. 

3) Le traitement à l’eau chaude est-il efficace ?

Il élimine les phytoplasmes dans les bois de vigne en dormance, à condition que le matériel végétal soit immergé dans une eau à 50°C et agitée pendant au moins 45 minutes. Ce traitement n’est pas un vaccin, les plants peuvent être recontaminés par la suite, d’où l’importance de la surveillance.

Il n’impacte pas le taux de reprises des plants, mais retarde la date de débourrement, d’autant plus qu’il est réalisé proche de la plantation.

4) Pourquoi faut-il aussi prospecter les zones indemnes ?

Pour détecter au plus tôt les éventuelles émergences et éviter une propagation épidémique et très rapide de la maladie. Le risque principal est le transfert de cicadelles depuis des foyers actifs.

En Bourgogne, ces transferts ont été tracés par génotypage des phytoplasmes. De 2011 à 2019, les chercheurs ont ainsi assisté à la migration d’une même souche du nord du Mâconnais vers le sud puis vers le nord jusqu’à Beaune.

Plus rarement, le phytoplasme peut être transmis par d’autres cicadelles installées des plantes environnants les parcelles, telles que l’aulne ou la clématite. Scaphoideus se charge ensuite de propager la maladie dans le vignoble.

5) Les insecticides sont-ils efficaces contre la cicadelle ?

Dans la synthèse de la saisine sur les néonicotinoïdes, les experts de l’Agence Nationale de la Sécurité Sanitaire (Anses) ont récemment estimé que tous les insecticides disposant d’une Autorisation de Mise en Marché (AMM) pour la vigne sont efficaces sur l’ensemble des cicadelles. Ils signalent cependant un risque d’apparition de résistances. Mieux vaut associer les matières actives pour retarder le phénomène.

En viticulture biologique, des essais en Bourgogne, à Bordeaux et dans le Sud-Est sur les pyrèthres naturels ont montré que ces derniers sont en moyenne efficaces à 72 % (contre 99,8 % pour les produits conventionnels), avec de grandes variabilités, et donc de potentiels accidents. Multiplier les traitements réduit les risques, tout comme l’épamprage.

Aucun autre moyen de lutte n’a à ce jour prouvé une bonne efficacité.

 

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