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Tests en vidéo

Premiers essais, et effets, des exosquelettes pour les dos vignerons

Mardi 09 mars 2021 par Alexandre Abellan

Textile, l’exosquelette porté par le vigneron Philippe Bataille « m’oblige à rester dans la bonne posture basse. Je sens l’aide quand je me relève. »
Textile, l’exosquelette porté par le vigneron Philippe Bataille « m’oblige à rester dans la bonne posture basse. Je sens l’aide quand je me relève. » - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Le château Lagrange vient de passer une semaine à tester des outils innovants pour soulager les lombaires de ses employés à la vigne et au chai. Une nouvelle voie pourrait s’ouvrir pour réduire le poids des Troubles Musculo Squelettiques.

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L’essayer, c’est vouloir l’adopter. Au terme d’une semaine de tests d’exosquelettes ce début mars sur plusieurs postes de travail, le bilan est très prometteur pour les équipes techniques du château Lagrange (118 hectares de cru classé en 1855 à Saint-Julien). Qu’il s’agisse de soulager les douleurs des ouvriers déplaçant des caisses de vin ou taillant la vigne, la fatigue de certaines tâches répétitives s’en est trouvée soulagées par l’assistance d’exosquelettes adaptés.

Si le terme d’exosquelette fait penser à des simili-armures robotisés de films de science-fiction, ceux proposés par la distributrice médocaine Béatrice Dalzovo (HBR Innovation à Saint-Aubin-de-Médoc) sont bien plus simples et robustes. Il s’agit d’assistance le corps et soulagement ses articulations avec des outils passifs permettant de répartir physiquement les charges (avec des élastiques, ressorts, câbles, plaques…).

TMS

A écarter de toute idée de robotisation des tâches répétitives, les exosquelettes qui pourraient aider les travailleurs de la filière ne cherchent pas à augmenter un débit de chantier, mais à faciliter la réalisation d’un mouvement pour ne pas user les salariés. Sont donc en ligne de mire les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS), qui pèsent sur la santé de la main d’œuvre vitivinicole (voir encadré). Employant 32 salariés permanents et l’équivalent de 20 saisonniers à temps pour ses travaux vitivinicoles, le château Lagrange fait état de 10 % d’arrêts maladie et d’accidents du travail. Un constat qui coûte humainement et économiquement sans qu’il y ait beaucoup de leviers.

« Pour la mise en bouteille, il y a eu une amélioration avec un élévateur de palettes et un aspirateur de bouteilles. Mais à la vigne, une fois que l’on a mis des sécateurs électriques, on est limités » témoigne Benjamin Vimal, le directeur adjoint du cru médocain, qui note des réticences des salariés face aux conseils d’échauffement avant toute activité répétitive.

"Ça diminue le poids ressenti"

Pour trouver de nouvelles solutions aux TMS, le château Lagrange participe aux premiers essais d’exosquelettes dans le vignoble. Toute la question étant de déterminer les modèles existants qui peuvent être efficacement transposés dans un domaine viticole. Certains exosquelettes permettent de répondre à des tâches très précises, comme le modèle de manutention Skelex IP 12 (constructeur français Gobio, du groupe Europe Technologies). Avec ses poulies et ressorts, cet exosquelette de manutention permet d’assister le salarié lors d’un travail où les bras sont en hauteur. « Ça diminue le poids ressenti. Les bras sont légers quand ils sont levés » témoigne André Cardenas, le mécanicien du château Lagrange. Qui en fait la démonstration avec une meuleuse et une visseuse à choc.

Commercialisé 5 à 6 000 € HT, le Skelex IP 12 paraît cependant fragile en dehors d’un atelier, mais ses applications pourraient se décliner dans les chais (pour déplacer des barriques) ou la mise en bouteille (pour chercher des caisses). L’enjeu des exosquelettes reste de déterminer leur champ d’application optimale, tous les modèles n’ayant pas les mêmes performances ergonomiques, et donc la même acceptabilité par les salariés.

Soulager les lombaires

En témoignent le harnais de posture Hapo de la société française Ergosanté (avec des tiges sur les flancs) et l’exosquelette textuel LiftSuit de l’entreprise suisse Auxivo (un baudrier avec des élastiques dorsaux). Commercialisés plus de 1 000 €, tous deux cherchent à soulager les lombaires lorsqu’un travailleur se baisse. L’idée est de fair travailler les cuisses et non le dos, tout en contraignant l’utilisateur à se baisser correctement en termes de mouvements. Au-delà des effets sur le dos, l’enjeu de confort est primordial pour les utilisateurs.

Le modèle LiftSuit fait ainsi l’unanimité. « Je sens moins de gène et plus de confort » indique Stéphanie Degas, vigneronne au château Lagrange, en plein atelier d’acanage (l’attachage des pieds de vigne à leur piquet avec du vîme, une branche d’osier). L’exosquelette la contraignant à se pencher correctement, Stéphanie Degas se déclare satisfaite par le maintien qui lui est apporté. Attendant de tester pendant 8 heures de travail l’exosquelette, la vigneronne n’a qu’une interrogation : quel sera l’impact de ce baudrier sous la chaleur de l’été ?

"Moins de douleur"

« Par rapport à la chaleur, il faudra l’essayer durant l’épamprage. Ça condense déjà ! » souffle Philippe Bataille, vigneron au château Lagrange, qui taille au ras du sol sous un chaud soleil printanier et semble visiblement séduit par les effets de l’exosquelette LiftSuit sur son dos : « je vais chercher en bas et il n’y a pas de résistance. Il y a moins de douleur et je vais à la même vitesse. »

Même effet positif à la ligne de conditionnement pour se baisser et porter des caisses témoigne Nicolas Lopez, ouvrier de chai du cru classé. Le manutentionnaire note cependant que son poste cause beaucoup de piétinements qui ne sont pas soulagés par ce modèle LiftSuit. « Nous sommes obligés de prendre une TMS après l’autre. Là nous pouvons avancer sur le dos, mais il y a aussi le canal carpien et l’épicondylite où l’exosquelette n’est pas une solution » indique Jules Stoquart, le responsable R&D du château Lagrange.

Pas de solution miracle

Devant encore être confortés par des essais plus poussés, ces premiers tests restent une « bonne surprise. On pourrait utiliser un même exosquelette sur plusieurs tâches et ateliers (même pour les tractoristes » avance Benjamin Vimal. Qui souligne que les exosquelettes ne seront pas une solution miracle aux TMS, mais un outil supplémentaire, s’approchant d’un Equipement de Protection Individuel (EPI). Prévoyant un déploiement progressif en 2021-2022 selon les demandes exprimées par les salariés, le directeur adjoint du cru classé souligne que leur utilisation sera progressive, avec un plan d’intégration.

« On ne pas passer de rien à tout » confirme Béatrice Dalzovo. N’ayant pas signé de commandes en viticulture, la distributrice sent un fort intérêt de la filière pour trouver des solutions à l’usure d’une main d’œuvre toujours plus rare et précieuse.

 

TMS : 94 % des maladies professionnelles du vignoble

D’après les statistiques de la Mutualité Sociale Agricole (MSA), le secteur viticole recense en moyenne 636 cas de TMS par an (sur la moyenne 2015-2019). Quasiment une TMS agricole sur cinq se trouve dans le vignoble, qui est le premier secteur touché. Chaque année 379 cas de TMS vitivinicoles sont graves, pesant pour 22 % des diagnostics nationaux.

Le poids de ces maladies professionnelles est d’autant plus fort pour la filière vin qu’elles représentent « 94,1 % des maladies professionnelles avec et sans arrêt, reconnues et indemnisées, chez les salariés agricoles » souligne la MSA. Les TMS touchent aussi bien les hommes que les femmes (respectivement 50,8 et 49,2 % des cas).

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