LE FIL

Démocratie participative

Un référendum sur l’interdiction totale des pesticides de synthèse en Suisse

Jeudi 25 février 2021 par Marion Bazireau

Plusieurs associations de viticulteurs appellent le peuple à voter « non ».
Plusieurs associations de viticulteurs appellent le peuple à voter « non ». - crédit photo : Canton du Valais
Une initiative populaire pour l’interdiction des pesticides de synthèse dans la production agricole sera soumise au vote du peuple le 13 juin. Le vice-président de l’association des vignerons-encaveurs indépendants pense qu’elle a de bonnes chances d’aboutir.

« Le printemps sera chaud jusqu’au vote du 13 juin » prévient Jean-Denis Perrochet, vice-président de l’Association des vignerons-encaveurs indépendants de Suisse (ASVEI) et vigneron en biodynamie à Auvernier.

A cette date, le peuple se prononcera par référendum sur une initiative populaire visant à modifier la Constitution pour interdire « l’utilisation de tout pesticide de synthèse dans la production agricole, la transformation des produits agricoles et l’entretien du territoire », de même que les importations commerciales de denrées en contenant. 

127 000 signatures

L’initiative a été déposée en mai 2018 à la chancellerie fédérale après avoir récolté 127 000 signatures. Elle doit désormais obtenir la double majorité, celle du total des voix, et celle des 25 Cantons, pour être validée. « Elle a de bonnes chances de passer. Je pense qu’elle aura la majorité des voix, et j’espère qu’elle obtiendra les 13 cantons, reprend Jean-Denis Perrochet, co-initiateur de la proposition. Certains comptent moins de 50 000 habitants et sont plutôt conservateurs ».

"Montrer l'exemple en matière d'environnement"

Le vigneron y est très favorable, jugeant que la Suisse a les moyens de montrer l’exemple en matière de préservation de l’environnement. « Environ 50% des agriculteurs suisses se passent déjà presque totalement de pesticides de synthèse, indique-t-il. 7000 sont certifiés bio, d’autres ont le label « protection intégrée » et 10 à 15% des vignobles sont conduits en bio, un chiffre en forte progression chaque année »

Les 500 membres de l’ASVEI ne sont pas tous du même avis. « Certains veulent pouvoir traiter en cas de forte pression des maladies. La proposition inquiète aussi ceux qui travaillent en forte pente ».

D’autres viticulteurs s’y opposent en dehors de l’association. « C’est par exemple le cas de ceux qui vendent leur raisin à 1 ou 2 francs le kilo » reprend le vice-président, qui souhaite les rassurer. « Si elle est votée, l’interdiction ne prendra vraiment effet que dans 10 ans. Cela laisse le temps au pays de mettre en place des mesures cadres permettant la transition ».

Une campagne pour voter "non"

L'Interprofession de la vigne et des vins suisses (IVSS) ne se prononce pas sur l'initiative. En revanche, plusieurs Chambres d’agriculture, la Fédération suisse des vignerons, la Fédération suisse pour le développement d'une vitiviniculture durable et plusieurs dizaines d’associations ont lancé une campagne pour appeler le peuple à voter « non ». 

Le Conseil fédéral et l’Union suisse des paysans les rejoignent. « La Confédération a déjà entrepris de gros efforts pour réduire les risques liés aux pesticides avec son plan d’action sur les produits phytosanitaires de 2017 et ces efforts seront intensifiés dès 2022 dans le cadre de la Politique agricole » rappelle le premier.  « L’agriculture suisse perdrait des débouchés en cas de reconversion systématique à l’agriculture biologique » estime l’Union suisse des paysans, craignant en outre une baisse des rendements jusqu'à 30 % et une augmentation du gaspillage alimentaire due à des écarts de triage plus importants.

Une deuxième iniative

Le 13 juin, les Suisses devront aussi se prononcer sur l’initiative « Pour une eau potable propre et une alimentation saine », qui entend couper les subventions directes versées aux agriculteurs utilisant des pesticides ou des antibiotiques. Presque toutes les associations représentant les agriculteurs et viticulteurs y sont défavorables. 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
Olivier11 Le 03 mars 2021 à 07:18:54
On vit dans un monde déconnecté de la réalité, beaucoup oublient que sans certains produits de la chimie on serait encore avec des famines. Quand on a le ventre plein les critiques fussent de partout, sur la façon de travailler, sur la façon de produire. On oublie souvent que le monde agricole a des revenus très faibles, beaucoup d'agriculteurs vivent avec un RSA, voir moins. Si en plus ont leurs demande plus de travail, et bien sûr avec plus d'argent, beaucoup vont jeter l'éponge ou ce suicider. La société doit d'abord comprendre qu'on ne peut pas changer certaines pratiques en un claquement de doigt. Quand on plante une vigne c'est pour 25 ans minimum, un agriculteur ses rotations de cultures c'est pareil, ça prend du temps. Il ne faut pas oublier aussi, que pour pratiquement tous les agriculteurs, ils ont des crédits à la banque, et que souvent le banquier ne sera pas forcément d'accord avec ce changement, il veut que les crédits soient payés quoi qu'il en coûte. Il est vrai qu'il faut faire évoluer les pratiques, mais avec du temps, et en concertation car il y a aussi le marché à prendre en compte, tous le monde ne peut pas vendre à la ferme. Certains sont des très bons producteurs mais pas des vendeurs. Il y a aussi la désinformation des médias qui fait basculer les choses dans un sens ou dans l'autre, tout ça réuni, il faudra prendre le temps d'informer et que le monde comprenne qu'on ne peux changer tout du jour au lendemain.
Vallet Le 28 février 2021 à 19:12:44
J’adhère pleinement à cette initiative l’utilisation des pesticides n’aurait jamais dû être autorisé de quel droit s’autorise t’on à utiliser des produits destructeurs de vie pour produire la nourriture humaine
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé