LE FIL

Peau de chagrin

"Incompréhension" de la filière vin devant la réduction de ses aides au stockage privé

Jeudi 18 février 2021 par Alexandre Abellan

La réduction des crédits attendus par la filière vitivinicole a causé la fin anticipée de la réunion de travail avec les pouvoirs publics ce 18 février.
La réduction des crédits attendus par la filière vitivinicole a causé la fin anticipée de la réunion de travail avec les pouvoirs publics ce 18 février. - crédit photo : Le désespéré, Gustave Courbet (Musée d'Orsay/Conseil Investissement Art BNP Paribas)
Le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer s’est interrompu à la demande des représentants du vignoble et du négoce. Abasourdis, ils ne comprennent pas l’arbitrage interministériel ayant mené à la réduction des fonds devant être alloués au portage financier des surstocks de la crise covid.

Visioconférence oblige, les portes n’ont pas claqué, mais les caméras se sont éteintes tout aussi brutalement. Ce 18 février, le conseil Spécialisé vin de FranceAgriMer s’est interrompu à la demande porte-paroles de la production et du négoce suite à l’annonces des fonds débloqués par le ministère de l’Agriculture pour pouvoir financer l’aide au stockage privé. Les 2 694 dossiers déposés pour retirer temporairement du marché 6,5 millions d’hectolitres d’excédents de vins* liés à la crise covid nécessitant une enveloppe de 58,9 millions d’euros. Soit un dépassement de 47 % des fonds alloués pour cette mesure de gestion de la crise sanitaire (financé à hauteur de 40 millions €, dont 35 millions € de crédits d’État et 5 millions € issus du Programme National d’Aides, le PNA).

Alors que les dossiers ne peuvent pas être notifiés à leurs demandeurs, « nous attendions des nouvelles définitives sur l’aide au stockage et son complément, pour que la totalité des vins soient aidés à hauteur de la demande exprimée » rapporte Stéphane Héraud, le président de l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV). Mais l’arbitrage interministériel proposé ne couvre pas la totalité des besoins avec des fonds nationaux. « Il est question de financer au moins la moitié [de la mesure] avec des fonds OCM. Ce qui n’avait jamais été évoqué par le ministère de l’Agriculture » indique Stéphane Héraud, ce qui « a énervé toute la profession. D’un seul homme nous avons dit que si c’est ainsi, le conseil spécialisé était interrompu. » Ce que confirme Georges Haushalter, le vice président du conseil spécialisé : « nous avons l'impression que le gouvernement fait preuve d'une désinvolture que l'on ne comprend pas. C'est inqualifiable, c'est une perte de confiance dans la parole de l'État. »

-3 millions €

Alors que le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, avait évoqué ce 13 janvier une rallonge de 10 millions € pour le stockage des vins et la possibilité de fonds supplémentaire pour éviter que des volumes ne soient pas aidés (en aide aux surtaxes américaines), l'aide supplémentaire est réduite à 7 millions € par l’arbitrage interministériel présenté ce 18 février par la DGPE (Direction Générale de la Performance Économique et Environnementale des Entreprises). Pour le gouvernement, le PNA de la filière devrait financer le solde de 7 millions € (l'instruction de FranceAgriMer réduisant le montant des dossiers aidés). De quoi causer le mécontentement général et l’incompréhension totale de la filière, pour qui les débats ne pouvaient plus se tenir sereinement et devaient être abrégés. « Nous avons l'impression que la gestion du PNA se fait à Bercy, alors que [c'est la filière] qui s'en charge » résume Georges Haushalter.

"Ce n'est pas acceptable. Ce n'est pas entendable"

« C'est l'incompréhension qui domine. Je ne peux pas croire qu'il n'y a pas respect de la parole donnée et de l'engagement pris » indique Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France. Se disant abasourdi, le vigneron se rappelle que jusqu'à présent « nous évoquions une rallonge, mais pas un retour sur les sommes annoncées. Ce n'est pas cohérent de venir rogner 3 millions €. C'est dérisoire en regard des difficultés de notre filière et irrespectueux face aux difficultés et aux nécessités de ces montants. Ce n'est pas acceptable. Ce n'est pas entendable. »

Pour Georges Haushalter, le gouvernement doit tenir sa parole : « compléter l'enveloppe jusqu'au montant nécessaire pour éviter la mise en place d'un stabilisateur réduisant le montant alloué aux opérateurs [bénéficiaires.] Nous ne pouvons pas notifier le financement des stocks auquel les opérateurs ont accès, la mesure n'est pas en place. »

Porte ouverte

Contacté, le Ministère Agriculture indique ne pas avoir de commentaire, la décision étant prise au niveau de Matignon. La filière vin rencontrait justement ce 15 février le premier ministre, Jean Castex, qui se disait prêt à arbitrer des fonds supplémentaires pour aider la filière vin en dehors des budgets du ministère de l’Agriculture. Ce qui permettrait de régler la question du financement de l’aide au stockage privé, et permettre de nouveau à l'ensemble de la filière vin de siéger avec son ministère de tutelle. À l’ère des visioconférences, il n’est pas question de porte ouverte, mais de fenêtre de discussion à ouvrir.

 

* : Pour cette mesure, une seule durée de stockage peut être souscrite par entreprise. 6 mois (du premier novembre 2020 au 30 avril 2021) ou 8 mois (du premier novembre 2020 au 30 juin 2021). L’aide est fixée à 4 centimes par hectolitre et par jour, soit 7,24 €/hl pour 6 mois et 9,68 €/hl pour 8 mois. Qu’ils soient en cuve, en bouteille, en BIB ou même en réserve interprofessionnelle, les volumes de vins éligibles sont calculés par la différence entre les volumes de stock de la fin mai 2020 (soustraction faite des vins bénéficiant de la distillation de crise) et les stocks de fin septembre 2019 (d’après les Déclarations Mensuelles Récapitulatives).

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé