LE FIL

50 €/hl

Daniel Bulliat veut présider la valorisation des vins du Beaujolais et le rapprochement avec la Bourgogne

Vendredi 29 janvier 2021 par Alexandre Abellan

Les élections d’Interbeaujolais se sont tenues avec 6 mois de retard, covid oblige.
Les élections d’Interbeaujolais se sont tenues avec 6 mois de retard, covid oblige. - crédit photo : Capture d'écran Zoom (visioconférence 28 janvier 2021)
Changement d’équipe à la tête de l’interprofession des vins du Beaujolais, avec l’objectif partagé de soutenir la montée en gamme du vignoble.

« Cette mandature, on ne va rien révolutionner, on va travailler dans la continuité » pose le vigneron Daniel Bulliat, élu ce 28 janvier à la présidence de l’interprofession des vins du Beaujolais (Interbeaujolais). Succédant au négociant Dominique Piron, le vigneron de Beaujeu salue son prédécesseur, qu’il place en « synonyme d’un nouveau départ du Beaujolais » et « à l’origine d’un renouvellement des équipes, d’une nouvelle stratégie toujours expliquée sereinement et tranquillement, sans vague ».

Une stratégie de différenciation (en trois univers : festif, caractère et exception), qui permet au Beaujolais de résister dans la crise covid. Au 31 décembre 2020, l’interprofession enregistre une baisse de -1 % des volumes commercialisés. « Sans le covid, on aurait sans doute annoncé 50 000 hl vendus en plus. Certainement » note Daniel Bulliat.

"On continue à arracher plus qu’on ne replante"

Malgré ces performances commerciales en temps de crise, « tout n’est pas rose, on continue à arracher plus qu’on ne replante. Encore un an ou deux et l’on aura perdu 50 % du vignoble » nuance Dominique Piron. Quittant le négoce (sa société commerciale étant désormais pilotée par Julien Revillon), le vigneron du château du vieux Bourg rapporte que « nos produits redeviennent à la mode en externe*. Mais nous manquons encore en interne de puissance commerciale. Nous manquons encore de valorisation, d’envie, de discernement et surtout de confiance en nous et nos appellations. »

Ce que confirme le vigneron David Ratignié, qui quitte ses fonctions de vice-président pour le vignoble avec une dernière revendication : « si les revenus ne sont pas clairement améliorés dans les années qui arrivent, on aura de la peine à installer des jeunes. C’est une nécessité impérative au vu du nombre de retraités qui arrivent en fin d’activité. »

+50 €/hl sous 5 ans

Pour son mandat à Interbeaujolais (voir l’encadré pour ses autres postes), Daniel Bulliat met la priorité sur la valorisation. Il se fixe pour objectif d’ajouter aux cours des vins en vrac 50 €/hl pour chaque AOC sous cinq ans. « C’est ambitieux, mais ça permettrait l’investissement pour renouveler le vignoble (ce qui coûte 25 à 30 000 €/ha) » note le vigneron de Beaujeu.

La création de valeur est un axe fort de stimulation de la demande du consommateur (« qui fait le prix »), note le négociant Philippe Bardet, le nouveau vice-président d’Interbeaujolais, qui ajoute que l’autre nécessité est « la qualité, qui doit toujours être irréprochable. Ça va de soi, mais ça va encore mieux en le disant. Et je pense qu’il y a encore des possibilités d’améliorer cette qualité. »

"Régler l’enjeu de la délimitation"

Autre axe de la mandature : la normalisation des relations du Beaujolais avec la Bourgogne. Tendues à la suite du projet de nouvelle aire d’appellation Bourgogne, Daniel Bulliat espère les apaiser rapidement. Rappelant que le Beaujolais fait partie du bassin de la Grande Bourgogne, Daniel Bulliat appelle au dialogue pour « apprendre à retravailler avec » les Bourguignons. Si les syndicats de négociants sont unis (ayant fusionnés), « il est trop tôt pour envisager un rapprochement des interprofessions. Il faut régler l’enjeu de délimitation en interne, au sein de la production » explique Daniel Bulliat, qui note que le sujet de la délimitation doit encore être discuté au sein de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO).

 

 * : Dominique Piron explique que « les consommateurs du vin sont fatigués des vins trop concentrés, boisés, ensoleillés, [ils veulent] plutôt des vins pour consommer, pour partager, des vins pour boire et offrir. Les vignobles vont dans le sens de vins plus légers, moins boisés, du style Beaujolais. »

Daniel Bulliat quitte la présidence des Sarmentelles

Fondateur des festivités du Beaujolais nouveau que sont les Sarmentelles de Beaujeu (20 000 personnes pour un budget de 250 000 €), Daniel Bulliat va en quitter la présidence d’ici deux semaine pour éviter tout conflit d’intérêt (Interbeaujolais subventionnant l’évenemnt).

Précédemment président de l’Organisme de Défense et de Gestion des AOC Beaujolais et Beaujolais Villages, Daniel Bulliat siège depuis 2012 au comité régional des vins, eaux-de-vie et autres boissons alcoolisées pour la région Bourgogne de l'Institut national de l'origine et de la qualité (CRINAO) et depuis 2017 au comité national des appellations d'origine relatives aux vins et aux boissons alcoolisées, et des eaux de vie de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO).

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