LE FIL

Vins excédentaires

Réserve interprofessionnelle pour réduire le surstock de Bordeaux

Jeudi 16 juillet 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 28/07/2020 10:03:43

Tombant la chemise, Bernard Farges précise que son t-shirt faisant la promotion de la campagne « pensons local, vivons Bordeaux » n’est « pas un gadget, mais un message
Tombant la chemise, Bernard Farges précise que son t-shirt faisant la promotion de la campagne « pensons local, vivons Bordeaux » n’est « pas un gadget, mais un message - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
L’interprofession bordelaise va bloquer une partie du millésime, la privant de commercialisation pour jouer sur les équilibres d’offre et de demande.

Réuni en assemblée générale ce 15 juillet, le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) valide à l'unanimité l’ouverture d’une réserve interprofessionnelle afin de « réduire l’accroissement du stock commercialisable des appellations Bordeaux rouge et Bordeaux supérieur rouge ». Adoptant l’avenant à l’accord interprofessionnel triennal de 2020-2023, le CIVB poursuit l’objectif que lui fixe depuis l’an dernier son président, Bernard Farges : « rétablir un équilibre entre l’offre et la demande autour des vins de Bordeaux ».

« On assiste aujourd’hui à un déséquilibre de marché du fait de récoltes supérieurs aux commercialisations en cause » résume Ann-Cécile Delavallade, à la tête du service économique du CIVB. D’après les estimations de la statisticienne, les stocks d’AOC Bordeaux devraient atteindre 2,2 millions d’hectolitres sur la campagne 2019-2020 (+21 % en un an, sans prendre en compte la distillation). Le stock de Bordeaux Supérieur s’élèverait à 1,05 million hl (+14 %). « On voit une évolution à la hausse des stocks, qui nécessite la mise en place de mesures de régulation » souligne Ann-Cécile Delavallade. Alors que le vignoble girondin bénéficie de la distillation de crise (450 000 hectolitres sont actuellement subventionnés, faute de rallonge assurée) et va baisser de manière conséquente ses rendements 2020 (50 hectolitres par hectare pour Bordeaux, contre 54 hl/ha en 2019), le principe d’une réserve collective se pose en mesure complémentaire.

Mécanique de mise en réserve

Dans le principe, « les volumes mis en réserve ne peuvent ni sortir des chais des opérateurs habilités, ni être commercialisés sous l’appellation d’origine contrôlée avant une décision interprofessionnelle de levée de réserve [collective] sur décision du bureau en fonction du marché ou individuelle à la demande de l’exploitation (dans le cas de déficit de récolte suite à un accident climatique reconnu, une cessation d’activité, une procédure collective ou un décès) » détaille l’avenant. Sont exemptés de réserve interprofessionnelle les domaines inscrivant 10 % de leur vignoble rouge hors AOC (en vin de France et IGP) ou ceux dont les volumes concernés par la réserve seraient trop faibles (25 hl par AOC).

En pratique, les volumes à mettre en réserve sont « calculés à partir des revendications 2020 : au-dessus de 45 hl/ha pour l’AOC Bordeaux et de 43 hl/ha pour l’AOC Bordeaux Supérieur (à chaque fois dans la limite du rendement annuel autorisé) ». Ce qui représente une réduction de 10 % du potentiel de commercialisation immédiat de ces deux AOC. A noter que « la réserve est constituée des volumes revendiqués en 2020, qu’ils soient produits en 2020 ou issus du Volume Complémentaire Individuel (VCI) ou d’un volume en stock équivalent de l’appellation concernée par la mise en réserve ».

"Nous verrons dans un an"

Chaque année, le bureau du CIVB fera un point d’étape après les déclarations de revendication annonce Bernard Farges. Le viticulteur ajoutant que « s’il y avait des données économiques qui viennent montrer une tension sur les marchés dans les mois à venir, ce serait une très bonne nouvelle et je suis sûr que l’on saurait prendre les bonnes décisions ». En attendant, « nous verrons dans un an ce que les chiffres nous montreront pour cette décision » annonce Bernard Farges, rappelant que la dernière réserve interprofessionnelle des vins de Bordeaux date de 2011, avec une dernière levée en 2013.

Cet avenant doit désormais être validé par l’administration, avant d’être étendu à tout le vignoble d'AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

 

 

Aux origines de l’arrêt commercial

« Nos dernières assemblées générales étaient déjà placées sous le signe des difficultés économiques […] liées à la baisse de nos ventes » pose Bernard Farges. Pour illustrer le nouveau coup dur qu’est le coronavirus*, « nous aurions pu présenter les chiffres et les données économiques sur notre activité, nos stocks, nos ratios… Mais pour faire court et avec mes mots : la situation est mauvaise » tranche le viticulteur bordelais, qui liste des « causes multifactorielles : en France, un contexte de déconsommation de vin, qui concerne plus particulièrement les rouges. En Chine un repli des expéditions bordelaises dans un marché où les importations globales de vins tranquilles ont fortement diminué depuis deux ans. Une année 2019 marquée par des turbulences géopolitiques qui ont fait des vins de Bordeaux des victimes collatérales : le Brexit, la taxe sur les exportations américaines, la crise politique à Hong Kong. Et si la situation semblait s’améliorer depuis le début de la campagne 2019-2020, c’était sans compter sur la crise sanitaire et économique mondiale qui, au premier semestre 2020, n’a pas épargné les vins de Bordeaux ».

 

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Confédération Paysanne de Gironde Le 17 juillet 2020 à 10:08:13
Il n'y a plus besoin de venir assister à l'assemblée générale de l'interprofession de Bordeaux. Avant même que des décisions soient prises dans le cadre du syndicat des Bordeaux, l'ensemble des mesures prises par l'interprofession paraissent dans la presse. Merci Vitisphere ! Les vignerons découvrent donc dans ces colonnes ce qui va les impacter alors qu'ils n'ont même pas pu délibérer. L'assemblée générale est remplacée par une simple réunion de Conseil d'administration, pour prendre des décisions aussi lourdes. La crise du Covid a bon dos : elle sert à faire oublier la politique expansionniste mise en place. Comment demander des primes à l'arrachage alors que les plans de restructuration du vignoble ne sont même pas terminés ! Avec de tels résultats commerciaux avant même le covid, il aurait fallu s'interroger. Mais non, tout va bien quand même, et un plan de relance "offensif" de la même politique défile à l'écran pendant que la salle commence à somnoler. Les autorités se congratulent les unes les autres. Le représentant de l'Etat félicite la"filière". Embrassons-nous Folleville ! Dernière touche à ce tableau, une devise est restée longuement affichée à l'écran de l'assemblée : "La crise qu'on accepte devient une aventure". Les vignerons seront heureux d'apprendre pour certains, qu'ils ne vont pas vivre une cessation de paiement, mais bien une aventure !
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