LE FIL

Changement climatique

« Les vignerons peuvent aider leurs cépages à s’adapter à la sécheresse »

Mercredi 15 juillet 2020 par Marion Bazireau

Natif de Californie, Grégory Gambetta est arrivé à Bordeaux il y a six ans.
Natif de Californie, Grégory Gambetta est arrivé à Bordeaux il y a six ans. - crédit photo : Grégory Gambetta
Selon ce chercheur, les vignerons pourront continuer à cultiver les mêmes cépages dans le futur s'ils s'inspirent des pratiques viticoles des régions très chaudes et de celles du Nouveau Monde.

Professeur à Bordeaux Sciences Agro et chercheur à l'ISVV, Grégory Gambetta travaille depuis de nombreuses années sur l’adaptation du vignoble au changement climatique. « L’idée de devoir changer de cépage effraie les vignerons » a-t-il constaté. « Mais, qu’ils se rassurent, de nombreuses études sur la plasticité de la vigne et sa capacité à s’adapter semblent indiquer qu'ils n'auront pas à en passer par là. »

A condition qu'ils repensent leurs pratiques viticoles. « La vigne s’adapte globalement bien à la sécheresse, mais il faudra l’aider, explique Grégory Gambetta. Pour cela, les vignerons doivent s’inspirer des pratiques mises en œuvre dans les régions très sèches, comme la Grèce, ou dans les vignobles du Nouveau Monde. »

Selon Grégory Gambetta, le manque d’eau est un facteur plus limitant que les fortes chaleurs. « Il suffit de constater qu’on produit de bons vins en Australie dans des régions où les températures atteignent régulièrement 45°C. La vigne résiste bien à la chaleur tant qu’elle dispose d'assez d’eau. » Tous les cépages ne sont cependant pas égaux. Ainsi, le sémillon contrôle peu l’ouverture de ses stomates et perd plus d’eau par transpiration que le grenache.

Densité de plantation, taille gobelet, effeuillage…

Pour contrecarrer les pertes d’eau ou limiter la transpiration, les vignerons ont plusieurs pistes à explorer, avant même d’envisager l’irrigation. La première est la réduction de la densité de plantation, pour offrir un meilleur accès à l’eau à chaque cep.

Pour les cépages pour lesquels cela ne suffirait pas, une seconde approche consisterait à changer de mode de taille. « Il semble que la réduction de la canopée en gobelet réduise les phénomènes de transpiration. Cette taille étant très gourmande en main d’œuvre, on pourrait imaginer un système mixte, qui fasse davantage retomber la végétation dans l’interrang que nos guyot et cordons de royat actuels pour apporter de l’ombre aux grappes. »

Le chercheur évoque également la piste du porte-greffe. « Les vignerons peuvent se tourner vers le 110R, le 140Ru ou le Ramsey car ils sont très vigoureux et vont chercher l’eau en profondeur. » Plus simplement, les vignerons peuvent commencer par limiter l’effeuillage, en fonction de l'orientation des rangs, la surface d’une grappe au soleil affichant jusqu’à 10°C de plus qu’une grappe à l’ombre « avec des impacts non négligeables sur le rendement et le profil des raisins » rappelle Grégory Gambetta.

"Des travaux sont en cours sur la couverture des vignes "

Toujours pour apporter de l’ombre aux grappes, « plusieurs travaux sont en cours en Californie sur des systèmes de couverture des pieds de vigne, voire des parcelles entières. C’est prometteur. Il y a vraiment beaucoup de choses à tenter. »

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VOS RÉACTIONS
CognacXO Le 16 juillet 2020 à 23:34:33
Très intéressant....d’où l’idée d’implanter des champs de panneaux solaires au dessus de vignes pour avoir un maximum d’ombrage et limiter très efficacement l’evapotranspiration...et, au final, ne pas avoir des raisins de corinthe aux vendanges....et au diable les classements des paysages à l’UNESCO....
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