LE FIL

Annus horribilis

La grêle vendange des milliers d’hectares dans le Bordelais

Dimanche 19 avril 2020 par Alexandre Abellan

« La majorité des vignes touchées ne le sont pas comme sur cette photo » précise Philippe Abadie.
« La majorité des vignes touchées ne le sont pas comme sur cette photo » précise Philippe Abadie. - crédit photo : Chambre d’Agriculture de Gironde
De vastes orages ont traversé le vignoble de Bordeaux, d’abord ce 17 avril sur l’Entre-deux-Mers et la rive droite, puis ce 18 avril sur la rive gauche et de nouveau à Saint-Émilion. S’il n’y pas encore d’estimations d’ensemble des dégâts, des pertes de récoltes conséquentes sont déjà constatées localement.

Après les gelées et la neige, voici les pluies et les orages de grêle qui s’abattent sur le vignoble de Bordeaux (voir diaporama ci-dessous). Dans la fin d’après-midi puis la nuit du vendredi 17 avril, des cellules orageuses ont ravagé un couloir allant « de la zone de Branne en Entre-Deux-Mers, au Saint-Émilionnais et dans le nord du Libournais. Avec des bandes touchées à 100 %. Les dégâts sont localement très importants, mais très variables au sein de la même commune » rapporte Philippe Abadie, le directeur du service viticulture de la Chambre d’Agriculture de Gironde. « En Entre-Deux-Mers, les secteurs de Targon, Daignac et Grézillac paraissent les plus touchés, avec certaines parcelles dont la récolte est détruite à 100 % » confirme Bruno Baylet, le président du syndicat viticole de l’AOC Entre-Deux-Mers, qui doit encore finaliser le bilan de ces orages.

Sur la rive droite, « c’est la consternation. 3 à 4 000 hectares sont touchés de 10 à 100 % de pertes de récolte sur des parcelles des communes de Saint-Sulpice de Faleyrens, Vignonet, Saint-Christophe-des-Bardes, Saint-Étienne de Lisse, Saint-Hippolyte, Puisseguin et Castillon » énumère Philippe Raymond, le responsable du service technique du Conseil des Vins de Saint-Émilion. « Pour certains viticulteurs, des parcelles entières sont déjà vendangées. Une telle intensité sur un périmètre aussi large, c’est très rare » souligne l’œnologue qui n’a pas souvenir qu’un orage de grêle d’avril ait déjà causé tant de dégâts dans le passé récent.

"L’eau a limité le coup de fouet"

Ce samedi 18 avril, de nouveaux orages sont remontés du Sud-Ouest vers le Bordelais, allant jusque dans le Médoc. « Il y a eu un gros orage en fin d’après-midi sur l’appellation Saint-Julien-Beychevelle. Mais en termes de dégâts, il semble qu’il n’y ait pas grand-chose à date. On voit quelques feuilles perforées, mais pas de ceps déplumés, ni de rameaux cassés ou d’inflorescences sectionnées. L’eau a limité le coup de fouet, on verra dans quelques jours les dégâts » rapporte Benjamin Vimal, le directeur technique du château Lagrange (grand cru classé en 1855), qui doit maintenant gérer le risque mildiou causé par des précipitations de plus 40 mm tombés en seulement deux heures.

Après avoir entendu les canons anti-grêle* tonner dans le vignoble face aux cellules orageuses, ce sont désormais les pulvérisateurs qui vont être de sortie pour contrecarrer les premières contaminations de maladies cryptogamiques. Du moins pour ceux pouvant accéder à leurs parcelles après les trombes de pluie. « A certains endroits, 100 mm d’eau sont tombés… C’est colossal, on ne peut pas y rentrer ! » souligne Philippe Raymond.

Les risques, exacerbés, du métier

Précoce, ce millésime intense met déjà les nerfs vignerons à vif. « Si tu peux sans un pleur, constater le matin que le gel [ou la grêle, etc.] perfide a dépouillé ta vigne, et bien avant l’automne vendangé tes raisins » pose le poème de Louis Orizet, à la manière de Kipling. « On comprend bien ce qu’un vigneron doit s’attendre à affronter quand il choisit d’épouser cette dure mais passionnante profession ! On a connu le gel, la maladie, la grêle, la chute des cours. n’avait pas imaginé la pandémie ! » souligne Jean-François Galhaud, le président du Conseil des Vins de Saint-Émilion. « On n’est que mi-avril, et en plus des aléas climatiques il y a toutes les urgences du covid-19 à gérer » renchérit Benjamin Vimal. Dès ce printemps, le millésime 2020 est décidément historique.

 

* : Les alertes météorologiques ont permis de déclencher les canons du réseau de l’Association Départementale d'Étude et de Lutte contre les Fléaux Atmosphériques de la Gironde (ADELFA 33). A noter que le conseil des vins de Saint-Émilion réfléchit au déploiement d’une autre couverture protectrice, avec la société Selerys et ses ballons Laico. La réunion technique de présentation aux vignerons a cependant dû être annulée, se tenant ce 17 mars, jour de rentrée en vigueur du confinement contre le coronavirus.

 

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VOS RÉACTIONS
pierreche Le 21 avril 2020 à 14:37:13
Tous les systèmes de protection grêles dit actifs : ballon , fusée, canon ne fonctionnent pas . La vallée du Rhône et la bourgogne l'on deja prouvé malheureusement ces dernières années. Les contrats avec les ballons été dénoncés et on lit que le conseil des vins de saint emilion y reflechi !! absurde . En plus de l'argent public gaspillé !! Reflechissez avant d'agir mes amis vignerons
Mallet Le 19 avril 2020 à 23:25:12
En 2009 nous avions perdu 80 pourcents de la récolte sur St Laurent des Combes ( proche St Émilion) et c'était également en avril....
Philippe (Elsass) Le 19 avril 2020 à 13:52:07
Et alors le système anti grêle de l’ADELFA n’a t il pas été efficace ?....
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