LE FIL

Démission ou division

Réunion décisive pour l’affaire Grandeau et les vins de Bordeaux

Jeudi 24 octobre 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 25/10/2019 09:22:38

Quatre mois après une lourde condamnation et une nette réélection sans appel, l'affaire Grandeau continue de peser sur la place de Bordeaux.
Quatre mois après une lourde condamnation et une nette réélection sans appel, l'affaire Grandeau continue de peser sur la place de Bordeaux. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives 2017)
Rendez-vous lundi prochain. Un conseil d’administration crucial de la Fédération des syndicats viticoles bordelais doit se prononcer sur son président, défendu en tant que personne, mais remis en question dans son mandat suite à sa condamnation pour fraudes.

Il y a l’affaire Grandeau, jugée, et l’homme Grandeau, Hervé. C’est au deuxième que s’adresse la lettre signée par dix organismes de défense et de gestion (ODG). En date du 4 octobre dernier, ce courrier demande « à ce que soit inséré à l’ordre du jour du conseil d’administration du 28 octobre le vote sur la pertinence de ton maintien à la présidence de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux » (FGVB). Cette requête ayant été validée pour le bureau et le conseil d'administration de lundi matin prochain, l'ordre du jour doit conduire à un débat interne sur la confiance que voue de l’ensemble des ODG des vins de Bordeaux à leur premier représentant.

Quatre mois après la condamnation par le tribunal correctionnel de Bordeaux du vigneron Hervé Grandeau pour « tromperie sur la nature, la qualité substantielle, l’origine » (fraude estimée à 5 900 hectolitres de vin entre 2010 et 2014), ce n’est pas sa réélection à la présidence de la FGVB le premier juillet qui pose débat, mais sa décision de ne pas faire appel de sa condamnation (6 mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende). « On n’a rien contre lui, ce n’est pas l’homme qui est attaqué. Hervé Grandeau est un brillant syndicaliste, qui nous a toujours bien défendu. J’ai voté en mon âme et conscience pour le réélire à l’époque de sa condamnation disproportionnée. Mais comme d’autres, je pensais qu’il n’accepterait pas sa condamnation et ferait appel » confie un signataire de la lettre des dix ODG.

"Interlocuteur pour les administrations"

La condamnation étant devenue définitive, le contexte a changé pour ses anciens soutiens. « Cela nous attriste, mais à partir du moment où il n’a pas fait appel, il ne peut plus être un interlocuteur pour les administrations. Et on ne parle pas de la Justice qui ne nous reconnaît plus comme partie civile…» s’affole un autre signataire du courrier des dix. « Ce n’est pas l’homme qui est attaqué. Il faut gérer le problème rapidement pour ne pas donner une nouvelle occasion de montrer Bordeaux du doigt dans une période perturbée » tranche froidement un autre frondeur. L’enjeu étant clairement d’image, les dix ODG espèrent toujours une sortie sans affrontement, appelant à une démission pour fermer le ban.

Majorité versus minorité

Elu pour une présidence de trois ans, renouvelable chaque année, le mandat d’Hervé Grandeau ne peut être remis en cause par un vote de confiance. « Il n’existe pas de procédure de destitution » regrette un président d’AOC, qui n’a pas signé la missive des dix ODG. Si les syndicats viticoles des Graves, du Médoc et du Libournais souhaitent un changement de présidence, ce n’est pas le cas des Côtes de Bordeaux, ni du groupe Bordeaux et Bordeaux Supérieur (auquel est rattaché Hervé Grandeau). « C'est une injustice de faire écho à quelques personnes qui font du rafut et de la mousse pour exister. Ces opposants sont très minoritaires en poids économique et en volumes. La Fédération est une instance démocratique d'élus représentatifs » rétorque l'un des rares soutiens du président de la FGVB à avoir répondu à Vitisphere (tout en précisant que les soutiens ne manquent pas à Hervé Grandeau).

"Quitter la FGVB"

Préférant imaginer une démission d’emblée le matin du 28 octobre, certains des dix ODG dissidents sont prêts à se rebeller si leur appel à la démission n'est pas entendu. Certains imaginent la convocation d’une assemblée générale extraordinaire modifiant les statuts de la FGVB. D’autres vont jusqu’à évoquer une sécession de la Fédération. « Si les Bordeaux et les Côtes ne comprennent pas notre message, ça fera beaucoup d’AOC qui vont quitter la FGVB d’un coup » menace un signataire. « On rentre dans de grandes turbulences à Bordeaux, avec le déséquilibre actuel entre offre et demande, il ne faut pas se désunir et retrouver la confiance collective en redonnant de l'exemplarité » veut croire un autre élu du vignoble, hostile au séparatisme.

Contacté, Hervé Grandeau ne souhaite pas commenter le dossier pour l'instant. La direction de la FGVB précise à Vitisphere que « les questions à l’ordre du jour de notre Conseil d’Administration ne concernent que les administrateurs et n’ont pas vocation à faire l’objet d’une communication dans les médias ».

 

 

* : D’après le courrier consulté par Vitisphere, il s’agit de l’ODG des Graves et Graves Supérieures, de l’ODG Margaux, de l’ODG Médoc et Haut-Médoc, de l’ODG Moulis-en-Médoc, de l’ODG Pauillac, l’ODG Pessac-Léognan, du conseil des vins de Saint-Emilion, de l’ODG Saint-Estèphe, de l’ODG Saint-Julien et du syndicat viticole de Sauternes et Barsac.

 

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VOS RÉACTIONS
Valérie Murat Le 28 octobre 2019 à 12:32:29
En réponse à Gilles qui nous parle de Grandeau Bashing. Après l Agribashing, encore un mot valise fourre tout et victimisant !! Ouin ouin font les pauvres vignerons qui ont re élu un président condamné lourdement et qui n a pas fait appel...ouin ouin font ils encore maintenant si ils se sont aperçus de l énormité de ce vote qui fait ressembler la FGVB au parti communiste chinois !! C est tellement plus facile de taper sur un journaliste que de se remettre un tant soit peu en question !
Dominique Le 24 octobre 2019 à 23:44:07
Il aura fallu pas loin de 4 mois pour que les membres de la FGVB réalisent que Hervé Grandeau n’a pas fait appel de sa condamnation ! Quelle rapidité dans le jugement ! Mais bon, mieux vaut réaliser, même tard, qu’on a encore enfoncé Bordeaux plutôt que de persévérer dans l’erreur et le mépris du bon sens commun. La crise commerciale vertigineuse qui frappe Bordeaux n’est pas pour rien dans ce sursaut tardif. On a affaire là, à un sursaut plus commercial que déontologique. Mais ne soyons pas dupes : Hervé Grandeau et l’empoignade autour de son cas ne sont en fait qu’un moyen d’exprimer des désaccords sur la stratégie des appellations de Bordeaux. Celle qui est menée depuis 15 ans débouche sur un désastre intégral et chacun est bien obligé d’en prendre acte. Bordeaux est à l’arrêt et les cotations sont quasiment suspendues. Un peu comme une action dont on suspend le cours de Bourse. Il y a donc ceux pour qui on doit persévérer sur la même voie et même l’approfondir, et ceux qui comprennent bien qu’il va falloir tout remettre sur la table, sauf à vouloir sombrer collectivement. Comme le débat sur les orientations ne peut ouvertement avoir lieu, au risque de déjuger des décisions antérieures avalisées par tous, alors le problème finit bien par ressortir autrement. Lundi prochain au CA de la FGVB, il n’y aura peut-être pas de sang sur les murs, mais le coq de la basse-cour risque de perdre des plumes.
Gilles Le 24 octobre 2019 à 15:39:47
Cher vitisphère et cher Alexandre Abellan Un récent sondage crédite les journalistes de moins de 25% d'opinion favorable. Avec cet article vous dégradez encore ce chiffre. Vous rapportez des propos que vous avez rendu anonymes soit disant tenus suite à la lecture d'un courrier adressé à la FGVB. Rendre public un extrait du courrier aurait suffi et vous évitiez ainsi le GRANDEAU basching sans grand intérêt pour vos lecteurs et vous auriez préservé une impartialité de traitement de ce sujet.
joseph Le 24 octobre 2019 à 11:54:09
reelire un fraudeur c'est montrer que la fraude est une pratique acceptée par presque tous Les vigneront bordelais sont donc presque tous des tricheurs .
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