LE FIL

Méthode champenoise

Ne plus millésimer les vins les sortira-t-il de crise ?

Mercredi 23 octobre 2019 par Alexandre Abellan

'Liée au changement climatique, la volatilité de la production est un défi pour les vignobles régionaux et nationaux' estime Jean-Marie Cardebat ce 21 octobre.
'Liée au changement climatique, la volatilité de la production est un défi pour les vignobles régionaux et nationaux' estime Jean-Marie Cardebat ce 21 octobre. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Un chercheur bordelais n’hésite pas à ruer dans les brancards pour pousser le vignoble français à revoir ses stratégies d’adaptation.

Aimant provoquer, le professeur d’économie Jean-Marie Cardebat (Université de Bordeaux) n’a pas manqué son effet lors de la matinée dédiée au business model du vin organisé par le cluster Inno’Vin (ce 21 octobre à Bordeaux Science Agro). Pour résoudre la crise commerciale qui touche des pans du vignoble français, « les vins doivent-ils continuer à indiquer leurs millésimes ? Ce n’est pas obligatoire et cela permet de lisser l’approvisionnement et d’éviter les mauvaises réputations de certaines années » lance le chercheur. Soulignant que si cette approche peut sembler iconoclaste, elle est déjà appliquée avec succès : « en Champagne, le vignoble vendange toutes les années de bons millésimes et ne les marque pas sur leurs bouteilles. L’année n’est marquée que pour un millésime excellent et ça fonctionne. »

Ayant exposé récemment cette proposition sur le site participatif The Conversation, le professeur d'économie estime que « le consommateur s’adapterait vraisemblablement et la gestion des stocks serait largement facilitée évitant des creux de trésorerie délétères pour les producteurs et des mouvements de vente brutaux pouvant déstabiliser les marchés » suite à des aléas climatiques (coulure, gel, grêle, sécheresse…). Si la filière viticole bénéficie de la règle des 85/15 (revendication d’un millésime s’il constitue au moins 85 % du vin assemblé) et voit s’implanter les Volumes Complémentaires Individuels (VCI permettant de mettre en stock des volumes dépassant le rendement annuel), les enjeux de volatilité des rendements affectent les marchés reconnaissent les participants de cette matinée. Certains étant séduits par les propositions de Jean-Marie Cardebat, d’autres restant sceptiques face à sa volonté de dynamiter les AOC.

"Trop d’AOC ?"

« Une notion de corrélation n’implique pas une causalité. Mais le nombre d’appellations d’origine d’un pays viticole est corrélé négativement à son pourcentage d’exportation (volumes exportés/volumes produits) » pointe le chercheur bordelais. « Cela ne répond à aucune question, mais cela les ouvre : et s’il y avait trop d’AOC ? » ajoute-t-il malicieusement, soulignant que la lisibilité de l’offre AOC française pose actuellement des problèmes aux consommateurs du grand export.

Contre-exemple suisse

Mais il ne faut pas être manichéen reconnaît Jean-Marie Cardebat, pointant que l’expédition de vin au lointain n’est pas une clé de succès. Parfait contre-exemple, « la Suisse a un modèle tourné vers l’autoconsommation. Ses exportations sont faibles et sa compétitivité est faible à l’international. Son modèle de production locale pour une consommation locale pourrait préfigurer le modèle viticole de demain. Reposant sur la vente directe et l’œnotourisme » conclut, consensuellement, le chercheur.

 

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craoux Le 28 octobre 2019 à 18:20:53
Que cet enseignant-chercheur veuille faire bouger les lignes en théorisant une stratégie de lissage qualitatif-quantitatif des volumes d'offre en AOP tout en "oubliant" le millésime, admettons. C'est iconoclaste et ... ça n'engage que lui, encore qu'on peut se dire que le VCI - tellement voulu par une partie de la filière - est déjà l'un des outils servant sa démonstration. Mais ne pourrait-on pas s'étonner de l'inconditionnalité de la revendication en AOP surtout quand les conditions ne sont plus forcément réunies pour atteindre une qualité incontestable ? Dommage que la référence à un ou plusieurs profils organoleptiques (dénominateurs communs à l'AOP) ne soit pas un élément des cahiers des charges AOP. Un ODG devrait avoir pour mission de défendre la "baraque" - le bien commun qu'est l'AOP - en amenant ses producteurs habilités à ne pas optimiser coûte que coûte leur revendication à l'AOP si la qualité n'est pas assurée, pour déclarer des volumes en IGP (voire VSIG). Qu'on ne me dise pas que ça perturberait les marchés IGP car il existe d'ores et déjà une offre en AOP 1ers prix en GMS qui matche contre les produits IGP (vous le savez tous, je pointe ici ces vins prétendument AOP certes sans vice, mais sans relief et sans aucune vertu .. vous voulez des noms d'appellations ? ). Ah, qu'est-ce qu'il serait bon de revenir à une autre conception du vin AOP ! ... Au fait, je vote plutôt deux fois qu'une pour maintenir la mention de la récolte : l'effet millésime est consubstantiel de l'AOP.
tchoo Le 25 octobre 2019 à 18:52:24
C'est sur sur qu'avec la loi Evin et là schizophrénie des politiques vendre localement en France va sauver le vigneron. Après avoir pendant des années martelé à tous que le salut passait par l'export et que les plus modestes vignerons s'y sont engagés faudrait maintenant opérer un 1/2 tour
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