LE FIL

Après Jean-Michel Boursiquot

Le poste de professeur d’ampélographie de Montpellier en sursis ?

Vendredi 28 juin 2019 par Alexandre Abellan

'L'ampélographie peut sembler complexe et ingrate, mais c'est une discipline passionnante pour étudier l'histoire et la géographie des hommes' aime enseigner à ses élèves le professeur Jean-Michel Boursiquot.
'L'ampélographie peut sembler complexe et ingrate, mais c'est une discipline passionnante pour étudier l'histoire et la géographie des hommes' aime enseigner à ses élèves le professeur Jean-Michel Boursiquot. - crédit photo : Montpellier SupAgro
Alors que les enjeux d’expertise du matériel végétal sont au cœur des défis viticoles de demain, l’école d’agronomie montpelliéraine n’est pas en mesure d’assurer que son emblématique poste d’enseignant ampélographique restera en l'état.

Réputée dans le monde entier pour ses enseignements de viticulture, l’école Montpellier SupAgro pourrait ne plus avoir de professeur attitré d’ampélographie dans un an. En juin 2020, le professeur Jean-Michel Boursiquot fera valoir ses droits à la retraite et cessera d’enseigner l’art de la reconnaissance et de la génétique des cépages et porte-greffes à la cinquantaine d’élèves qui constitue chaque année la promotion de l’emblématique spécialité viticulture-œnologie (ingénieurs agronomes et master Vinifera).

Ayant anticipé son départ, l’enseignant-chercheur avait prévu de transmettre le flambeau au docteur Thierry Lacombe (de l’Institut National de la Recherche Agronomique), qui l’assiste déjà dans son enseignement pratique aux étudiants (sur le conservatoire viticole du campus de la Gaillarde). Mais ce projet s’est grippé, se heurtant au vote défavorable du Conseil des Enseignants de l'établissement (à 10 voix contre 9), choisissant d'assurer la promotion d’un maître de conférences (en zootechnie). La possibilité de transformer le prestigieux poste de professeur en ampélographie en simple maître de conférences inquiète parmi les enseignants, étudiants et diplômés viti-œno, qui craignent un affaiblissement des formations viticoles de Montpellier SupAgro.

Niveau de recrutement

Contactée, la direction de Montpellier SupAgro n’a pas répondu aux sollicitations de Vitisphere (tout comme Jean-Michel Boursiquot et Thierry Lacombe). Le directeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Vigne et du Vin (IHEV), le professeur en microbiologie Bruno Blondin, relativise en se voulant tout sauf alarmiste : « ce n’est pas un refus de la discipline, c’est un désaccord de niveau de recrutement. Il n’y a pas de condamnation de l’étude de la génétique de la vigne, mais un débat interne. Il n'y a pas que la vigne à l'Agro. On reproposera le poste l'an prochain et saura gérer l'enjeu pendant la phase de transition. On va y arriver, je l’espère. »

Apaisant en partie les inquiétudes, ces explications ne sont pas suffisantes pour tous les élèves et diplômés de la spécialisation de viticulture et d’œnologie. La dernière promotion a ainsi interpellé la directrice de l'école, Anne-Lucie Wak, sur une possible vacance du titre de professeur d’ampélographie. Ce risque interpelle d’autant plus dans la filière que les enjeux d’expertise du matériel végétal sont au cœur de l’histoire de l’école montpelliéraine (qui abrite une collection pédagogique de vignes depuis 1876) et des enjeux viticoles de demain (des cépages résistants aux maladies cryptogamiques aux adaptations des vignobles au changement climatique).

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