LE FIL

Comté Tolosan

Voici le premier vin IGP de cépage résistant

Jeudi 06 juin 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 07/06/2019 10:38:54

« A 6,70 euros, le prix de la bouteille est raisonnable pour un vin de cépage résistant » estime Mickaël Raynal.
« A 6,70 euros, le prix de la bouteille est raisonnable pour un vin de cépage résistant » estime Mickaël Raynal. - crédit photo : Domaine de Revel
Précurseur, un domaine du Sud-Ouest lance un vin blanc sec sous IGP, qui présente l’orginalité d’être un vin 100 % souvignier gris, un cépage tolérant au mildiou et à l’oïdium.

Sous la bannière du Comté Tolosan, « nous proposons le premier vin de cépage résistant en IGP (Indication Géographique Protégée) » se réjouit Mickaël Raynal, le vigneron du domaine de Revel (14 hectares en conversion bio à Vaïssac, en Tarn et Garonne). Pas de vin expérimental en vin de France, mais une bouteille sous indication géographique. Une première confirmée par la Confédération des Vins IGP de France, qui attend de prochaines cuvées pour la récolte 2019, alors que les cahier des charges s’ouvrent à ces nouvelles variétés (voir encadré).

Marqué par le faible nombre de traitements nécessaires sur d’anciens hybrides (des ceps de Villard noir et blanc arrachés depuis), Mickaël Raynal travaille sur les cépages résistants depuis sa reprise du domaine familial en 2010. D’abord sur raisin de table, avec le muscat bleu, puis avec des surgreffages et plantations expérimentales de cépages résistants allemands, suisses et français (souvignier gris, voltis, floréal, vidocq…). Ce qui tient du parcours du combattant pour obtenir le matériel végétal et les autorisations administratives, mais n'a pas entamé la conviction du vigneron. « On essaie, on se trompe et on change » témoigne Mickaël Raynal, qui a ainsi écarté le cépage johanniter (« trop sensible au mildiou et n’arrivant pas à maturité sous nos climats »).

Grain de Revel

Convaincu que les cépages résistants constituent une réponse agronomique durable aux demandes sociétales de réduction des intrants viticoles, Mickaël Raynal a été convaincu par les bons résultats du souvignier gris (cépage classé définitivement par décret en 2017). Son hectare de cépage résistant allemand produisant des « vins résistants aromatiques ». Son domaine commercialise ce début juin 3 500 cols du vin blanc sec du millésime 2018, sous l’étiquette Grain de Revel et certifiés bio. Avec un prix vente conseillé de 6,70 euros, cette cuvée vise à terme 8 000 cols/an. Le domaine va lancer prochainement un vin doux du cépage résistant solaris, avec 1 000 bouteilles à 14,80 euros en IGP Comté Tolosan, issu d’une parcelle de 15 ares.

Visant le réseau traditionnel (cavistes, hôtels et restaurants), ces cuvées doivent répondre aux demandes du marché en vins sains et quasiment sans intrants. En 2018, Mickaël Raynal note que s’il a dû traiter 14 fois ses cépages classiques, il n’a réalisé que 2 à 3 traitements pour encadrer la fleur sur ces parcelles de vignes résistantes. Ces traitements au cuivre et au soufre lui permettant de réduire les risques de contournements des résistances (conformément aux principes de l’observatoire national des résistances, Oscar), mais aussi de lutter contre des maladies secondaires (notamment le black rot).

Adaptations d’avenir

« Moi, j’y crois » conclut Mickaël Raynal, qui oriente son vignoble sur les cépages résistants et autochtones, pour avoir la plus grande palette d’adaptations techniques et aromatiques aux enjeux d’avenir. « Notre vignoble est soumis aux influences climatiques atlantiques et méditerrannéennes. Nous sommes autant soumis au mildiou qu’à l’oïdium » note le vigneron, qui ne compte pas arrêter ses expérimentations viticoles.

Point d’étapes autres IGP

D’après les données de la Confédération des vins IGP, des demandes d’intégration de cépages à fin d’adaptation ont été validées pour les cahiers des charges des IGP Alpes Maritimes, Cévennes, Coteaux du Pont du Gard, Gard, Pays d’Oc et Var. Le dossier l’IGP Atlantique doit être complétée. Le prochain comité national vins IGP devrait étudier les demandes des IGP Ardèche, Val de Loire et Vaucluse. « Un travail est également en cours pour les IGP de l’Hérault » note Christelle Jacquemot, la directrice de la Confédération des vins IGP.

 

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VOS RÉACTIONS
PATRICK BAUDOUIN Le 14 juin 2019 à 16:08:54
Bonjour Monsieur ZORRO, Mon souci, comme celui de bien d'autres vignerons d'appellations et d'exigence, est de "coller" à ce qui a fait, ce qui fait, la réputation, la fierté, la qualité, l'excellence, c'est à dire à l'expression du terroir par des CEPAGES qui sont le fruit de milliers d'années de travail, d'expérimentation, et d'appréciation par des millions d'amateurs de vins, d'histoire, de paysage. De plus, l'aire d'extension de vitis sylvestris ne me semble pas avoir traversé l'Atlantique. On pourrait aussi aller voir en Corse, ou en Sardaigne, où il existe une diversité de cépages passionnante, qui a été complètement ignorée, avec effectivement un présence génétique de sylvestris, mais qui font de beaux vins de terroir. La question est aussi celle du rapport entre le vigneron paysan et son végétal, nous sommes un certain nombre à ne pas vouloir que ces bouts de bois que nous avons depuis des générations choisis, plantés, sélectionnés, choyés, nous soient interdits et remplacés par des fabrications de labo, comme cela s'est passé dans l'agriculture avec les semences. L'injonction de "coller" à la réglementation est une menace qui m'inquiète énormément, comme l'argument de la "demande des consommateurs", qui sont comme souvent le prétexte pour justifier bien d'autres motivations. En fait ce que vous annoncez, c'est la perspective de l'interdiction d'utiliser nos cépages, sous prétextes environnementaux. C'est extrêmement grave, et croyez bien que dans ce cas, il y aura aussi des vignerons "résistants". La prudence impose de ne pas, une nouvelle fois, croire qu'on va régler un problème par un super technologie ne tenant aucun compte du caractère multifactoriel, y compris humain, de la question. Ce qui est très inquiétant dans votre argumentation, c'est que vous utilisez ces arguments comme arguments d'autorité ne souffrant aucun débat, aucune alternative. Certains nous disent aussi que cette position est rétrograde antiscientifique et antiprogrès. Cela me rappelle ce qu'on disait aux rares vignerons qui dans les années 60 refusaient les herbicides et pesticides, traités quasiment d'arriérés. Mais "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Rabelais Patrick Baudouin, je n'avance pas masqué, et je n'ai pas l'intention de sauver le monde !
Zorro Le 14 juin 2019 à 11:44:32
Attention Monsieur BAUDOUIN il faut rester prudent car dans tous les cépages traditionnels comme le Merlot Noir, Merlot Blanc , Malbec, Carmenere, etc... ne sont pas uniquement des vitis Vinifera mais ils contiennent également du Vitis Sylvestris. Plus on va affiner l' analyse génétique des cépages plus on va découvrir des autres types de vitis dans nos cépages traditionnels. Les nouveaux cépages résistants ont puisé les gènes de résistance dans le meme genre Vitis . Ceci est le principal. Les nouvelles générations de viticulteurs devront travailler avec ces nouveaux cépages s'ils veulent coller aux nouvelles réglementations environnementales et à la demande des consommateurs nationales et internationales.
tchoo Le 11 juin 2019 à 22:48:52
Compte tenu de la réduction importante des traitements photos le prix est élevé,
PATRICK BAUDOUIN Le 11 juin 2019 à 13:31:46
selon les ampélographes, le terme "cépages résistants" est complètement faux. Le cépage, le seul habilité jusqu'à présent à produire des vins d'aoc, le fondement des aoc, c'est VITIS VINIFERA, avec ses centaines de cultivars, chenin, par exemple ! patrimoine végétal issu de centaines d'années d'évolution et de sélection par l'expérimentation par les hommes et femmes du vin. Les hybridations en cours entre vitis vinifera et d'autres vitis donnent des VARIETES RESISTANTES. Cette confusion n'est pas anodine, elle est dangereuse, car elle masque un vrai débat qui n'a pas vraiment lieu dans la profession alors qu'il est fondamental : la réponse aux enjeux du changement climatique, aux exigences environnementales justifiées, est-elle dans la création d'hybrides "résistants" (à quoi ? combien de temps ?) qui ne se justifient que par le problème des traitements oïdium mildiou (le cuivre et le soufre sont-ils les principaux facteurs de la pollution par l'agriculture ?) alors que d'autres enjeux sont majeurs et que d'autres voies de recherche sont aussi possibles ? Hybrides dont on va mettre des dizaines d'années à sélectionner quelques individus, dont on est à peu près certain qu'ils ne retrouveront pas la capacité d'expression des terroirs que les centaines de cultivars de vitis vinifera offrent dans leur diversité historique ? Donc arrêtons de brouiller les pistes, les cépages résistants n'existent pas, et discutons vitis vinifera et variétés résistantes, avec tous leurs enjeux.
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