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Conversion en bio
Les enjeux essentiels du rendement et de la valorisation

Grâce à un simulateur, la Chambre d'agriculture des Pays de Loire a chiffré les surcoûts et les baisses de résultats d'exploitations « types » suite à une conversion en bio. Plusieurs scenarii ont été étudiés selon l'évolution des rendements et des niveaux de valorisation des produits.
Par Juliette Cassagnes Le 29 avril 2019
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Les enjeux essentiels du rendement et de la valorisation
L

a Chambre d'agriculture des Pays de Loire a mis au point un outil de calcul développé dans le cadre des réseaux Dephy et Inosys, qui permet de simuler les conséquences économiques de changements de pratiques. Celui-ci a été utilisé pour étudier l'impact sur la rentabilité économique d'un passage en viticulture biologique de deux exploitations « types » d'Anjou-Saumur : l'une, de 18 ha, dont les raisins sont livrés en coopérative et valorisés faiblement (en moyenne à 120€/hl), conduite avec peu de main d’œuvre (1,3 UTH), et l'autre de 47 ha, qui transforme et valorise ses vins en vente directe (318€/hl), avec 6,6 UTH.

Des charges opérationnelles peu impactées

Pour les deux entreprises, il a été considéré qu'une conversion en bio nécessitait l'embauche d'un salarié à temps complet (30000€/an) pour amortir la surcharge de travail concentrée sur la saison viticole, ainsi que l'acquisition d'un outil intercep pour remplacer le désherbage chimique sous le rang, pour 15000€. Pour l'exploitation « vente directe », un achat supplémentaire a été nécessaire, dans un tracteur, portant le montant total investi à 51000€.

Concernant l'exploitation « coopérative », l'économie d'herbicides permise par le changement de pratiques a été estimée à 2600€/an, mais le carburant lié à l'entretien mécanique génère un surcoût de 1134€/an. Le coût de la protection fongicide baisse de 2880€ sur l'année, mais engendre un surcoût de fioul de 300€. Globalement, le passage en bio permet une économie de 4000€ par an des charges d'approvisionnement. Pour la main d’œuvre supplémentaire, ces deux « chantiers » ont nécessité 25 jours de travail par an en plus.

Pour l'entreprise « vente directe », ces mêmes calculs permettent d'estimer à 11100€ le gain généré sur les charges d'approvisionnement, mais à 65 jours le temps de travail total supplémentaire. Premier constat tiré par Guillaume Gastaldi, responsable de l'étude : « Le surcoût lié au carburant n'est pas aussi pénalisant que ce à quoi on pouvait s'attendre ».

Des baisses d'EBE jusqu'à -68%

L'entrée de ces données dans le simulateur a ensuite permis d'estimer l'impact sur l'EBE et le résultat courant des deux exploitations, à partir de différentes hypothèses de variations de rendements et de valorisations des produits, raisins ou vins. Quelles que soient ces dernières, de fortes baisses sont constatées.

En cas de rendement constant après le passage en bio et d'une hausse de valorisation de 5%, l'EBE baisse de 44% et le résultat de 79% pour l'exploitation « coopérative », par rapport aux chiffres initiaux (*). Pour l'exploitation « vente directe », l'EBE est quasiment stable, mais le résultat baisse de 66%.

Si le rendement moyen de l'exploitation diminue de -10%, ces indicateurs chutent encore plus fortement, avec pour la première -68% pour l'EBE et -106% pour le résultat courant, et pour la seconde, -48% d'EBE et -142% de résultat courant. « Le résultat courant baisse plus fortement que l'EBE à cause des amortissements et des frais financiers », précise Guillaume Gastaldi.

Le maintien du rendement avant tout

Une hausse de 10%, et non plus 5%, de la valorisation des raisins ou des vins, permet de faire « remonter » ces résultats à -58% et – 90% pour l'exploitation « coopérative » et à -21% et -72% pour l'exploitation « vente directe ». « +10% est donc le minimum d'augmentation indispensable, commente le conseiller. Les exploitations vente directe sont aussi beaucoup plus résilientes, grâce à leur valorisation supérieure ».

Outre la valorisation, celui-ci insiste également sur l'impérieuse nécessité de parvenir à maintenir les rendements. « Cela passe par une réflexion globale dès la plantation, avec le choix du porte-greffe avec un système racinaire en profondeur, une mise en production pas trop précoce ou encore des densités de plantation plus faibles pour rationnaliser les temps de travaux » , indique t-il.

Plus tard, d'autres leviers peuvent également être actionnés concernant le désherbage lui-même : choix des outils et des dates d'intervention, robotique pour économiser de la main d'oeuvre, etc. Le recours à des Cuma, pour mutualiser les charges d'investissement et de main d'oeuvre, doit par ailleurs être plebiscité pour aider à ces changements de pratiques.

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(*Les données de départ sont modélisées à partir des états comptables initiaux des deux entreprises calculés sur une moyenne de 4 ans :

exploitation « coopérative » : EBE inital = 48300€ et Résultat courant = 33300€ exploitation « vente directe » : EBE initial = 116645€ et résultat courant = 44 700€)

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