LE FIL

Sociologie

De la transmission du goût du vin chez les vignerons

Mardi 16 avril 2019 par Marion Sepeau Ivaldi

La socio-anthropologue revient sur le devant de la scène avec, cette fois, une étude consacrée à la transmission du goût, le plaisir de cuisiner, de manger ensemble, le plaisir du vin.
La socio-anthropologue revient sur le devant de la scène avec, cette fois, une étude consacrée à la transmission du goût, le plaisir de cuisiner, de manger ensemble, le plaisir du vin. - crédit photo : JJ Jordan on Unsplash
Ce 16 avril, Vin et Société convie Catherine Le Grand-Sébille, socio-anthropologue de la Santé et enseignant-chercheur en Faculté de Médecine à une rencontre pour présenter son étude sur la transmission du goût.

Catherine Le Grand-Sébille n’est pas une inconnue de la filière vin. Son étude « Fins de vie. Plaisir des vins et des nourritures » a quelque peu marqué les esprits. Elle y explorait comme les plaisirs de la bouche étaient vécus chez les malades en fin de vie. La socio-anthropologue revient sur le devant de la scène avec, cette fois, une étude consacrée à la transmission du goût, le plaisir de cuisiner, de manger ensemble, le plaisir du vin. Son étude « Des uns aux autres. Transmettre le goût du vin et des nourritures » l’a amenée à rencontrer une quarantaine de personnes entre 28 et 40 ans ayant toutes une attirance pour le goût, qu’elles soient amatrices gourmets ou professionnelles (jeunes chefs, vignerons, artisans dans les métiers de bouche).

Le rôle des pairs

Présentée ce 16 avril, dans le cadre d’une rencontre organisée par Vin et Société, l’étude « a été une surprise sur la question de la transmission du goût du vin » indique Catherine Le Grand-Sébille. Il est vrai que le cadre familial comme vecteur du goût vient spontanément à l’esprit. Or ce que ce qui lui a été confié est le goût du vin a été appris par les vignerons lorsqu’ils étaient étudiants à travers leur relation amicale ou avec des pairs. « Clairement, ce n’est pas la même chose d’apprendre le goût du vin quand on est petit enfant et développer le goût une fois adulte » pose Catherine Le Grand-Sébille qui poursuit « la génération plus âgée a appris dans un champ moins large que celui de leurs enfants ».

Ouverture sur le monde

Cet apprentissage à l’extérieur du cercle familial est intéressant à rattacher au fait que la génération actuelle de vignerons a été amenée à travailler de manière différente de celle de leurs parents (pour répondre à la demande sociétale en matière d’environnement notamment), parfois en opposition avec eux. Cette génération est également partie en voyage et est marquée par une responsabilité écologique, politique, citoyenne qui la conduit à s’intéresser à ce que l’on mange et boit. « Il y a une conscientisation politique » explique Catherine Le Grand-Sébille. C’est ainsi que cette génération de vignerons prend très au sérieux le fait d’apprendre le goût du vin à ses propres enfants, à le goûter avec sérieux. Et non pas couper d’eau ou dans des dégustations plus ou moins clandestines.

Partager le goût

Dans le cadre de leur métier, les vignerons partagent presqu’au quotidien le partage du goût avec leurs clients. « A travers eux, sur des salons, lors de rencontres avec les cavistes, ils échangent et mettent à profit ce temps pour élargir la palette des savoirs, des ressentis ». Mais, il s’agit d’échanger aussi avec les consommateurs finaux. « Ils aiment expliquer ce qu’ils ont voulu faire, expliquer qu’il y a beaucoup de soi dans un vin. Ils ont également le souci de ne pas intimider ceux qui dégustent, pour ne pas être écrasants. Ils acceptent que l’émotion ne passe pas forcément par un discours et souhaitent permettre que ce qui est apprécié soit vécu comme une rencontre ».

 

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