LE FIL

Éric Boissenot

« 2018 est l’un des plus grands millésimes de Bordeaux »

Lundi 01 avril 2019 par Alexandre Abellan

« L’exercice de dégustation des primeurs n’est pas simple. Il faut se projeter sur le devenir d’un vin avec son expérience du passé » confie Éric Boissenot.« L’exercice de dégustation des primeurs n’est pas simple. Il faut se projeter sur le devenir d’un vin avec son expérience du passé » confie Éric Boissenot. - crédit photo : RdV Vineyards
À l’ouverture de la semaine des primeurs, l’œnologue conseil phare du vignoble bordelais partage son enthousiasme pour des vins qu’il juge tout simplement remarquables.

2018 ? « C’est un millésime excessif dans tous les sens » résume l’œnologue médocain Éric Boissenot (laboratoire œnologique Boissenot). Suivant personnellement 50 domaines en France et dans le monde*, ce consultant aussi discret qu’expert, se rappelle sans peine les difficultés qui se sont accumulées au vignoble, avec les pluies d’avril à juin causant une pression mildiou historique, qui a autant pesé sur le potentiel de récolte que le moral viticole. Si ce millésime a déjà marqué l’esprit des vignerons bordelais par ses épreuves techniques, il pourrait aussi rentrer dans l’histoire girondine pour la qualité des vins obtenus. « 2018 est l’un des plus grands millésimes qui ait été fait à bordeaux » tranche Éric Boissenot, avec l'économie et l'efficacité de mots qui le caractérise, son avis s'appuyant sur la dégustation 15 000 barriques du millésime en cours d’élevage.

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Alors que la dernière décennie est riche en millésimes remarquables (2009, 2010, 2015 et 2016), « Bordeaux se trouve dans un cycle de changement climatique qui lui est favorable. Depuis 2005, on arrive plus facilement aux maturités. Il n’y a plus de verdeur dans les cabernet » constate Éric Boissenot. Qui n’est pas pour autant inquiet pour l’avenir du cabernet sauvignon ou du merlot à Bordeaux dans le cadre du réchauffement climatique. Ses expériences en Argentine et au Chili lui ayant appris que « les cépages bordelais s'en sortent très bien dans des conditions extrêmes ». S’il reconnaît la nécessité d’irriguer ces vignobles du nouveau monde, l’œnologue-conseil souligne que « le merlot n’a jamais été bon et équilibré qu’en 2018… »

Esthète de l’assemblage

Mais même face à une matière exceptionnelle, l’expert doit sélectionner drastiquement les lots pour les orienter vers le premier ou le second vin. « Dans un millésime, il faut dégager le plus pur. L’excessivité de 2018 a tendance à écraser la clarté des matières. Il faut décortiquer les lots pour trouver la finesse » explique Éric Boissenot, qui promeut un certain esthétisme de l’assemblage : « on recherche ce qui provoque le plus d’émotion possible ». Une philosophie qui lui a été enseignée par son père, Jacques Boissenot, et son mentor, le professeur Émile Peynaud. Une approche qu’il continue de parfaire par l’expérience de chaque millésime. 2019 pointant déjà le bout de ses feuilles alors que le débourrement est généralisé en Médoc. « C’est reparti, on stresse pour le gel maintenant » glisse Éric Boissenot, espérant un nouveau millésime plus tranquille, mais pas moins qualitatif que le précédent.

* : Basé à Lamarque, son cabinet conseille globalement 150 propriétés.

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