LE FIL

Grégoire Burgé

« La bioéconomie est en pleine révolution »

Vendredi 26 octobre 2018 par Juliette Cassagnes

Pour Grégoire Burgé, chargé de mission à AgroParisTech, la bioéconomie connaît actuellement en France un véritable tournant, initié par le pouvoir politique en 2017Pour Grégoire Burgé, chargé de mission à AgroParisTech, la bioéconomie connaît actuellement en France un véritable tournant, initié par le pouvoir politique en 2017 - crédit photo : DR
Le chargé de mission bioéconomie à AgroParisTech, interviendra sur ce sujet lors d'une conférence organisée pendant le salon Dionysud 2018. La filière viticole occupe une place déjà importante sur ce secteur, mais beaucoup de choses restent à faire. Interview.

Pouvez-vous d'abord nous rappeler ce qu'est la bioéconomie ?

Grégoire Burgé : La bioéconomie englobe l'ensemble des activités liées à la production, à l'utilisation et à la transformation des bioressources ou de la biomasse (agricole, aquacole et forestière), pour produire des aliments pour les hommes et les animaux, mais aussi des bioénergies (granulés pour le chauffage, biométhane à partir du lisier, de l'huile végétale remplacer le diesel, du bioéthanol pour substituer l'essence), ainsi que des biomatériaux (béton en chanvre, assiettes en bambou, raquettes de tennis en fibres de lin, coques de smartphone à base de sucre) et des biomolécules pour la chimie (anti-UV à partir de son de moutarde, substituts au Bisphénol A à partir de son de blé, pneus issus de chardons) .On peut également définir la bioéconomie comme l'économie du carbone renouvelable par opposition à l'utilisation du carbone fossile.

Il ne doit pas y avoir de concurrence d'usage entre les deux valorisations, l'alimentation reste prioritaire ; on fait simplement autre chose avec les sous-produits et les co-produits. Au lieu de devoir payer pour s'en débarrasser, on crée donc de la valeur avec et on génère un revenu supplémentaire, d'où la notion d'économie.

 

Que représente-t-elle en termes de chiffres ?

G.B : De la production à la vente, la bioéconomie couvre un champ très large ; selon les chiffres du pôle de compétitivité IAR, ce secteur représente en Europe 2100 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 22 millions d'emplois. En France, c'est environ 1,7 million d'emplois et 316 milliards de CA.

 

Où en est-on en France sur ce secteur ?

G.B : La bioéconomie est vraiment un sujet d'actualité en France : une stratégie nationale a été présentée en 2017 par le ministère de l'agriculture. Un nouveau plan d'action en a découlé en 2018. Nous sommes donc à un véritable tournant, avec une vraie volonté politique pour se saisir du sujet. Elle est l'une des solutions à la problématique de la transition énergétique, avec des changements très importants à venir pour notre société qui passera de l'utilisation de produits d'origine fossile aux produits biosourcés. Pour répondre aux grands enjeux de la bioéconomie et du monde de demain, nous devrons aussi former des étudiants capables d'appréhender ces transitions, de raisonner en approches systémiques...

 

La France est donc en retard sur ce secteur de la bioéconomie ?

G.B : Il reste en effet encore beaucoup de choses à faire pour mieux produire et valoriser, et pour que ce secteur se développe. Les attentes des industriels des secteurs pharmaceutique, cosmétique, énergétique, agro-alimentaire et du bâtiment, sont nombreuses. Mais son bon développement dépendra en partie des prix de vente de ces énergies et produits bio-sourcés : pour qu'ils trouvent une place sur les marchés, ils devront être équivalents ou légèrement supérieurs à ceux des produits pétro-sourcés. Actuellement, le prix du baril de pétrole, inférieur à 80€, ne permet pas aux premiers d'être compétitif par rapport aux seconds.

Une réflexion est par ailleurs en cours pour les rendre plus visibles : il s'agit de mieux montrer les avantages et de prendre en compte les externalités positives de ces produits issus de ressources végétales dans leur prix de vente, par rapport aux produits pétro-sourcés. Un projet de label est d'ailleurs actuellement à l'étude.

 

Où en est la filière viticole française sur cette thématique ?

G.B : Parmi les différentes filières, c'est aujourd’hui l'une des plus avancées, sans forcément en avoir conscience. Beaucoup de choses sont déjà réalisées depuis longtemps : les lies et marcs sont déjà valorisés dans des bioraffineries en vue d'élaborer de l'alcool intégré dans les biocarburants, produire des colles vertes, des tanins, de l'acide tartrique, des colorants, du compost ; les pépins de raisins sont utilisés pour fabriquer de l'huile, leur polyphénols et anti-oxydants extraits pour la cosmétique... D'autres projets sont aussi à l'étude, comme la récupération des sarments de vigne pour en extraire des molécules d'intérêt, ou encore la réutilisation des eaux de station d'épuration pour irriguer le vignoble. Mais il reste énormément de choses à faire. La filière viticole reste cependant l'une des mieux armées et des plus structurées à l'heure actuelle pour faire face à ces défis sociétal, environnemental et économique.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique, une conférence sera organisée le 7 novembre 2018 à 10h, lors du salon Dyonisud.

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