LE FIL

Pas si simple

Comment les AOC peuvent-elles adopter l'innovation ?

Jeudi 26 avril 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Le président de la Cnaoc, Bernard Farges, veut regarder l'avenir des AOC en face, ce qui suppose d'adapter les pratiques des AOC au changement climatique et aux attentes sociétales en matière d'environnement.Le président de la Cnaoc, Bernard Farges, veut regarder l'avenir des AOC en face, ce qui suppose d'adapter les pratiques des AOC au changement climatique et aux attentes sociétales en matière d'environnement. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Ce 26 avril, les AOC se réunissent à Calvi en Corse pour leur congrès annuel. Thème de la rencontre : "Adapter dès maintenant la viticulture AOC pour 2050 ».

« Il nous faut explorer qu’elles sont les évolutions possibles pour les AOC pour faire en sorte qu’elles soient à la pointe de l’innovation et non observatrices de l’innovation » pose Bernard Farges, président de la Confédération nationale des appellations d’origine contrôlée (CNAOC). Le 26 avril, à Calvi, c’est tout le sens des débats qui animeront les diverses AOC de France réunies pour leur congrès annuel. Si la question s’est imposée cette année, c’est que, selon Bernard Farges, il n’y a plus de doute sur un avenir qui sera différent des conditions d’aujourd’hui. « Le sujet du changement climatique occupe toutes les réunions des régions viticoles. Celui des défis environnementaux aussi ! » constate Bernard Farges.

Préparer l'avenir

L’avenir des AOC se jouera à travers leur capacité à s’adapter à ces grands défis. Mais la chose n’est pas si simple : faire évoluer un cahier des charges, on le sait, est un exercice qui est sans doute à l’antipode de la réactivité d’une start-up. Bernard Farges veut cependant croire que les AOC auront les ressorts nécessaires pour évoluer, parce que si c’est le conservatisme qui prédomine, le système risque de péricliter. « Nous verrons des viticulteurs s’extraire du système AOC afin d’avoir moins de contraintes de production », même si les « AOC répondent aux attentes de la filière et du marché du vin ».

Le cahier des charges n'est pas immuable

Faut-il aborder le cahier des charges avec davantage de souplesse ? « Il est là pour encadrer les pratiques, valider le choix d’un groupe de viticulteurs. Mais il n’est pas fait pour être immuable. Nos prédécesseurs ne l’ont pas conçu dans ce sens ! » considère Bernard Farges. Mais cette évolution doit avoir un but unique, selon le président de la CNAOC : protéger la spécificité, le style d’un vin d’AOC lié à un territoire. Les pratiques doivent être adaptées dans ce sens. Ce qui n’empêche pas l’émergence de nouveaux vignobles d’AOC dans des territoires qui, avec un climat modifié, deviennent intéressants pour la production vitivinicole. 

Parmi les évolutions techniques nécessaires, le choix du cépage est un enjeu cardinal. Permettre aux AOC d’adapter leurs encépagements, c’est résoudre des défis techniques ayant une incidence forte sur la compétitivité du vignoble. Le cépage joue sur la précocité et la maturité de la vendange, la résistance au stress hydrique, la gestion du taux d’alcool dans les vins. Mais choisir un cépage, c’est aussi se poser la question de l’introduction des cépages résistants qui ne sont pas des variétés Vitis Vinifera pures. Or l’Union européenne interdit aux AOC l’usage d’autres cépages que ces derniers. La question de l’évolution des cépages est donc avant tout réglementaire. Et Bernard Farges souhaiterait a minima pouvoir commencer à réaliser des expérimentations et arrêter de se cacher derrière une certaine "hypocrisie". Le congrès pourrait apporter une première réponse en ce sens, glisse-t-il.

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