LE FIL

Pour une erreur

La chaptalisation du château Giscours de retour aux tribunaux

Mardi 24 avril 2018 par Alexandre Abellan

Toute une cuve d’assemblage est bloquée pour une fraction qui n’aurait pas dû être chaptalisée.Toute une cuve d’assemblage est bloquée pour une fraction qui n’aurait pas dû être chaptalisée. - crédit photo : Château Giscours
Reconnue par le syndicat viticole, une bourde sur la communication de l’enrichissement 2016 conduit le troisième cru classé de Margaux à être poursuivi en correctionnelle. Un concours de circonstances emblématique d’un système administratif à bout de souffle.

« On assume l’erreur commise, mais sans intention de fraude. On a tout essayé afin de pouvoir s’expliquer auprès de l’administration, mais j’ai l’impression que la décision de nous amener devant le tribunal était déjà prise » soupire Alexander Van Beek, le directeur général du château Giscours (troisième cru classé en 1855 de Margaux). Ce 14 juin, il comparaît devant la chambre correctionnelle du tribunal de Bordeaux avec son directeur technique et la société d’exploitation, l’administration leur reprochant la chaptalisation frauduleuse d’un lot de vin. Lors d’un contrôle en octobre 2016, la brigade spécialisée dans le vin de la répression des fraudes (Direccte) a en effet démontré qu’un lot de merlot tout juste vendangé avait été chaptalisé. Alors que le décret préfectoral du 11 octobre 2016 excluait ce cépage des autorisations d’enrichissement de l’appellation Margaux sur ce millésime. En conséquence, 397 hectolitres de vin d’appellation Margaux ont été bloqués, soit l’équivalent de 53 000 bouteilles a révélé le Sud-Ouest.

« Il ne s’agit pas d’une cuve de merlot, mais d’une cuve de jeunes vignes de cabernet sauvignon dont un reliquat est constitué de merlot (représentant 20 % du volume) » précise d’emblée Alexander Van Beek, qui martèle sa ligne de défense : « c’est une erreur de communication qui a conduit à ce concours de circonstances. Il n’y avait pas de volonté de qui que ce soit de frauder. »
Estimant avoir suivi la procédure, la propriété a en effet demandé à son syndicat viticole l’autorisation de chaptaliser. Le décret préfectoral tardant, l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) a sollicité l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO), qui l’a assuré sur la possibilité de chaptaliser. Annonçant le 10 octobre à 14h32 qu’il était possible de chaptaliser, le syndicat viticole s’est aperçu qu’il n’avait pas précisé à quels cépages cela s’appliquait. Et a renvoyé un message rectificatif à 15h13 ce même jour, alertant sur l’interdiction de chaptaliser pour le merlot*. Mais en quarante minutes, le maître de chai impatient de cette autorisation avait déjà réalisé la chaptalisation sur la cuve en question. Conduisant l’ensemble du lot à être considéré comme frauduleux.

"Ampleur disproportionnée"

Cette explication d’un dysfonctionnement dans la chaîne de communication est officiellement soutenue par l’ODG Margaux. Comme le détaille son président, Gonzague Lurton : « Une simple erreur administrative prend une ampleur disproportionnée. Le blocage de cet enrichissement anormal n’apporte rien en termes de protection du consommateur. Et il n’y a pas de déficit de qualité œnologique… »

« En cette période de vinifications, on ne peut pas se permettre d’attendre longtemps » renchérit Alexander van Beek. Sachant que, pour complexifier la situation, que l’ensemble des autres appellations girondines ont obtenu l’autorisation de chaptalisation pour le merlot en 2016. Dont l’AOC Haut-Médoc, où le château Giscours a des vignes.

Précédents

Si les services de la Direccte n’ont pas répondu aux sollicitations de Vitisphere, on peut estimer que le passif du château Giscours dans les années 1990-2000 a pu jouer dans leur intransigeance. « Il n’y a pas de corrélation avec cette époque. La société d’exploitation n’a jamais été mise en cause, il s’agissait de pratiques de l’ancienne direction » balaie Alexander Van Beek, pour qui le dossier est emblématique d’une trop grande complexité administrative.

« Le circuit d’autorisation d’enrichissement est long et se fait toujours au dernier moment. Quand les vendanges sont en cours et que la nervosité est là… C’est la problématique d’une zone où l’enrichissement reste théoriquement exceptionnel » conclut dans un regret Gonzague Lurton.

 

* : Disposition confirmée par l'arrêté préfectoral, signé le lendemain, le 11 octobre 2016, mais communiqué le 12 octobre seulement par l'INAO.

** Cet article a été modifié à la demande Château Giscours.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2018 - Tout droit réservé