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Sciences et rayonnement

Les Vignobles Bernard Magrez, ferments d’innovation

Vendredi 25 août 2017 par Michèle Trévoux

Arnaud Delaherche, docteur en microbiologie appliquée à l’œnologie : 'L’objectif de ce pôle est de proposer différentes thématiques de recherche qui présentent un intérêt au niveau régional et de trouver les partenaires de recherche avec qui nous pouvons les mettre en œuvre'.Arnaud Delaherche, docteur en microbiologie appliquée à l’œnologie : 'L’objectif de ce pôle est de proposer différentes thématiques de recherche qui présentent un intérêt au niveau régional et de trouver les partenaires de recherche avec qui nous pouvons les mettre en œuvre'. - crédit photo : Vignobles Bernard Magrez
Créé il y a tout juste 4 mois, le pôle scientifique des Vignobles Bernard Magrez se veut initiateur et fédérateur de programmes de recherche dont les bénéficies profiteraient à l’ensemble de la région.

« Ce que je veux, c’est transmettre l’excellence », profère Bernard Magrez sur son site. Un engagement qui prend forme aujourd’hui avec la création d’un pôle scientifique  au sein de son activité grands crus classés. La responsabilité en a été confiée à Arnaud Delaherche, docteur en microbiologie appliquée à l’œnologie, qui a rejoint les Vignobles Bernard Margez en mai dernier après avoir fait ses premières armes dans différents laboratoires de recherche, d’œnologie et sociétés de produits œnologiques. « L’objectif de ce pôle est de proposer différentes thématiques de recherche qui présentent un intérêt au niveau régional et de trouver les partenaires de recherche avec qui nous pouvons les mettre en œuvre. Nous nous appuyons notamment sur Inno’vin, cluster de la filière viti-vinicole en Nouvelle Aquitaine, qui accompagne les entreprises dans leur projets d’innovation», explique-t-il.  

Etudier l'encépagement

Une dizaine de projets très éclectiques ont d’ores et déjà été définis. L’un des plus avancés concerne le renouvellement de l’encépagement imposé par le réchauffement climatique. Depuis 4 ans, Bernard Magrez a implanté sur une parcelle de 2 ha devant le Château La Tour Carnet, une collection de 75 cépages, provenant essentiellement des régions méditerranéennes (Corse, Italie, Espagne, Portugal, Grèce…) pour étudier leur comportement à Bordeaux dans la perspective d’une élévation des températures. Cette collection devrait être prochainement étendue aux différents cépages résistants développés en France et en Europe. Arnaud Delaherche est actuellement en discussion avec la Région Nouvelle Aquitaine pour le financement d’un programme de recherche visant à vinifier chaque cépage séparément pour apprécier ses qualités organoleptiques sur le terroir bordelais.

Gérer la variabilité intra-parcellaire

Les drônes constituent un autre axe de recherche majeur pour le pôle scientifique des vignobles Bernard Magrez. « Nous utilisons des drônes depuis 4 ans à Pape Clément pour la cartographie du vignoble. Nous souhaitons aller plus loin en travaillant sur la détection du mildiou. L’idée serait de pouvoir identifier les zones à risque à l’échelle d’une parcelle et d’utiliser cette information pour régler le pulvérisateur et moduler les doses de traitement en fonction du risque. L’enjeu est de répondre à des besoins qualitatifs tout en limitant l’impact environnemental », explique Arnaud Delaherche. Le projet de recherche devrait être mis en place d’ici la fin de l’année, assure-t-il.

Sélection de levures

Le microbiologiste n’est pas mécontent de soutenir un autre projet, en lien avec sa formation initiale : la production de levures issues des vignobles Bernard Magrez. La sélection de ces souches de Saccharomyces Cerevisiae a été effectuée en 2015. Deux souches ont été retenues parmi la trentaine identifiée au départ. « Nous avons suivi le comportement de ces différentes souches en début, milieu et fin de fermentation et retenu celles qui étaient présentes en plus grand nombre durant toute la fermentation et qui présentaient les meilleures aptitudes pour élaborer nos vins : faible production de volatile et capacité à produire des vins élégants ». L’authenticité des deux souches retenues a été vérifiée : ce travail a été confié à un prestataire extérieur qui a comparé ces souches à plus de 300 autres pour bien valider leur spécificité. Pape1 et Clément 2, les deux souches issues de cette biosélection, seront testées sur le millésime 2017 pour évaluer leur comportement.

Une formation de maître chevalier

Enfin la robotique est également au cœur des préoccupations du pôle scientifique. « Nous souhaitons mettre en place deux axes de travail : la robotique pour le travail de la vigne (désherbage, tonte..), et pour le tri de raisins avec des capteurs qui mesurent la maturité". Mais dans le même temps, Arnaud Delaherche souhaite mettre en place un pôle d’excellence de la traction animaleA Pape Clément, tout le travail à la vigne est effectué par traction animale. "Nous avons fait une étude de coût qui montre que le cheval ne revient pas plus cher que le tracteur. Beaucoup de grands crus classés reviennent à la traction animale. Nous allons donc proposer à la Région un module de formation de Maître charretier, en complément de la formation de tractoriste », annonce-t-il.  

Côté budget, le pôle scientifique ne dispose pas d’une enveloppe annuelle spécifiquement dédiée. « Nous fonctionnons au cas par cas pour chaque projet. Notre dotation peut varier de 100 à 500 000 € selon l’ampleur des travaux », précise Arnaud Delaherche.

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