LE FIL

Statut du commandeur

Cognac vise le cloisonnement de ses contingents viticoles

Mercredi 29 mars 2017 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 04/04/2017 14:04:24

Avec le cas des transferts de plantation, la démonstration de force d’un syndicalisme viticole charentais unique est faite pour Stéphane Roy, ce 28 mars à Châteaubernard.Avec le cas des transferts de plantation, la démonstration de force d’un syndicalisme viticole charentais unique est faite pour Stéphane Roy, ce 28 mars à Châteaubernard. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Deux révisions réglementaires européennes permettent au vignoble charentais d’envisager une évolution rapide de son statut, afin de flécher ses nouvelles autorisations de plantation, et sécuriser leur gestion.

Après avoir enrayé le mécanisme national des transferts de plantation ce début 2017, le vignoble de l’appellation Cognac pourrait obtenir d’ici la fin de l’année un statut européen lui permettant de contrôler à terme son dimensionnement. Délaissant la possibilité de mettre sous AOP son vignoble sans Indication Géographique, l’interprofession charentaise envisage un nouveau statut : celui de de vins aptes à la production d’eaux-de-vie de vin sous IG.

Ce qui ne serait pas foncièrement une nouveauté reconnaît Stéphane Roy le 28 mars, lors de la mise au courant  de l’Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC), qu’il préside. « C’est un statut qui existait avant 2008, pour la double fin. Il a été abandonné lors de la réforme des signes de qualité. On ne voyait pas d’opportunité à le garder. On s’est trompé ! » explique le vigneron, ce 28 mars à Châteaubernard. S’il avait été conservé, ce statut aurait pu éviter à la filière charentaise un an sous le signe des tensions et transferts de plantation (voir encadré).

"Cognac veut gérer son avenir, sans perturbateurs"

Sur les rails réglementaires, le changement de statut du vignoble de l’AOC Cognac a un objectif simple : « obtenir le cloisonnement des productions charentaises qui fera que demain, nous fixerons un contingent pour Cognac, un contingent pour les vins de pays, un contingent pour le Pineau… Et à chacun d’être responsable ! » explique le vigneron Jean-Bernard de Larquier, président du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC).

« Les deux familles de Cognac veulent gérer leur avenir elles-mêmes, en évitant les perturbateurs extérieurs ». Un point de vue que les vins de pays charentais, Pineau des Charentes et vins sans Indication Géographique (IG) apprécieront. Ces derniers participent effectivement à la fixation d’un contingent annuel, qui ne peut être fléché par productions, mais reste global.

Plans A et B

Pour changer la donne, deux opportunités réglementaires sont ouvertes au niveau européen : un « omnibus » et un « alignement ». Deux fenêtres ouvertes grâce au statut singulier de la production de Cognac ou plutôt sa dualité. Le vignoble de l’eau-de-vie charentaise évolue en effet entre deux filières : l’agriculture par sa matière première (réglementée par l’Organisation Commune du Marché vin) et l’industrie par la distillation de ce spiritueux (règlement 110/2008).

Pour mettre en place le nouveau statut du cognac, le plan A, « omnibus », met à profit la renégociation financière à mi-parcours de l’OCM vin. Ce qui donne l’occasion d’apporter des correctifs à la réglementation communautaire : « on va permettre aux vins aptes à la production d’eaux-de-vie de vin sous IG de bénéficier des mêmes possibilités que les vins AOP et IGP » explique Catherine Le Page, la directrice du BNIC. Grâce au dépôt de trois amendements, un vote sur le sujet est prévu au Parlement Européen pour ce début mai, avant d’être négocié par un trilogue (Conseil, Commission et Parlement européens). Le processus législatif devrait s’achever fin 2017, pour une mise en application pour 2018.

En parallèle, le plan B « alignement » mise sur le pied industriel de la production d’eau-de-vie charentaise. Il s’agit d’intégrer dans l’alignement du règlement 110/2008 avec le traité de Lisbonne « un renvoi à l’OCM pour que les vins aptes à la production d’eaux-de-vie de vin sous IG bénéficier des mêmes possibilités que pour les vins AOP et IGP » précise Catherine Le Page. Déposé par le gouvernement français au Conseil des ministres, cet amendement doit passer au Parlement, afin d’être étudié par un trilogue. Ce plan B ne pourrait porter ses fruits qu’en 2019.

Business Plan

Dans tous les cas, ces changements réglementaires ne pourront pas aboutir avant l’an prochain. Pour 2017, le BNIC se penchera donc comme si de rien n’était sur les débats d’après-vendanges sur les prochains contingents de bassin. Entre-temps sera réactualisé le Business Plan, afin de proposer le rendement 2017 lors de l’assemblée générale de mai, et de préparer la fin de mandature. « Aujourd’hui, on a deux outils qui sont presque parfaits. Le Business Plan et le régime des autorisations de plantations nouvelles pour calibrer notre bassin d’approvisionnement » conclut le vigneron Éric Billhouet, le président de l’ODG Cognac.

 

* : interpellés au sujet de noms d’exploitants diffusés à tort, les représentants de la filière ont présenté leurs excuses pour des erreurs ponctuelles. Et se sont engagés à corriger le tir pour ceux injustement accusés, notamment pour le maintien de leurs contrats avec le négoce (qui récuse actuellement ceux des « vautours » désignés).

Vautour : dossier (presque) classé

Un an après avoir commencé à alerter sur le danger des transferts de plantation, l’UGVC se félicite de la publication de l’arrêté ministériel mettant un coup d’arrêt à ce contournement individuel de la stratégie collective de dimensionnement du vignoble. Une pratique qui faisait courir un risque de déstabilisation de la filière clament à l’unisson les élus du vignoble. « Il ne pouvait y avoir deux régimes, entre ceux qui ont demandé 2 500 hectares d’autorisation de plantation pour un contingent de 250 hectares, et ceux qui contournaient le système » pose le négociant Florent Morillon, président du Comité Régional de l'Institut National de l'Origine et de la Qualité (CRINAO). « L’intérêt collectif n’est pas la somme des intérêts individuels » se plaît à renchérir Jean-Bernard de Larquier.

D’après les listes établis par les Jeunes Agriculteurs de Charente et de Charente-Maritime, sur 238 hectares achetés pour un transfert, 138 ont effectivement été plantées. Le tout par 25 vignerons identifiés, et qualifiés de « vautours. Ce qui représente bien leur état d’esprit par rapport au vignoble » tranche Gaëtan Bodin (représentant vigne des JA 17). « Nous avons bloqué les transferts en cours ou à venir. Mais reste la question de ceux qui ont planté des vignes transférées. Nous verrons quelles suites donner » conclut Stéphane Roy, qui souhaite « clore le chapitre des transferts avec intelligence ».

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