LE FIL

Dans le cortège de Narbonne

"Nous avons dû réduire les acomptes"

Lundi 27 mars 2017 par Frédérique Ehrhard

Environ trois milliers de personnes ont défilé dans les rues de Narbonne. En cause : le retournement de marché et la tendance baissière des cours.
Environ trois milliers de personnes ont défilé dans les rues de Narbonne. En cause : le retournement de marché et la tendance baissière des cours. - crédit photo : Frédérique Ehrhard
Samedi 25 mars, plus de 3000 manifestants ont répondu à l'appel du syndicat des vignerons de l'Aude. Témoignage de viticulteurs rencontrés dans le cortège.

Dans le Midi, personne n'a envie de voir revenir la crise qui a touché durement la filière dans les années 2000. Après plusieurs années de hausse, les cours ont retrouvé un niveau correct en 2015 et 2016. Les vignerons ont relancé les investissements, et les jeunes ont commencé à s'installer à nouveau. Mais cette année, le retournement du marché des vins sans IG, qui commence à toucher celui des IGP, ravive les inquiétudes.

Les prix des IGP fléchissent

« Les prix de l'appellation Corbières résistent mais ceux des IGP fléchissent, et les retiraisons se ralentissent », constate Xavier Capman, président du Cellier de l'Aussou, à Bizanet dans l'Aude. « Le négoce cherche à casser les prix, c'est dommage. Il va falloir réduire les acomptes. Nous avons deux ou trois jeunes adhérents qui sont en train de s'installer, il ne faudrait pas qu'ils se découragent ».

Même constat dans l'Hérault. « Notre coopérative a dû réduire les acomptes de 10 à 15 % depuis janvier, et elle a étalé le versement du solde 2015 », souligne Jean-Luc Nougaret, adhérent des Vignerons de l'Occitane, à Servian. En 2016, la sécheresse a amputé sa récolte de 30%. Tout cela va faire de la trésorerie en moins, alors que les frais, eux, vont augmenter. « Je viens de renouveler un tracteur et d'investir dans un interceps pour réduire les désherbants », précise t-il. Son fils a choisi de revenir à la viticulture et s'est installé il y a deux ans. « Il aime ce métier. Mais je m'inquiète, nous allons vers une période difficile si les cours ne se redressent pas ».

"D'habitude, nous avons contractualisé tous nos blancs fin janvier. Cette année, nous en sommes bien loin ! "

Dans le Gers, les caves peinent également à vendre. « D'habitude, nous avons contractualisé tous nos blancs fin janvier. Cette année, nous en sommes bien loin ! Le marché ne répond plus, nous envoyons des échantillons et nous n'avons pas de réponse », constate Alain Lalanne, installé en cave particulière  à Ramouzens. Les quelques propositions d'achat reçues sont inférieures de 40 % aux cours de 2016, et ne couvrent pas les frais. « Les acheteurs préfèrent aller en Espagne. C'est d'autant plus frustrant que nous avons un beau millésime ! ».

A la tribune, Frédéric Rouanet, président du syndicat des vignerons de l'Aude, a dénoncé les négociants qui profitent des importations espagnoles pour tirer vers le bas les prix des autres vins. « C'est le bras de fer avec les acheteurs. Notre coopérative n'a pas encore tout vendu, et a déjà dû réduire les acompte de 20 %, explique Thomas Andreu, un adhérent du syndicat des vignerons du Gard nouvellement créé. Cela fait trois générations que nous nous battons pour rester vignerons, il va falloir continuer ».

 

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VOS RÉACTIONS
craoux Le 29 mars 2017 à 14:26:17
Outre que ce n'était pas une disposition UE, c'est une idée bien hypocrite que celle de vouloir contrôler (ah bon ?) la dérive de production des vignobles AOP-IGP par une limitation du rendement des vignes VSIG au sein de l'exploitation. La seule réponse est que les ODG AOP ou IGP fassent leur job ... et le fassent VRAIMENT. Dans les plans de contrôle AOP et IGP, et afin de réduire à outrance les coûts de contrôle interne et externe, les taux de contrôle "terrain"sont affichés à des valeurs quasiment peanuts. Le vrai courage de la filière - pour en finir avec ces "éponges" - serait de reconsidérer la pression de contrôle sur les parcelles engagées par les producteurs à produire de l'AOP. Ce qui n'est pas fait à ce jour. Alors, ASSEZ de cette hypocrisie avec un plafonnement du rendement VSIG sur l'exploitation mixte AOP-IGP et VSIG. C'est tellement plus commode de ne pas chercher les vraies réponses aux problèmes ..... en proposant des solutions biaisées à des problèmes parfaitement identifiés.
andré Le 29 mars 2017 à 08:37:26
Les espagnols ont bon dos, mais inquiétons nous plutôt du nombre grandissant de vignes industrielles dans nos plaines et qui par leur rendement inimaginable engorgent tous les marchés et alimentent toutes les vignes éponges des appellations. Retour à la norme européenne fixant la production maximale à 90 hectos/hectare pour les vins sans ig, voilà la solution.
Stratos Le 28 mars 2017 à 19:26:25
C'est parti pour au moins 3 à 5 ans et il y aura de la casse. ceux qui n'ont pas anticipé un retournement de conjoncture vont le payer cher. Et surtout ceux qui ont investi..... La seule solution vendre du vin en bouteille regroupez vous......mais pas de temps à perdre. Embauchez à plusieurs un professionnel de la vente 6 vignerons et avec au minimum 10 à 15 ha chacun préparez avec lui un plan marketing sur 5 ans. Préparez un dossier d'aide pour toutes les démarches marketing (créer les étiquettes......) et l'embauche de l'expert.......mais pour cette année c'est loupé. Bon courage mais c'est le moment ou jamais de se lancer. Jean STRATOS
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