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Catalogue français

Le CTPS réoriente 10 cépages résistants vers un classement temporaire

Lundi 19 décembre 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 21/12/2016 10:09:19

Toutes obtenues par l'Université d'Udine en partenariat avec VCR, ces variétés sont pour moitié rouges et pour moitié blanches.Toutes obtenues par l'Université d'Udine en partenariat avec VCR, ces variétés sont pour moitié rouges et pour moitié blanches. - crédit photo : Università degli Studi di Udine
Soutenues par les Pays d’Oc IGP, les variétés italiennes ont été retoquées à cause d'incertitudes sur leurs capacités d'adaptation au vignoble français et sur le niveau de leurs résistances. Ainsi que sur les noms de huit de ces variétés.

S’il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à la section viticole du Comité Technique Permanent de la Sélection des Plantes Cultivées (CTPS), c’est sa constance, tenant d’une rigueur toute scientifique. Réunis ce 15 décembre à Paris, ses membres ont de nouveau donné un avis défavorable à la demande de classement au catalogue nationale de dix cépages italiens résistants au mildiou et à l’oïdium, appuyés par l’interprofession des vins IGP Pays d’Oc.

Il s’agit des variétés cabernet Eidos, cabernet Volos, Fleurtai, merlot Kanthus, merlot Khorus, Julius, sauvignon Kretos, sauvignon Nepis, sauvignon Rytos et Soreli. Mais les experts ont également préconisé leur réorientation vers un classement temporaire, selon la nouvelle disposition mise en place cette année.

Dossiers mis en difficulté

Pour motiver leur décision collégiale, les experts du CTPS se sont notamment basés sur trois faiblesses des dossiers présentés. Agronomiquement, les observations viticoles sont issues de plantations dans des conditions pédo-climatiques italiennes où la forte pluviométrie et la faible pression oïdium interrogent les experts. Les dix variétés étant issus des obtentions avec l’université d’Udine de la pépinière coopérative italienne Vivai Cooperativi Rauscedo (VCR, dans le Frioul).

La force des résistances aux maladies cryptogamiques est également mise en doute par le CTPS. Pour le mildiou, ces dix obtentions se basent notamment sur celle de la variété Bianca (qui a été contournée), tandis que pour l’oïdium, elle repose sur le gène Run3 (qui est considéré comme plus tolérant que résistant). Cerise sur le gâteau, les dénominations de neuf de ces dix cépages sont jugés non-conformes avec la légistation nationale rappellent les experts. Qui craignent des détournements de notoriété et des risques de confusion avec les cabernets, merlots et autres sauvignons.

Cet appel à la prudence, et aux essais locaux avant toute généralisation nationale, s’inscrit dans la lignée de la décision du dernier CTPS, du 29 septembre. Où pour quatre cépages résistants européens admis au catalogue, il y a eu sept avis de réorientation vers un classement temporaire pour des variétés étrangères, quand les quatre cépage du programme ResDur de l’INRA ont été adoubés pour un classement temporaire (de quinze ans).

Au ministère de trancher

Cette expertise ne devrait pas être du goût des représentants languedociens du vignoble, qui ont déjà montré leur impatience par le passé en interpelant le ministère de l’Agriculture. Et ont mobilisé  le Conseil Spécialisé Vin de FranceAgriMer d’octobre dernier, qui a accepté en bloc les cépages résistants proposés. Avec une réserve cependant pour dix cépages (dont huit italiens, plus le cabernet blanc et le cabernet Cortis). Les élus du vignoble demandent en effet une clarification de leurs dénominations, comme le demande le CTPS. « C'est une demande purement franco-française » soupire Loïc Breton (VCR France, voir encadré).

Le travail de synthèse entre ces positions d’experts et de producteurs revient désormais au ministère de l’Agriculture. Un expert de la procédure estime qu’un groupe de travail pourrait être créé dès janvier, avec l’objectif de publier un décret avant mars. Afin de permettre les premières plantations sur la prochaine campagne.

Réaction de VCR

Apprenant la nouvelle, Loïc Breton, le directeur générale de la branche française de VCR est loin d’être étonné par la décision du CTPS. « Que le classement soit temporaire ou pas, nous sommes là pour travailler et il y a une demande forte de la viticulture pour avancer dans les défis environnementaux actuels. Nous répondrons aux besoins français, l’an prochain il y aura une centaine d’hectares de résistants plantés en Italie » annonce-t-il. Ajoutant, philosophe, que « pour qu’un cépage soit planté, il faut qu’il marche bien culturalement et donne un bon vin. Ce n’est qu’à ces conditions qu’il trouvera sa place sur les marchés. »

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VOS RÉACTIONS
Vincent Pugibet Le 31 décembre 2016 à 16:14:17
L'argumentaire est évidement partisan. Laisser entendre que tous ces cépages ont un résistance faible, sont facilement contournable, avec "cerise sur le gâteau" des noms à problème est simplement faux et caricatural. Si une moitié de ces cépages est effectivement croisée sur Bianca, l'autre moitié est croisée sur 20-3 ce qui confère à ces cépages une résistance polygénique. D'autre part des noms comme Fleurtai, Soreli et Julius ne posent aucun problème. Quand aux manques de résultats de ces cépages dans les conditions climatiques françaises, il n'y a pas plus de donnée sur les cépages italiens que sur les cépages allemands ou suisses pourtant proposés au classement. D'autant que ces prétendus experts, ont dans leur quasi-unanimité refusé de venir voir les seuls vrais résultats que nous avions à la Colombette. Il y a au CTPS un problème de compétence, d'ouverture d'esprit et d'indépendance. Il est évident qu'ils sont juges et partis. Demander au CTPS de donner son avis sur les cépages de VCR, c'est un peu comme si on demandait à Renault de donner une autorisation de mise en marché en France pour un nouveau modèle de Fiat. Modèle évidement sans concurrence sur le marché français car la R&D de Renault n'aurait pas pensé à travailler sur ce sujet... Espérons que nous tirerons les conséquences de ce triste épisode en réformant en profondeur le système de classement, d'inscription et surtout les gens qui le contrôle.
ExpertVigne Le 21 décembre 2016 à 08:13:33
N'oublions pas de rappeler dans ce genre d'article la procédure de production de nouvelles variétés, pour que les viticulteurs soient bien conscients des délais entre le moment ou on parle de ces variétés dans la presse, et le moment ou les viticulteurs dans leur ensemble pourront réellement accéder a ce matériel végétal nouveau.
Vigneron bio Le 20 décembre 2016 à 19:21:58
Et pendant qu'on se fait des nœuds au cerveau, les autres vignobles européens plantent des vignobles de cépages résistants à tour de bras ...
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