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Le projet Hennessy sur les maladies du bois passe à 1,2 million €

Lundi 05 décembre 2016 par Alexandre Abellan

Lionel Choplin, Florent Morillon et le professeur Patrice Rey ont signé ce deux décembre la première chaire industrielle en agronomie (depuis le lancement de ce co-financement par l’ANR, en 2011).
Lionel Choplin, Florent Morillon et le professeur Patrice Rey ont signé ce deux décembre la première chaire industrielle en agronomie (depuis le lancement de ce co-financement par l’ANR, en 2011). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Pour libérer le vignoble du poids des dépérissements, les recherches financées par la maison charentaise viennent de remporter un soutien de poids avec l’ANR. Doublant son budget et le reconduisant jusqu’en 2020. Une annonce assortie d’une mise en détail du programme d’études.

Lancé en 2016 à l’occasion des 250 ans des cognacs Hennessy (groupe LVMH), le déjà ambitieux appel à projet international contre les maladies du bois atteint une nouvelle dimension avec l’annonce de son cofinancement par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR, dépendant du Ministère de l’Enseignement et de la Recherche). Dévoilé ce deux décembre à Bordeaux, le partenariat se concrétise avec la création d’une chaire industrielle dédiée. Sobrement baptisée « influence de facteurs environnementaux et de pratiques culturales sur l’expression des maladies du bois et interaction plante-microbiotes ».

Mécénat académico-industriel

Doublant le financement privé du projet collaboratif originel, ce financement par l’ANR répond à sa mission de « promouvoir les outils pour les recherches partenariales visant à améliorer la compétitivité des entreprises françaises » explique Lionel Choplin, le responsable du programme chaires industrielles à l’ANR. Nul doute que cette aide doit beaucoup au constat que chaque année l’équivalent de la production 12 000 hectares de vignes cognaçaises est perdu du fait des maladies du bois (soit 15 % du vignoble charentais, quand la moyenne nationale est de 13 %).

Devant initialement se dérouler sur la période 2016-2018 avec un budget de 600 000 euros, le projet financé par Hennessy accueille donc un financement supplémentaire de 600 000 euros par l’ANR, de 2017 à 2020. Ce qui donne une nouvelle dimension à cet exercice de recherche appliquée sur esca. « L’ambition du projet est de donner un effet de levier aux scientifiques. Nous sommes en ordre de marche et très confiants » se réjouit Florent Morillon, le directeur amont de Hennessy.

"L’objectif est de compléter l’existant"

Le négociant souligne qu’il s’agit toujours de positionner cette initiative privée en complément des programmes existants, locaux et nationaux. En témoigne la présence au lancement de la chaire de Jean-Marie Barillère*, le président du Comité National des Interprofessions des Vins à appellation d’origine (CNIV), qui pilote justement le plan français contre les dépérissement de la vigne (doté par l'Etat d'une enveloppe de 10,5 millions d'euros).

Ces fonds sont mis à disposition des chercheurs ayant remporté, l’an dernier, l’appel à projet Hennessy. Soit l’Unité Mixte de Recherche Santé et Agroécologie du Vignoble (UMR SAVE, sous tutelle de l’Institut National de la Recherche Agronomique et de l’école Bordeaux Sciences Agro).

Conformément à toute convention parrainée par l’ANR, un accord sur la propriété intellectuelle des résultats a été conclu entre les parties. « Le partage est simple : 0 % pour Hennessy, 100 % pour la recherche. Depuis le début, la maison a décidé de n’en tirer aucun bénéfice » résume Arnaud Camus, le responsable de la communication viticole de Hennessy.

Etude du pathosystème

Si le nom usuel de cette chaire industrielle est « GTDfree » (pour « Grape Trunk Disease free », ou vignes sans maladies du bois), « évidemment, nous n’arriverons pas à un résultat de zéro maladie. Ce qui ne nous empêche pas d’être à l’abri d’une bonne surprise » précise dans un sourire le professeur Patrice Rey de l’INRA Bordeaux Sciences Agro, qui est le titulaire de ladite chaire. Réaliste, le chercheur n’en espère pas moins des résultats rapides (notamment pour la taille, le curetage et le greffage). Vu l’ampleur du programme piloté par l’UMR SAVE, son optimisme ne semble pas disproportionné. Les chercheurs bordelais ayant tissé un consortium de laboratoires et d’intervenants de toute la France, mais aussi d’Afrique du Sud, du Chili, des Etats-Unis, d’Italie, d’Israël…

Se voulant systémique, la chaire GTDfree se structure sur trois axes. D’abord « l’influence sur le développement des maladies du bois des facteurs environnementaux (pratiques culturales et climat) ». Puis « la composition, la localisation et le fonctionnement du microbiote ». Enfin « l’étude de la tolérance de la vigne à l’esca/au dépérissement à Botryosphaeriae ».

« Prises individuellement, ces tâches sont intéressantes, mais ne sont pas originales » concède Patrice Rey. « Ce qui est original, c’est qu’elles soient combinées » souligne-t-il, détaillant pour la première fois des pistes concrètes de recherche (voir encadré).

"Le challenge, c’est de raccourcir le temps"

In fine, la chaire GTDfree doit aboutir à la conception de solutions de protection agroécologique du vignoble contre les maladies du bois. « La stratégie est d’emblée respectueuse de l’environnement. Elle fait appel à des itinéraires techniques innovants, des luttes basées sur le biocontrôle et la recherche d’améliorations génétiques » renchérit Olivier Lavialle, le directeur de Bordeaux Sciences Agro, qui reconnaît que « les maladies du bois sont un problème très complexe. Qui réclame un temps longs et pose aux chercheurs de vraies problématiques de transfert. »

La suite au prochain bilan d’étape.

 

* : Charentais d’origine, Jean-Marie Barillère est d’ailleurs le directeur d’activités champagne de Moët & Chandon (groupe LVMH).

Premières pistes de recherche

Malgré la fraîcheur de cette matinée de décembre, des chercheurs de Bordeaux et de Reims ont dévoilé les premières études lancées par la chaire GTDfree. A l’heure actuelle, seul le premier axe de recherche, sur les facteurs environnementaux, commence à être défriché.

Pour identifier les facteurs aggravants dans l’émergence de l’esca, les chercheurs vont lancer prochainement une application permettant d’indiquer des parcelles très atteintes (VigiESCA). « Il faut aussi comprendre les éléments de rupture. Ceux qui font qu’à un moment le pied bascule dans la maladie. Comme le volume de nécroses » ajoute Pascal Lecomte, ingénieur à l’INRA.

Parmi les essais sur le point d’être lancés par la chaire, celui sur l’impact des stress hydriques et thermiques allie essais sous serres (bordelaises) et en plein champ (en Espagne). D’après l’étude bibliographique, « il y a une corrélation entre les symptômes apoplectiques et les pluies estivales. Comme avec les fortes chaleurs » rapporte le professeur Florence Fontaine, de l’Université de Reims Champagne Ardenne (URCA).

A noter que deux thèses viennent d’être lancées sur ces sujets : « étude de l’influence de facteurs biotiques et abiotiques sur le développement de l’esca » (UMR SAVE) et « étude de l’impact d’un stress thermique sur la physiologie de la vigne en lien avec avec l’agressivité des Botryospheriaceae » (URCA).

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