LE FIL

Arsénite de sodium

La plainte au pénal de Valérie Murat vise Bayer

Mardi 09 août 2016 par Alexandre Abellan

Troisième en partant de la gauche, Valérie Murat s'est rendue ce 15 juin à son audience bordelaise entourée par un collectif de soutien témoignant de la mobilisation de la société civile.
Troisième en partant de la gauche, Valérie Murat s'est rendue ce 15 juin à son audience bordelaise entourée par un collectif de soutien témoignant de la mobilisation de la société civile. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Fille d’un vigneron bordelais décédé d’un cancer professionnel, la militante anti-phyto dévoile la cible de son action judiciaire : la seule société encore en activité ayant distribué le produit cancérigène.

Ayant déposé l’an dernier une plainte contre X pour l’homicide involontaire de son père, James Bernard Murat (vigneron dans l’Entre-deux-Mers décédé en 2012 d’un cancer lié à l’utilisation professionnelle d’arsénite de sodium), l’activiste Valérie Murat vise dans les faits le groupe Bayer et les services d’homologation de l’Etat. « Ce n’est pas à moi de dire qui sont les responsables. Mais les personnes physiques qui sont visées, ce sont d’abord les dirigeants de Bayer. Ceux qui ont maintenu la commercialisation de l’arsénite de sodium pendant les 42 ans d’activité de mon père » explique-t-elle.

Des trois sociétés commercialisant à l'époque l’arsénite de sodium, il ne reste plus qu'une en activité : Aventis Cropscience (rachetée en 2001 par Bayer), les deux autres sociétés ayant depuis fermé (soit Calliope et la Compagnie Méditerranéenne de Produits pour l’Agriculture). « Les responsables de Bayer connaissaient la dangerosité de l’arsénite de sodium, qui était documentée depuis des années. Et malgré, tout ils ont continué à le commercialiser » martèle Valérie Murat

AMM

Contacté, le groupe allemand Bayer se refuse à tout commentaire sur une affaire en instruction. Mais pour Valérie Murat, Bayer ne pourra pas se défausser sur des prolongations d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Selon elle, les services de l’Etat, et plus particulièrement le ministère de l’Agriculture responsable de l’homologation, n'ont pas assuré correctement leurs missions de protection des utilisateurs. « Et il y avait tromperie sur les étiquettes mises sur le marché. Les nomenclatures n’étaient pas justes et il manquait les bonnes précautions d’usage : l’arsénite de sodium était reconnu cancérigène avéré, et pas soupçonné, comme indiqué » rapporte-t-elle.

Pour l’instant, l'instruction pénale de Valérie Murat est toujours en cours, et les éléments à venir sont désormais attendus par sa procédure au civil. Mais à l'écouter, les lignes bougent déjà dans le vignoble bordelais. La diffusion du documentaire Cash Investigations a conduit à une marche blanche puis un die-in à Bordeaux, et a alimenté de nombreux débats dans la filière ce premier semestre (notamment à Saint-Emilion). L'interprofession girondine s’est totalement emparée du sujet et a récemment dévoilé convention avec les pouvoirs publics pour réduire l’usage des pesticides (cliquer ici pour en savoir plus). « J'y trouve beaucoup de paroles et de bonnes intentions. Je ne crois pas dans cette coquille vide, mais j’attends de voir » conclut Valérie Murat.

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