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Phytos

Les alternatives et évolutions en débat

Vendredi 01 juillet 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 05/07/2016 15:31:08

« Il ne s’agit pas de s’y mettre, car nous sommes tous déjà engagés, il s’agit maintenant d’accélérer et de traduire dans les actes notre volonté » pose Jean- François Galhaud, le président du Conseil des Vins de Saint-Emilion, en ouverture de la table ronde du 29 juin dans la salle des Dominicains de Saint-Emilion.
« Il ne s’agit pas de s’y mettre, car nous sommes tous déjà engagés, il s’agit maintenant d’accélérer et de traduire dans les actes notre volonté » pose Jean- François Galhaud, le président du Conseil des Vins de Saint-Emilion, en ouverture de la table ronde du 29 juin dans la salle des Dominicains de Saint-Emilion. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Sous pression mildiou, la campagne viticole 2016 est aussi marquée par la pression sociétale sur l’usage des pesticides. Ne fuyant plus le débat, les vignerons s’en emparent. Exemple à Saint-Emilion.

« Pourquoi aujourd’hui est-il encore nécessaire de traiter la vigne ? » pose Gilles Brianceau, le directeur général du cluster bordelais Inno’Vin, en incipit de la table-ronde qu’il anime ce 29 juin, à l’occasion du premier Biotope Festival (dans la salle des Dominicains de Saint-Emilion). Faussement naïve, cette introduction revient astucieusement aux fondamentaux du débat sur les pesticides viticoles. Maintenant que la filière s’est emparée du sujet, les positions se dessinent en deux grandes familles : les partisans d’une pharmacopée aussi chimique que raisonnée et les adeptes d’une homéopathie aussi alternative qu'indépendante.

"Aujourd’hui, la question de ne pas traiter n’existe pas"

Du côté des institutions, on trouve la voie scientifique qui propose une optimisation des pratiques conventionnelles. Une approche qui se base sur le constat que « si en Gironde on ne traite pas les maladies de la vigne, elles attaquent le feuillage, puis les fruits. Et il n’y aurait pas de récolte, ni de vin, quatre années sur cinq. Aujourd’hui, la question de ne pas traiter n’existe pas. Du moins tant qu’il n’y aura pas de cépages résistants au mildiou et à l’oïdium » pose Christophe Chateau, le responsable de la communication au Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB).

La quête de l’équilibre

Du côté des viticultures alternatives, c’est un tout autre changement de paradigme qui est préconisé. A des degrés divers selon l’interlocuteur en question. « Les produits issus de la pétrochimie ont l’air efficace pour maîtriser les populations de pathogènes. Mais j’ai la certitude qu’ils déstabilisent à moyen et long terme la santé de la plante et la santé humaine (de l’applicateur, du voisin et du consommateur) » affirme le consultant bourguignon Antoine Lepetit de la Bigne, expert en biodynamie.

Estimant que la viticulture biologique revient finalement à une approche de traitement conventionnel sans produits chimiques, Antoine Lepetit de la Bigne défend l’approche plus systémique de la biodynamie. « Si un pathogène se développe à un niveau incompatible avec la qualité et la quantité de ma récolte, je dois chercher à régler le déséquilibre en amont. Plutôt que de taper sur le pathogène et le voir revenir, sous une forme mutée plus ou moins différente » explique-t-il.

"
Sans chimie, on ne sait pas faire"

Faisant des maladies cryptogamiques un symptôme et non l’origine du problème, les pratiquants de la biodynamie sont souvent vus comme des doux-rêveurs par leurs camarades vignerons. Mais sous des termes ésotériques, on trouve la même philosophie que les approches scientifiques de production intégrée note avec malice le vigneron saint-émilionnais Philippe Bardet. Il souligne cependant que si « les pathogènes d’origine européenne peuvent être résolus par un retour à l’équilibre, ce n’est pas le cas pour ceux arrivés à partir d’autres Vitis. Sans chimie, on ne sait pas faire contre le mildiou, l’oïdium et la flavescence dorée. »


Les cépages résistants ne sont pas juges de paix

Face à l'apparente impasse contre les maladies cryptogamiques, la filière viticole a cependant une chance : avoir un potentiel génétique lui permettant d’envisager une sortie des pesticides. Les  nouveaux cépages tolérants permettent d’imaginer la réduction à peau de chagrin des traitements phytos. « Le problème, c'est ce que l'on fait entre le moment où le miracle des cépages résistants arrive (à un horizon lointain et qui pose problème avec la défense des appellations), et aujourd’hui, avec les problèmes de santé publique des riverains » critique le vigneron en biodynamie Dominique Techer (élu à la Confédération Paysanne). Doutant également de la durabilité des résistances de ces nouvelles variétés, Dominique Techer juge qu’« à un moment donné, il va falloir faire autre chose que de faire semblant d’avoir des solutions. De dire attendez les cépages résistants, en attendant, mourez. »

"Il faut être prudent dans nos certitudes"

« Encore une fois, vous prenez un risque, qui existe bien sûr, et pour vous il faut sortir immédiatement du risque. Et c’est le bio et les produits bio, sans cela point de salut. Je pense que si l’on reste sur des postures comme celle-ci, les plaintes de riverains ne se répètent pendant longtemps » lui répond le viticulteur de l’Entre-deux-Mers Bernard Farges (président du CIVB). Plaidant pour une approche plurielle et progressive afin de réduire fortement les consommations de pesticides, voire en sortir. « Nous avons besoin d’avancer très vite. Si l’on doit immédiatement amener tout le vignoble girondin en bio, je pense que l’on ira moins vite que si on l’on veut faire migrer l’ensemble des professionnels sur une utilisation moins forte des pesticides. »

Voyant dans les cépages résistants une solution d’avenir, « on commence à toucher cette solution du doigt » plaide Bernard Farges. Convaincu qu’alors la filière ne sera « plus dans les solutions chimiques ou naturelles, mais bien au-delà des sujets qui nous opposent aujourd’hui. »

"Il faudrait arrêter les guerres de clan"

« Je suis ravi que l’on trouve des solutions. Par contre, les cépages plus résistants m’inquiètent un peu. On oublie la réflexion sur l’équilibre total. Plutôt que de régler cet équilibre, on fabrique une plante suffisamment forte pour pouvoir vivre dans ce déséquilibre » craint le consultant et vigneron Stéphane Derenoncourt. Prenant garde de n'entrer dans aucune chapelle, il plaide pour une prise de conscience collective et des actions concertées pour arriver à des résultats. « Passer de 7 % de vigne en bio à 8 ou 9 % en trois ans c’est vachement bien. Mais si dans trois ans, ceux qui font n’importe quoi parmi les 93 % [en conventionnel] se mettent à travailler proprement et sérieusement, même s’ils utilisent la lutte chimique, ce ne sont pas des empoisonneurs » lance-t-il, estimant qu'« il faudrait arrêter les guerres de clan et avancer sur des idées qui soient un peu plus universelles ».

Omerta, je dis ton nom

C’est un lieu commun inévitable pour tout débat sur les phytos : à un moment où un autre, la question de l’omerta jaillit et les passes d’armes fusent. Ce 29 juin, mot apparu dans la bouche de Dominique Techer. « Comme d’habitude, on va se taire. C’est l’omerta généralisée » a glissé le vigneron de Pomerol durant son intervention au micro.

« Moi, mon métier c’est de faire de la communication, je peux vous garantir qu’il n’y a pas d’omerta sur le sujet » a immédiatement rétorqué Christophe Chateau. Listant les derniers évènements tenus par le CIVB sur le sujet (forum environnemental, conférence de presse, assemblée générale…), il a appelé Dominique Techer « à regarder de nouveau la définition du mot omerta pour vous rendre compte que le sujet n’est pas caché sous le tapis. »

Mais cette intervention n’a pas suffit à clore débat, l’activiste Valérie Murat lui assenant : « oui il y a une omerta. Ce n’est pas en répétant comme des petits enfants qu’il n’y en a pas qu’on la détruit. »

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VOS RÉACTIONS
rol Le 06 juillet 2016 à 11:38:42
Réponse à Bruno ; cas d'école ; A ce jour le mildiou est présent....on doit traiter mais il y a un faible courant d'air 19 kh...et pour les 3 jours suivants la pluie est prévue.....donc en raison de la risée, je ne traite pas....je rentre dans mes vignes 4 jours plus tard......trop tard pour récuperer une ..grappe......et donc ne pouvant plus assurer tout ce qu' il faut payer......je vais me pendre dans mes chais ..la grange étant plutôt réserver aux agriculteurs....je peux aussi me suicider a L'Arsenite de Sodium comme le père de l'Activiste a choisi volontairement de le faire.(..l'extreme dangerosité de ce produit était connue depuis des années...) Je suis toujours surpris de la Publicité faite par TOUS les Medias alors que le chiffre de 1 à 2 suicides par JOUR ne les interessent pas du tout, laissant des centaines de veuves sans mari , +la perte de leur maison et leurs enfants sans père........mais ça n'interesse pas la presse..... Monceni,..on peut faire un peu mieux mais au delà c'est plus possible......
monceni Le 05 juillet 2016 à 23:30:58
Mettre des produits chimiques avec parcimonie est une solution que nous préconisons depuis 2003. Mais y a t il une véritable envie de réduire significativement comme nous réussissons à le faire ( 50% de réduction sur herbicides et 30% sur insecticides et fongicides). Les études que nous avons fait réaliser par des laboratoires indépendants démontrent que les résidus sont égaux à néant. Mais ne faisons nous pas de l'ombre à certains??
Bruno Le 05 juillet 2016 à 19:12:48
Si déjà la réglementation (vent inf à 19 km/h) était respectée et les professionnels incités à le faire ... Omerta toujours
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