LE FIL

Bordeaux

Objectif 100 % du vignoble sous certification environnementale

Jeudi 07 juillet 2016 par Alexandre Abellan

Signant ce 6 juillet la convention de réduction girondine des phytos, Pierre Dartout, Bernard Lartigue, Bernard Farges et Alain Rousset représentent respectivement l’Etat, a Chambre d’Agriculture de Gironde, la filière des vins de Bordeaux et la Région Nouvelle Aquitaine.Signant ce 6 juillet la convention de réduction girondine des phytos, Pierre Dartout, Bernard Lartigue, Bernard Farges et Alain Rousset représentent respectivement l’Etat, a Chambre d’Agriculture de Gironde, la filière des vins de Bordeaux et la Région Nouvelle Aquitaine. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Renforçant l’objectif girondin de réduire, voire sortir, du recours non raisonné aux produits phytosanitaires, les responsables professionnels se fixent un objectif ambitieux qui ne se fera pas sans concertation entre les acteurs institutionnels du vignoble.

En signant le « Plan pour accélérer la réduction de l’usage des pesticides », les représentants de la chambre d’Agriculture de Gironde (CA 33), du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux, de la préfecture et de la région ne cachaient pas leur plaisir de réaliser une grande première. Réunis ce 6 juillet sur le salon Tech & Bio (qui se tient à Montagne, en Gironde), ces quatre promoteurs d’un vignoble durable n’ont pour autant pas fait de prosélytisme pour la bio. « Il ne faut pas de croissance des exploitations bio qui ne soit pas suivie par un développement aval » lâche ainsi Alain Rousset, le président de Région lors de l’inauguration du rendez-vous technique.

Pour les signataires, l'objectif est d’atteindre à terme 100 % de domaines viticoles girondins certifiés pour leur démarche environnementale. Actuellement, le CIVB estime que 45 % des exploitations bordelaises y répondraient déjà, que ce soit en certifications bio ou biodynamie, par adhésion au Système de managament environnemental des vins de Bordeaux, à la charte Terra Vitis, à Agriconfiance ou Qualenvi… « Elles sont diverses, il n’y en a aucune qui soit au rabais. Ces démarches-là permettent d’aller sur un chemin : la diminution forte, voire même la sortie, des pesticides » explique Bernard Farges, le président du CIVB, qui reprend, et concrétise, ainsi son annonce d’avril dernier.

« Ce discours remarqué a été la plus belle promo des vins de Bordeaux que l’on ait jamais inventé » note, mi-amusé mi-admiratif, Alain Rousset.
 

Des ambitions à quantifier

« L’usage des produits phytosanitaires a entraîné les inquiétudes que l’on sait. Ma première réponse a été de prendre un arrêté » explique Pierre Dartout, le nouveau préfet de la région, qui ainsi encadré les traitements à proximité des écoles, crèches… Comme demandé par une note de la DGAL. « La deuxième réponse doit être plus durable, avec de la recherche pour les techniques innovantes » annonce-t-il désormais.

« Lorsque l’on parle de réduction de dose de produit phytosanitaire, ce n’est pas un leurre. Oui on peut y arriver. Mais il faut pouvoir accompagner ces viticulteurs dans la mutation, dans la  transformation de leurs méthodes. Et mettre en route le volet recherche, il nous faut des molécules moins impactantes sur notre environnement » renchérit Bernard Lartigue, le président de la CA33.

Tous s’accordent sur le besoin rapide en investissements, mais pour l’instant, ni budget, ni calendrier ne sont fixés. Les signataires rappellent seulement que leurs discussions sur ce sujet n’ont commencé que depuis mars et ajoutent que leurs ambitions sont raisonnables, étant portées par ensemble de démarches existantes. Soit les plans Ecophyto pour l’Etat, l’engagement dans les réseaux Dephy pour la CA33, le Système de Management Environnemental pour le CIVB et le financement dans la recherche et les investissements viticoles pour la Région.

"Nous n’avons pas vocation à imposer"

Désormais, reste à créer l’effet d’entraînement et d’incitation autour de ce plan (le conditionnement de l’accès à certaines aides à des bonnes pratiques environnementales devrait aider). « Les vrais acteurs qui s’engageront dans ce plan, ce seront les professionnels. Nous n’avons pas vocation à leur imposer quoique ce soit » précise Bernard Farges. « Nos réponses sont plus pragmatiques qu’un arrêt des pesticides immédiat. Ce sont des axes extrêmement concrets » (voire encadré).

A suivre

Sous-titré « acte 1 : le vignoble de Bordeaux », cette convention tient du ballon d’essai. In fine, son objectif étant d’être élargie aux autres vignobles régionaux : Bergerac, Buzet, Cognac, Duras, Landes, Pays Basque… Ainsi que d’autres filières, notamment celle arboricole. Et pourquoi pas amener le dossier à Bruxelles pour créer un entraînement communautaire, esquisse Alain Rousset.

Quatre axes pour une foule de dispositions

Se basant sur l’existant, cette convention s’articule autoour de quatre axes et de nombreuses initiatives  :

- Surveiller l’évolution des pratiques et l’exposition des populations : création d’un observatoire du vignoble (réunissant les données climatiques, économiques, sanitaires…), création d’un dispositif de phytopharmacovigilance (suivi des des incidents et analyse des « effets des pesticides sur la santé afin de les prendre en compte dans les procédures d’autorisation de mise sur le marché »), implantation d’un rang témoin de vignes non traitées par commune viticole (proposition de la CA 33)…

- Généraliser les bonnes pratiques : tenue d’ateliers d’échanges de pratiques innovantes, mettre à profit les outils du plan Ecophyto 2, lancer la création européenne d’une Limite maximale de résidus dans les vins…

- Financer l’innovation : développement de la viticulture de précision, lancement d’appels à manifestation d’intérêt pour des agro-équipements innovants par la Région…

- Anticiper avec la recherche d’alternatives : création d’un Living Lab pour la réduction des pesticides, soutien de la recherche sur les cépages résistants adaptés aux spécificités bordelaises…

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VOS RÉACTIONS
rejalot Le 09 juillet 2016 à 07:39:56
97% du vignoble de Buzet en bio ou sous Agriconfiance. On va essayer d'entraîner nos voisins de Gironde!
Dominique T. Le 08 juillet 2016 à 22:57:11
Comme toujours, ce sont les mêmes tocards, responsables du coûteux naufrage du plan ecophyto, qui sont chargés de recommencer le même ouvrage ! Avec un pareil casting, c'est un gage de réussite. Les syndicats de salariés viticoles n'ont même pas été mis dans le coup, ni les syndicats agricoles autres que la FDSEA, ni les riverains, ni les victimes. On reste entre gens "crédibles" , en costard cravate bleu pétrole, uniforme règlementaire des oligarques. L'agriculture biologique n'est pas considérée comme un des éléments de la réponse à apporter. Pourtant, les "efforts" environnementaux demandés auront un coût. Et autant on peut penser pouvoir valoriser des produits parce qu'ils sont bios, autant il me paraît difficile de valoriser un produit avec comme argument qu'il est produit avec 30% en moins de pesticides CMR que d'habitude. Bon courage aux candidats ! A côté de cette salve de déclarations d'intention sur la réduction des pesticides ( à une date non définie rappelons le ), il reste la continuation de l'omerta sur ce sujet : les chiffres sur l'utilisation des pesticides cancérigènes en Gironde restent top secrets et la publication du dernier rapport (explosif) de l'ANSES sur l'exposition des salariés a été repoussée aux calendes grecques. Décidemment, ce système bordelais est totalement vérouillé par des pseudo-élites sans vision prospective et disposant du soutien sans faille de de l'UMPS. De ce fait, il semble incapable d'évoluer. Avec de telles pitreries, le Bordeaux bashing n'est pas prêt de s'arrêter !
VignerondeRions Le 08 juillet 2016 à 21:33:48
Encore une fois on constate que les gens qui s'expriment ne connaissent rien à la viticulture d'aujourd'hui, nous n'allons plus traiter pour se faire plaisir le matin parce qu'on ne sait pas bien quoi faire de notre journée. Nous traitons parce que sans cela nous risquons de perdre notre récolte, cette année un peu compliqué nous le rappelle. Et vu le coût d'une journée de traitement, si nous pouvons la décaler de quelques jours nous le faisons, de plus cela fait des années qu'on module les doses en fonction de la pression. Le problème c'est que la politique du "yaka faucon", m'amène jamais rien de bon et constructif. L'autre problème c'est une fois encore aux producteurs de tout assumer, or vu nos marges nous ne pouvons pas nous le permettre. Pour mémoire un Tx en 1996 8500 F en Côtes, aujourd'hui 1300 €uro (8527 F comparé aux augmentations de tout les intrants...) et le consommateur n'est absolument pas prêt à payer plus, il n'y a qu'a constater l'engouement pour les prix promo, les soldes, les ristournes, les ventes privés etc... C'est facile de dire oui je veux bien payer plus des produits propre mais il faut regarder l'acte d'achat pas le discours sinon nous allons dans le mur. Et nos concurrents étrangers seront bien content de vendre des vins moins respectueux de la nature, mais comme on ne les verra pas traiter tout ira bien. Il faut un discourt réaliste et responsable, et en matière de phyto, tout ce qu'on entends, tout ce qu'on lit c'est tout sauf cela.
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