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Sécheresse 

Les vignes commencent à souffrir...

Jeudi 23 juillet 2015 par Juliette Cassagnes

Sécheresse : les vignes commencent à souffrir...

Plus les semaines passent, plus le nombre de départements faisant l'objet de restrictions d'eau progresse. A ce jour, 50 d'entre eux sont désormais en situation « d'alerte ». Les quelques orages qui se sont abattus de-ci de-là n'ont pas permis de reconstituer de réserves en eau suffisantes dans des sols très desséchés. La plupart des vignobles sont concernés, à des degrés divers : Vallée du Rhône, Bourgogne, Alsace, Bordeaux, Val de Loire, Provence....

Le degré de souffrance des vignes varie selon la nature des sols, leur âge, directement en lien avec leur enracinement, ou encore le porte-greffe choisi. Dans le meilleur des cas, le stress hydrique provoque un ralentissement du cycle végétatif. Dans les pires situations, les jeunes vignes ou celles implantées sur sols légers ou drainants, les pieds se dessèchent progressivement. Tour de France de la situation dans différents vignobles. 

 

 

Alsace : les vignes, jeunes comme vieilles, souffrent « beaucoup », notamment celles situées sur les « terrains légers et les vignes de faible vigueur », selon Jérôme Attard, responsable équipe vigne à la Chambre d'agriculture d'Alsace. Le stress hydrique est encore plus marqué dans les jeunes vignes, âgées jusqu'à six ou sept ans. Les arrêts de croissance sont visibles dans de nombreuses parcelles. Ce manque d'eau se traduit, pour un nombre grandissant de parcelles, par  un « blocage du développement des grappes, des brûlures sur feuilles, ou encore un jaunissement des feuilles de la base ».

 

 

Provence : la faible pluviométrie enregistrée jusqu'à présent commence à se faire sentir, avec de plus en plus de contrainte hydrique dans les terroirs à faible réserve hydrique : « Elle affecte l’ensemble des cépages mais surtout les parcelles de la quatrième feuille à la sixième feuille, au système racinaire moins développé, explique Nicolas Garcia, de l'ODG des Côtes de Provence. Dans la grande majorité des terroirs, ce début de contrainte hydrique entraîne l’arrêt de végétation et la chute des apex.

En Coteaux d'Aix en Provence, même constat : « Malgré un automne et un hiver qui a permis de reconstituer les réserves en eau des sols, l’absence de précipitations en juillet accompagnée de fortes températures occasionne à la mi-juillet des phénomènes de contrainte hydrique forte dans les parcelles à sols peu profonds et à faible réserve hydrique de l’appellation ».

 

Bourgogne : avec la poursuite des fortes chaleurs et l’absence de pluies significatives, les symptômes de sécheresse (jaunissement des feuilles et flétrissement des baies) sont de plus en plus visibles dans le vignoble. La contrainte hydrique ralentit l'évolution et la maturation : « cela devient de plus en plus critique, y compris pour les vignes plantées sur des sols argileux, où le réservoir commence à s'assécher », témoigne Pierre Petitot, de la chambre d'agriculture de Côte d'Or. Mais les vignes les plus affectées, avec des symptômes très marqués, restent celles localisées dans les vignes enherbées, à sol superficiel, très drainants (graviers, sols un peu sableux...) ou des jeunes plantations à l'enracinement encore limité. Le bulletin relève aussi une influence du porte-greffe (Riparia, 420A et SO4 et 161-49C), dans une moindre mesure.

 

 

Bordeaux : La majorité du vignoble Aquitain supporte plutôt bien, pour l'instant, la sécheresse qui perdure depuis plusieurs semaines. Toutefois, les signes de souffrance de la vigne se multiplient sur de nombreuses parcelles. Les principaux symptômes observés sont des décolorations et des dessèchements du feuillage, mais aussi des flétrissements de baies voire de grappes. Les parcelles et complants de moins de deux ans ainsi que les parcelles à très faibles réserves hydriques sont les plus concernées par ces symptômes liés à la sécheresse. Le déficit hydrique a également comme conséquence d'accroître les cas d'apoplexies (mort rapide en quelques jours) d'Esca et de BDA.

 

Champagne : D'un point de vue pluviométrique, la région est marquée par une forte recharge hivernale et un fort déficit estival. Les précipitations hivernales ayant été excédentaires, elles ont impliqué la constitution d'une « bonne réserve hydrique ». « Il n'y a pas encore de symptômes de sécheresse marquée dans le vignoble, commente Sébastien Debuisson, du CIVC. Les plantiers et quelques parcelles sur sols superficiels et sableux ont la base de feuillage qui se nécrose: les feuilles jaunissent ou rougissent puis tombent. Tous les cépages sont indifféremment concernés. ». Un risque d’impact négatif réel existe uniquement si la situation perdurait. Pour l’instant le scénario est plutôt « qualitatif ».

 

Jura :  Avec la poursuite des fortes chaleurs et le déficit en eau, les symptômes de sécheresse- jaunissement des feuilles du bas, voire flétrissement des baies - sont de plus en plus visibles dans le vignoble, notamment sur complants de quelques années, sur jeunes vignes et sur sols avec des faibles réserves utiles en eau.

 

Vallée du Rhône (Ardèche): En Ardèche méridionale, une partie du  vignoble montre des signes de stress depuis une dizaine de jours (apparition de feuille jaune à la base  des rameaux). Ces signes sont visibles seulement dans les secteurs avec un sol filtrant et peu profond. Ailleurs, pour l'instant, les vignes se portent "plutôt bien". Elles sont en ralentissement, voire en arrêt de croissance, "comme habituellement à cette période". "On peut dire que la vigne jusqu'à maintenant ne subit pas des graves conséquences (seuls quelques raisins échaudés principalement dans les vignes effeuillées)", indique Maud Bonnefoux, de la chambre d'agriculture. Les chaleurs et le manque d'eau commencent à engendrer un blocage de la véraison. En revanche, si le temps perdure ainsi pendant les semaines a venir, la situation pourrait vite se dégrader, avec surtout des pertes de volumes. 

 

Centre Loire : Les températures plus élevées que la normale et les pluies quasi-inexistantes font que certaine vignes dans des terres superficielles (sables ou terrains compactés) commencent à souffrir sérieusement de la sécheresse. Cela se traduit par un jaunissement des feuilles au niveau de la zone de grappes et les quelques pluies du weekend ne sont qu’un répit, indique le dernier BSV.

 

Val de Loire : Pas de souci de sécheresse pour le moment dans le vignoble ligérien, sur les terroirs les plus rudes, la vigne a stoppé sa pousse un peu plus prématurément que normalement. La véraison n’est pas attendue avant 8 jours. Les dernières pluies remontent aux 1-2  juillet , de 5 à 15mm en fonction des secteurs. La problème pourrait se poser pour les jeunes plantations fragiles vis-à-vis de l’arrosage. 

 

[Illustration : carte de France des départements concernés par des arrêtés sécheresse, à la date du 22 juillet 2015; source: propluvia.developpement-durable.gouv.fr]

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