Nous avons la volonté de casser le plafond de verre au-dessus du crémant d’Alsace. Peu d’entreprises l’ont », explique Agostino Panetta, directeur général de Bestheim, la première coopérative d’Alsace du fait de sa taille (300 adhérents, 1400 ha, 12 millions de cols vendus en 2025).
Pour casser ce plafond que le directeur situe entre 5 et 8 €/col, Bestheim mise beaucoup sur l’élevage sur lattes. « Nous sommes au minimum à 18 mois pour nos entrées de gamme. Pour monter en gamme, il faut du temps sur lattes », assure Agostino Panetta.
Partant de ce principe, la coopérative décoche Solera sa nouvelle flèche, un crémant élevé 6,5 ans sur lattes et vendu 25 €/col. Comme ce nom l’indique, le vin de base, un 100 % pinot blanc, est issu d’une réserve perpétuelle, déjà ancienne puisque démarrée en 2010.
« C’est notre idée d’un crémant haut de gamme : un produit très sec, de grande qualité et avec beaucoup de complexité », appuie Pierre-Olivier Baffrey, le président de Bestheim. Pour son premier jet, la coopérative a tiré 7800 bouteilles, soit bien peu par rapport aux 7 millions de cols de crémant qu’elle a produits en 2025.
Ce nouveau-venu se place au-dessus du Grand prestige qui existe en blanc (16 €/col) et en rosé (17 €/col) et devient ainsi le plus cher de la cave si l’on exclut la cuvée Balade olfactive, un tirage unique réalisé en 2023 après 9 ans sur lattes et vendu en coffret au prix de 89 €.
Casser le plafond de verre ? Il y a loin de la coupe aux lèvres. Le directeur le reconnaît volontiers avouant vendre ses crémants autour de 7 €/col de prix moyen alors qu’il vise 15 €. « Le travail que nous faisons vaut largement ce prix, estime Agostino Panetta. Et il faudrait doubler nos prix de vente, tellement les investissements pour produire du crémant sont importants : 1 million de bouteilles sur lattes c’est 3,5 millions d’euros de besoin en fonds de roulement. »
Présenté à la presse le 13 janvier, la cuvée Solera sera lancée lors de Wine Paris. L’avenir dira si elle aidera la cave de gagner son ambitieux pari. En attendant, elle ressent les difficultés du marché des vins tranquilles. Pour la première fois, elle a dû céder sur les prix de gros de ses cuvées de gewurztraminer, cépage passé de mode. « Le raisin de gewurztraminer nous coûte 2,10 €/kg à produire. Or on trouve du vin à 1 €/l, tellement il y a de disponibilités sur le marché, déplore le directeur général. A 1 €/l le négoce et la distribution font de la valeur, mais le viticulteur perd de l’argent. »
Dans ce contexte, la coopérative fait preuve d’une extrême prudence refusant tout nouvel adhérent depuis 2020, mise sur son savoir-faire et renforce son équipe commerciale pour pénétrer le marché traditionnel d’où elle est quasiment absente, les cavistes et la restauration n’ayant compté que pour 1% de ses ventes l’an dernier. Là encore elle mise sur Solera pour toucher cette nouvelle cible.




