ous les cinq ans, les autorités fédérales américaines publient les « Dietary Guidelines for Americans » (DGA), un document de référence destiné à orienter à la fois les professionnels de santé et le grand public sur les comportements à privilégier dans le cadre d'un mode de vie sain. Après un processus d'élaboration particulièrement long ? plus de trois années de travaux préparatoires ? la version couvrant la période 2025 à 2030, a finalement été publiée ce 7 janvier. En quoi est-ce que ce texte concerne le secteur des boissons alcoolisées ? Chaque édition comporte des recommandations relatives à la consommation d'alcool, susceptibles d'influencer les politiques publiques et les messages de prévention, et d'alimenter les arguments des lobbies anti-alcool.
La position canadienne évitée
A en juger par sa durée, l'élaboration des lignes directrices 2025-2030 a provoqué d'intenses débats et controverses entre les différentes parties prenantes : d'un côté les organisations professionnelles, des acteurs scientifiques et des représentants politiques, et de l'autre, les hygiénistes. Si cette nouvelle édition recommande de « limiter la consommation de boissons alcoolisées » et de « boire moins d'alcool pour favoriser une meilleure santé », elle s'abstient toutefois de s'aligner sur la position canadienne. Celle-ci, publiée en 2023 par Health Canada, préconise une consommation maximale de 2 verres par semaine, voire de pratiquer l'abstinence.
Tentative de contournement
C'est bien la vigilance des organismes professionnels, et de certaines personnalités politiques, qui ont permis d'éviter ce basculement. Dans un contexte désormais marqué par le message martelé par l'OMS selon lequel aucun niveau de consommation d'alcool n'est sans risques, une étude commanditée sous l'Administration Biden sur « la consommation d'alcool et la santé » (AIH/ICCPUD) a cherché à contourner les canaux institutionnels habituels pour imposer ses propres thèses. En résumé, le Congrès américain commandite une étude unique chargée de passer en revue l'ensemble de la littérature scientifique pour permettre la mise à jour des DGA. Dotée d'un budget de 1,3 million $ voté fin 2022, cette mission a été confiée aux Académies nationales des sciences, de l'ingénierie et de médecine (NASEM). Rappelons que fin 2024, celles-ci ont conclu à l'impact bénéfique d'une consommation modérée d'alcool sur la mortalité toutes causes confondues.
Une étude truffée de préjugés
Le jour même de la publication des DGA 2025-2030, la commission chargée du contrôle de l'administration américaine a rendu public un rapport affirmant que l'étude ICCPUD ? non autorisée par le Congrès ? était « entachée de partis pris ». Selon ce rapport, tous les membres du groupe d'étude étaient connus pour leurs affiliations à des positions anti-alcool. La commission a estimé par ailleurs que leur objectif était de transposer le modèle canadien et d'affirmer qu'aucun niveau de consommation d'alcool ne peut être considéré comme sûr.
La notion de modération disparaît
Si le pire a sans doute été évité, le secteur des boissons alcoolisées n'est pas pour autant tiré d'affaire. Les nouvelles DGA ne font désormais plus référence à une consommation à moindre risque : jusqu'en 2025, celle-ci était définie comme deux verres par jour pour les hommes (soit quelque 30 ml) et un verre pour les femmes. Même en l'absence explicite de la notion de modération, certains analystes américains anticipent un déchaînement médiatique orchestré par les lobbies anti-alcool dans les jours et semaines à venir. Le secteur sera sans doute accusé d'avoir pesé sur l'élaboration des nouvelles DGA. Plus largement, les débats de ces trois ou quatre dernières années auront laissé des traces indélébiles : la dynamique de diabolisation de l'alcool semble déjà bien enclenchée, et de plus en plus ancrée dans l'opinion publique.




