gé de 44 ans, Guillaume Petregne s’est donné la mort ce mercredi 31 décembre au Bouscat (Gironde). Un drame qui ébranle les gens du vin, comme en témoignent les publications et réactions sur les réseaux sociaux en ce début d’année. Fils unique représentant la sixième génération, Guillaume Petregne avait exploité de 2016 à 2025 la propriété familiale à Saint-Yzans-de-Médoc, le château Guillaume, après une carrière dans le BTP et avant de rejoindre l’éducation (il était cadre dans un ensemble scolaire privé). Venu par passion dans un monde viticole alors rentable, le père de deux enfants l’avait quitté la boule au ventre. « On ne sait pas ce qui lui est passé par la tête. Il avait retrouvé une bonne situation, même s’il avait eu un souci avec un apprenti (réglé aux prud'hommes). On ne peut pas savoir maintenant qu’il n’est plus là. Je pense que le mal était là à cause de cette pourriture de vigne. Cette saloperie a surement joué pour beaucoup » témoigne un proche, pour qui il faut parler de la misère viticole afin de briser le mur du silence qui pousse des vignerons à des actes désespérés.
Si les gouttes qui remplissent et font déborder le vase ne peuvent s’expliquer simplement, le drame de Guillaume Petregne représente pour le vignoble l’aboutissement d’années de crise viticole et de privations vigneronnes. Au château Guillaume au début des années 2010, « ça marchait bien, on vendait à 2 600 € le tonneau. Il a fini à 700 € et n’arrivait pas à vendre, c’est une honte » rapporte le proche précité, qui pondère les difficultés financières, « il ne restait que des emprunts pour le rachat de vigne et la succession, ça allait se régler », mais souligne le coup psychologique de l’arrachage (sur moins de 20 hectares de vignes : « il ne reste que 3 ha, on a tout arraché. Il avait planté des vignes et les a arrachées. C’était dur. Il n’en parlait pas, il gardait tout pour lui. » Sa mère pointant que Guillaume Petregne avait eu le courage de témoigner à France 3 face caméra sur ses difficultés.
Témoignage choc
En septembre 2024, Guillaume Petregne témoignait auprès de la journaliste Julie Chapman de son évitement de la boîte aux lettres « remplie de factures et de lettres de relances » et de son amer constat : « dès que je me lève, je perds de l'argent. On a beau tout donner pour avoir des vignes qui produisent un raisin de qualité, à une quantité raisonnable, entretenir les terres en espérant les redonner aux générations suivantes, ce n’est pas suffisant. » Il assumait son projet d’arrêter son activité : « je me suis dit : tu ne peux pas continuer comme ça. Il faut que tu arrêtes avant que la banque vienne te saisir la baraque, les meubles, que tu te retrouves comme un clochard sous un pont. Mais ça va me grignoter jusqu'à la fin de mes jours. » Forte à l’époque, l’interview est encore plus choc désormais. Guillaume Petregne racontant avoir dit aux juges du tribunal : « ils m’ont demandé si je n'allais pas faire une bêtise. Je leur ai dit que je n’avais même plus assez d’argent pour m’acheter une corde. »
« Ça me retourne le sang » confie un vigneron médocain ayant connu Guillaume Petregne : « il faut que ça bouge, il faut parler et mettre au pied du mur les instances que l’on finance et qui ne nous aident pas. Ce n’est pas une bonne réponse d’étaler des charges, tout le monde survit aujourd’hui, ce n’est pas normal d’en arriver là. Nous sommes pris à la gorge, nos vins n’ont plus de prix décents, nos terres sont invendables… Ce n’est pas possible de partir à 44 ans dans ces conditions de détresse » qui frappent toute la filière des vins de Bordeaux et d’au-delà.
« Comme la plupart des viticulteurs et éleveurs, il avait le sentiment de ne pas être aidé et de n’avoir droit qu’à des miettes d’argent alors que des technocrates prennent des décisions en prenant les hommes pour des pions » estime le maire de Saint-Yzans, Dominique Lajugie, pour qui la vigilance doit être de mise dans les communes viticoles où les paysages changent à grande vitesse : « on revient aux paysages d’avant 1960 et le développement du vin ». Un coup de rabot au coût psychologique sous-évalué témoigne un vigneron d’une communale du Médoc : « on ne se rend pas compte de ce que cela fait de voir sa vigne arrachée. Qui n’a pas arraché de vignes dans le Médoc à part les très grands crus classés ? Ceux qui n’ont pas compris l’ampleur de la crise. »
Endeuillé en 2025 par un trop grand nombre de disparitions, comme Jonathan Mayer dans l’Entre-deux-Mers et Christophe Blanc à Castillon, le vignoble bordelais commence 2026 avec un nouveau cri de détresse que tous espèrent être le dernier.




