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Le suicide de Guillaume Petregne glace le vignoble : "il avait planté des vignes et les a arrachées. Il n’en parlait pas, il gardait tout pour lui..."
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Médoc
Le suicide de Guillaume Petregne glace le vignoble : "il avait planté des vignes et les a arrachées. Il n’en parlait pas, il gardait tout pour lui..."

Si l’on ne sait pas quelle goutte d’eau a fait déborder le vase, la crise viticole a sa part dans le drame qui frappe violemment les vins de Bordeaux ce début d’année.
Par Alexandre Abellan Le 05 janvier 2026
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Le suicide de Guillaume Petregne glace le vignoble :
- crédit photo : Adobe Stock (Freeprod)
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gé de 44 ans, Guillaume Petregne s’est donné la mort ce mercredi 31 décembre au Bouscat (Gironde). Un drame qui ébranle les gens du vin, comme en témoignent les publications et réactions sur les réseaux sociaux en ce début d’année. Fils unique représentant la sixième génération, Guillaume Petregne avait exploité de 2016 à 2025 la propriété familiale à Saint-Yzans-de-Médoc, le château Guillaume, après une carrière dans le BTP et avant de rejoindre l’éducation (il était cadre dans un ensemble scolaire privé). Venu par passion dans un monde viticole alors rentable, le père de deux enfants l’avait quitté la boule au ventre. « On ne sait pas ce qui lui est passé par la tête. Il avait retrouvé une bonne situation, même s’il avait eu un souci avec un apprenti (réglé aux prud'hommes). On ne peut pas savoir maintenant qu’il n’est plus là. Je pense que le mal était là à cause de cette pourriture de vigne. Cette saloperie a surement joué pour beaucoup » témoigne un proche, pour qui il faut parler de la misère viticole afin de briser le mur du silence qui pousse des vignerons à des actes désespérés.

Il a fini à 700 € le tonneau et n’arrivait pas à vendre

Si les gouttes qui remplissent et font déborder le vase ne peuvent s’expliquer simplement, le drame de Guillaume Petregne représente pour le vignoble l’aboutissement d’années de crise viticole et de privations vigneronnes. Au château Guillaume au début des années 2010, « ça marchait bien, on vendait à 2 600 € le tonneau. Il a fini à 700 € et n’arrivait pas à vendre, c’est une honte » rapporte le proche précité, qui pondère les difficultés financières, « il ne restait que des emprunts pour le rachat de vigne et la succession, ça allait se régler », mais souligne le coup psychologique de l’arrachage (sur moins de 20 hectares de vignes : « il ne reste que 3 ha, on a tout arraché. Il avait planté des vignes et les a arrachées. C’était dur. Il n’en parlait pas, il gardait tout pour lui. » Sa mère pointant que Guillaume Petregne avait eu le courage de témoigner à France 3 face caméra sur ses difficultés.

Témoignage choc

En septembre 2024, Guillaume Petregne témoignait auprès de la journaliste Julie Chapman de son évitement de la boîte aux lettres « remplie de factures et de lettres de relances » et de son amer constat : « dès que je me lève, je perds de l'argent. On a beau tout donner pour avoir des vignes qui produisent un raisin de qualité, à une quantité raisonnable, entretenir les terres en espérant les redonner aux générations suivantes, ce n’est pas suffisant. » Il assumait son projet d’arrêter son activité : « je me suis dit : tu ne peux pas continuer comme ça. Il faut que tu arrêtes avant que la banque vienne te saisir la baraque, les meubles, que tu te retrouves comme un clochard sous un pont. Mais ça va me grignoter jusqu'à la fin de mes jours. » Forte à l’époque, l’interview est encore plus choc désormais. Guillaume Petregne racontant avoir dit aux juges du tribunal : « ils m’ont demandé si je n'allais pas faire une bêtise. Je leur ai dit que je n’avais même plus assez d’argent pour m’acheter une corde. »

Nous sommes pris à la gorge

« Ça me retourne le sang » confie un vigneron médocain ayant connu Guillaume Petregne : « il faut que ça bouge, il faut parler et mettre au pied du mur les instances que l’on finance et qui ne nous aident pas. Ce n’est pas une bonne réponse d’étaler des charges, tout le monde survit aujourd’hui, ce n’est pas normal d’en arriver là. Nous sommes pris à la gorge, nos vins n’ont plus de prix décents, nos terres sont invendables… Ce n’est pas possible de partir à 44 ans dans ces conditions de détresse » qui frappent toute la filière des vins de Bordeaux et d’au-delà.

« Comme la plupart des viticulteurs et éleveurs, il avait le sentiment de ne pas être aidé et de n’avoir droit qu’à des miettes d’argent alors que des technocrates prennent des décisions en prenant les hommes pour des pions » estime le maire de Saint-Yzans, Dominique Lajugie, pour qui la vigilance doit être de mise dans les communes viticoles où les paysages changent à grande vitesse : « on revient aux paysages d’avant 1960 et le développement du vin ». Un coup de rabot au coût psychologique sous-évalué témoigne un vigneron d’une communale du Médoc : « on ne se rend pas compte de ce que cela fait de voir sa vigne arrachée. Qui n’a pas arraché de vignes dans le Médoc à part les très grands crus classés ? Ceux qui n’ont pas compris l’ampleur de la crise. »

Endeuillé en 2025 par un trop grand nombre de disparitions, comme Jonathan Mayer dans l’Entre-deux-Mers et Christophe Blanc à Castillon, le vignoble bordelais commence 2026 avec un nouveau cri de détresse que tous espèrent être le dernier.

 

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Tous les commentaires (3)
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bp Le 05 janvier 2026 à 19:54:32
toujours les memes analyses et conclusions... .toujours pas d action Un veritable naufrage economique et aucune bouee serieuse...
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augustin Le 05 janvier 2026 à 19:07:36
Dans ce contexte le vocable d "ancien vigneron "peut laisser entendre au lecteur non averti qu il y a forcement une distance qui a pu s etablir entre la desherence du domaine viticole en difficulte et la detresse du vigneron desormais inactif.La realite est plus compliquee car si la scea est toujours existante meme en lj , et sa dissolution en fin de cette meme lj expose encore davantage les associes aux poursuites des creanciers non dedommages. En effet c est alors de plein droit que ceux ci poursuivent les malheureux ex vignerons ...qui deviennent ainsi potentiellement des neo sdf .Et ce dans un delai tres court puisque les saisies sur actifs et revenus ne cessent que lorsque la dette sociale est totalement eteinte. Seule une parfaite comprehension de la rigueur du droit des procedures collectives en matiere de scea permets de comprendre ce peril extreme .Et par consequent le desespoir des vitis concernes . Effectivement peut etre peut on les qualifier "d ex vignerons " ...mais certainement alors et surtout de "futurs desesperes " , du moins si personne ne leur vient en aide de maniere systematique et organisee .Et ce tant sur le plan juridique ( les mandataires ne couvrent que le plan personne morale ) que sur le plan psychologique ( famille et amis ont aussi leurs limites ). Pour le moment les organisme professionnels qui se proposent pour rendre ce type de services , pourtant essentiels, ne sont pas legion en ce debut 2026 :*( Et pourtant la population eligible va croitre tres rapidement et ne peut etre laissee dans le fosse, fut ce sous ce nouveau vocable bien politiquement commode "d ex vigneron ". Traitons les avec respect et consideration , tout comme les grands blesses qu ils sont devenus peu ou prou.
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bill et boule Le 05 janvier 2026 à 16:56:05
Sauf erreur ou omission le chateau guillaume etait structure juridiquement en scea .Ce qui rend les associes extremement vulnerables vis a vis des creanciers en cas de difficulte .Mme Got , deputee du medoc , a ete la premiere a formellement interroger le gouvernement sur le sujet en 2024 ,en suggerant meme un renforcement de l article 1858 du code du commerce qui protege quelque peu ces associes. Mal lui en a pris puisque Vendome s est limitee a renvoyer a une jurisprudence qui privilegie sans ambage les creanciers ! Nous en sommes là , les associes des domaines en lj doivent desormais se battre a la fois sur le front de la ste et donc de la vente de ses actifs ...mais aussi sur le front personnel , pour preserver leurs revenus et biens propres .C est ue epreuve redoutable et il est bien comprehensible qu elle devienne infranchissable pour certains helas. MSA et Solidarite Paysanne ont ete les pionniers tres bien venus de l assistance en la matiere.Peut etre en 2026 verrons nous les syndicats et les odg/oi venir en renfort a leur tour comme le pilote Ja recemment , et tout comme les sous prefets garants du maintien de l ordre public. En viti comme dans d autres circonstances , a l impossible nul ne peut etre tenu. La prevention de ces tragedies est l affaire de tous ,au meme titre que les feminicides ou les infanticides .
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