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Non, passer en bio ne fait pas baisser le rendement de la vigne
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Idée reçue
Non, passer en bio ne fait pas baisser le rendement de la vigne

Deux experts de la viticulture biologique assurent qu’une conversion bien préparée n’impacte pas le volume de vendange. En bio comme en conventionnel, les baisses de rendements de ses dernières années sont souvent dues à un manque de fertilisation.
Par Marion Bazireau Le 03 août 2022
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Non, passer en bio ne fait pas baisser le rendement de la vigne
' Les viticulteurs bien accompagnés lors de leur conversion ne vont jamais dans le mur.' - crédit photo : IFV
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onseillère viticole bio depuis 15 ans à la Chambre d’Agriculture du Var, Garance Marcantoni ne cache pas sa lassitude d'entrendre parler de baisses de rendement lors des conversions.

« Il faut arrêter avec cette idée que passer en bio fait perdre en rendement. Elle a la vie dure, mais le phénomène est vraiment marginal quand la conversion AB est bien préparée » insiste-t-elle.

Réalisant une vingtaine de suivis par an dans des exploitations aux profils très variés, « du retraité qui achète 1 ha en loisir, à l’Anglais qui investit dans 600 ha, en passant par le coopérateur qui en gère 10 », Garance Marcantoni n’a vu des échecs que chez des personnes manquant d’accompagnement, « ou n’ayant par exemple pas de chef de culture expérimenté au bon moment ».

Pour la conseillère, les rendements n’ont pas baissé du fait des conversions bio, mais du passage d’une logique très productiviste dans les années 1980-1990 à une logique qualitative. « En bio ou pas, tous les viticulteurs sont passés d’un trop à un manque d’azote ».

La fertilisation, nerf de la guerre

Dans le Sud-Est, la fertilisation est le nerf de la guerre. « Je préconise un bilan azoté et des corrections à mes viticulteurs presque chaque année » témoigne Garance Marcantoni. Sur la façade atlantique, la conseillère rapporte que des viticulteurs ont parfois enherbé trop brutalement leurs vignes pour limiter la vigueur et la pression mildiou. « Comme chez nous, ils ont eu des soucis avec l’azote ».

Technicien pour Agrobio Périgord, Eric Maille confirme que les viticulteurs bien accompagnés lors de leur conversion ne vont jamais dans le mur. « Sinon je ne ferai pas ce métier depuis des années ! »

En 2007, quand Eric Maille a réalisé sa première enquête sur les rendements, la pression mildiou était telle que nombreux prédisaient zéro récolte aux bios. « Finalement, ces derniers s’en sont souvent mieux tirés que les conventionnels ».

Avançant les mêmes arguments de Garance Marcantoni, le technicien rappelle que les viticulteurs du début du siècle parvenaient à sortir 120 hl/ha sans désherbants chimiques ni produits phytosanitaires de synthèse. « Ils n’étaient pas certifiés, mais travaillaient bien en bio et faisaient de grosses récoltes grâce aux tonnes de fumier qu’ils mettaient dans leurs parcelles ».

En Dordogne, où plus de 30 % des vignes sont certifiées, le rendement moyen en bio tourne désormais autour de 40 hl/ha. « En plus de moins fertiliser, beaucoup ont copié la mode bordelaise de taille à 6 yeux baguette à plat alors que nos densités de plantation sont plus faibles. Mais les viticulteurs bio vendent souvent en direct, avec de bonnes marges, et ils n’ont pas besoin de produire plus pour tirer un revenu décent de leur activité » assure Eric Maille.

Anticiper la conversion

Pour leur éviter les déconvenues, le technicien les fait anticiper leur conversion. « Par exemple, dans les vignes qui ont toujours été désherbées et fertilisées chimiquement, où les racines ne vont pas plus loin que 15 cm, nous ne passons au mécanique qu’un rang sur deux, en travaillant à 3 voire 4 cm maximum de profondeur. Cette transition dure deux ans. Cela laisse le temps à la vigne de refaire son système racinaire en lui laissant la possibilité d’aller chercher ce dont elle a besoin du côté désherbé chimiquement ».

En bio comme en conventionnel, Garance Marcantoni prône une approche systémique de la viticulture pour ne pas pousser la plante au-delà de ses limites et lui permettre de faire des fruits. « En plus de la fertilisation ou de la gestion des maladies, cela passe par le repos après l’arrachage ou la taille non mutilante ».

 

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Tous les commentaires (2)
VignerondeRions Le 06 août 2022 à 10:44:22
Bien préparer sa conversion... Quand je me suis intéressé à la chose, on m'a clairement dit tu bastonnes au moins 3 ans avec tout ce que tu peux (engrais) pour mettre en réserve au maximum avant de faire ta conversion... (Dixit des vignerons Bio) D'autres part, j'ai effectivement des potes en Bio, qui font le plein. Par contre travail du sol intégral, zéro concurrence + a manger, la vigne vit bien et elle produit... Chez nous, vu les conseils préconisés sur l'enherbement, la fertilisation, etc, je doute qu'il n'y ai pas de baisse de rendement à moyen terme. En tout cas ce que je vois du Bio autour de chez moi, la vigne périclite, elle n'atteinds plus le fil de haut, et cette année je vois même des pieds de 10/15 ans crever. Et je peux vous dire qu'il y a des conseilleurs patentés auprès des exploitations concernées, être accompagné est une chose, encore faut il être réaliste. Souvent en Bio, il y a des gourous idéalistes complètement déconnectés de la réalité.
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Benji Le 04 août 2022 à 09:53:17
D?après les techniciens d?agrobios et du lobby bio il n?y a pas de baisse de rendement! Je pense que ces même tecniciens sont capable de dire qu?il n?y a pas plus de travail en bio, pas plus de consommation de gnr en bio, que le bilan carbone est fantastique en bio! Il est tant que ces donneurs de leçons formatés au lobby du bio bussiness essayent de devenir viticulteurs et de vivre de ce métier ! De plus on parle de 40hl/ha est-ce bien viable?? Quand à produire plus car on irrigue des vignes est-ce bien compatible avec la philosophie bio?
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