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Appel à la prudence des exportateurs de vins français en Russie et Ukraine
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Destinations destabilisées
Appel à la prudence des exportateurs de vins français en Russie et Ukraine

S’il est encore trop tôt pour évaluer l’impact du conflit Ukraine-Russie pour les entreprises qui exportent des vins et spiritueux vers les deux pays, le Comité européen des entreprises du vin recommande la plus grande vigilance.
Par Sharon Nagel Le 09 mars 2022
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Appel à la prudence des exportateurs de vins français en Russie et Ukraine
Des armateurs comme Maersk ont suspendu leurs réservations pour le fret en direction et au retour de la Russie et de l’Ukraine jusqu’à nouvel ordre. - crédit photo : Maersk
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elon les données d’Eurostat, l’Union européenne a exporté 2,6 millions d'hectolitres de vins vers la Russie et 462 926 hl vers l’Ukraine en 2021. Autant dire des volumes importants, même si le marché russe a régressé comme peau de chagrin en volume ces dernières années, à la suite d’initiatives réglementaires plus protectionnistes les unes que les autres. Le marché ukrainien est logiquement à l’arrêt, et même si l’activité économique continue tant bien que mal en Russie, la dévaluation de 30 % du rouble a imposé l’arrêt des échanges.

« Cette dévaluation, conjuguée aux sanctions contre les banques russes dans le système Swift et le fait que Visa, Mastercard et American Express ont annoncé que leurs opérations allaient être fermées en Russie, a fait que les importateurs russes ont stoppé leurs importations », indique, d’emblée, le docteur Ignacio Sánchez Recarte, secrétaire général du Comité Européen des Entreprises du Vin (CEEV). Et d’ajouter : « même si les deux pays restent dans des régions couvertes par l’assurance-crédit, aujourd’hui il serait très difficile d’être payé, donc la recommandation aux entreprises, c’est de faire extrêmement attention ».

Le risque de boycott et de sanctions

Certaines entreprises européennes en ont déjà fait l’expérience. A titre d’exemple, la coopérative agricole espagnole Anecoop, dans la région de Valence, s’est retrouvée avec 11 conteneurs de vins, soit 189 640 bouteilles conditionnées spécifiquement pour le marché russe, qui n’ont pu être déchargés en Russie et ont dû rebrousser chemin, avec 15 conteneurs encore en mer. Par ailleurs, la menace de sanctions, voire de boycott, sur les produits européens n’est pas à écarter.

« Plusieurs monopoles scandinaves ont décidé de retirer la vodka russe de leurs linéaires. Comme les vins et spiritueux sont souvent traités de manière symbolique, cela pourrait entraîner le boycott des produits européens en Russie », reconnaît le secrétaire général du CEEV. Qui précise toutefois que la dévaluation du rouble rend inutile toute action punitive : « Les importateurs ne veulent pas prendre de produits qui auraient une augmentation de 30 % du prix consommateur. De plus, les producteurs veulent être payés sur la base d’un prix, et avec cette dévaluation, c’est extrêmement compliqué ».

La France au deuxième rang en valeur

Pour l’heure, les Etats membres et les autorités européennes sont en train d’évaluer la situation et l’impact pour les entreprises. « On a déjà un dialogue ouvert avec la Commission européenne qui veut comprendre l’impact de cette guerre sur nos exportations. Il se peut que dans cette situation de crise, il y ait une activation des budgets crise dans le cadre de la PAC », note Ignacio Sánchez Recarte. Les trois principaux pays producteurs mondiaux sont les plus impactés par le conflit, l’Italie en tête, suivie de l’Espagne et de la France, puis du Portugal et de l’Allemagne dans une moindre mesure. En termes de valeurs, la France est le deuxième pays concerné, après l’Italie.

Ces dernières années, si le marché russe a fortement régressé sur le plan des volumes importés, tout en opérant une montée en gamme, l’Ukraine s’est montrée de plus en plus ouverte aux produits importés. « Le marché ukrainien progressait bien ces dernières années », confirme Ignacio de Andres, agent commercial espagnol qui travaille avec certaines entreprises françaises. « La situation se présentait bien parce qu’au 1er mars de cette année, le timbre fiscal sur les bouteilles devait être supprimé, ce qui aurait facilité les importations ».

Mouvement de protestation des entreprises européennes

L’avenir du côté de la Russie n’est pas radieux pour les vins européens : « Pour le gros du marché des vins français, espagnols et italiens, je pense que le marché russe est fini. Je pense qu’il y aura des vins bon marché en provenance de certains pays satellites, comme l’Arménie, mis en bouteille en Russie, puis un petit marché d’élite avec de grands noms, comme Pétrus pour la France ». Le secrétaire général du CEEV estime lui aussi qu’une polarisation du marché s’opère en Russie, et que les importations de vins en vrac ou de moûts européens vont disparaître à terme : « C’est un marché à deux vitesses : d’un côté un marché protectionniste qui veut assurer l’indépendance de la production, même s’il faut pour cela usurper les indications géographiques, mais c’est aussi un marché qui est ouvert aux produits de qualité où les prix sont de plus en plus valorisés ».

A court terme, les entreprises européennes pourraient bien décider elles-mêmes de boycotter le marché russe : « Il est sûr et certain que certaines entreprises européennes, sans faire le même bruit médiatique que des opérateurs dans d’autres secteurs – comme Apple – vont se retirer ou arrêter leur activité commerciale en Russie », estime Ignacio Sánchez Recarte. Et d’exprimer sa très grande peine et solidarité à l’égard des Ukrainiens : « L’un de nos membres observateurs est ukrainien. Avant, ils travaillaient la terre, désormais ils creusent des tranchées… »

 

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