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Ce que les vignerons font des sarments après la taille

Broyage sur place, brûlage ou compostage, trois solutions s'offrent aux viticulteurs pour éliminer les sarments après la taille. Plusieurs d'entre eux nous expliquent les raisons de leurs choix.
Par Michèle Trévoux Le 14 janvier 2022
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 Ce que les vignerons font des sarments après la taille
Alain Charleux et Mia Subotic, du domaine Mia en Côte Chalonnaise ont opté pour le compostage des sarments - crédit photo : DR
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eux qui les broient

David Girard, qui exploite avec son frère un vignoble de 10 ha à Sancerre, est un adepte du broyage. « Les sarments, c’est une matière organique naturelle qu’on réintègre au sol. Nous le prenons en compte dans nos programmes d’amendement : nous n’apportons plus de matière organique dans nos vignes vigoureuses. On complète seulement dans 5 parcelles qui sont fortement carencées ».

Equipé d’un broyeur Rotabo pour vigne étroites, il réalise un broyage très fin. « Sur des sols travaillés, le broyat se dégrade très vite. Et je n’ai jamais constaté d’aggravation de l’esca depuis que nous avons arrêté de brûler nos sarments, il y a une dizaine d’années », assure-t-il. Seule difficulté de cette pratique : la nécessité de passer lorsque les sols sont durs. « Si les sols sont humides, les roues de l’enjambeur enterrent les bois et le broyeur a du mal à les récupérer. Depuis 2 ans, je passe de nuit quand il gèle. Le broyage est mieux fait et je tasse moins les sols ».

Frédéric Nouet, responsable des 430 ha de vignoble chez Orchidées, maison basée à Saumur, a lui aussi opté pour le broyage. « C’est une pratique qui a fait ses preuves. En laissant cette matière organique dans le rang, on stabilise les sols ». Cette année, il va tester un broyeur TMC pour gagner en vitesse sans risquer le bourrage. Seule difficulté selon lui, la gestion des fils releveurs. « Pour ne pas les emporter avec le broyeur, il faut les remonter et les attacher. C’est une opération de plus par rapport au brûlage », convient-il.

Vigneron sur 11 ha à Chouilly, depuis 30 ans Jean-Pierre Vazart broie ses sarments en veillant à ne laisser au sol que les bois de l’année. « C’est la meilleure façon de les recycler, c’est de la matière organique qui revient à la plante ». Chaque année, il complète malgré tout sa fertilisation en apportant 15 à 20 unités d’azote organique par ha. Dans ses vignes en enherbement naturel, il laisse les sarments un rang sur deux pour avoir des andains de bonne taille que son broyeur avale plus facilement que les petits. "Le passage du broyeur est sans conséquence sur l’herbe", assure-t-il.

L’an dernier, Vincent Barbier, à la tête d’un vignoble de 20 ha à Vertou en pays Nantais, a voulu tester une alternative au broyage. Il a retiré les sarments sur une parcelle de 30 ares, pour les transformer en BRF (bois raméal fragmenté). Il a ensuite ramené ce broyat grossier sur 7 à 8 cm d’épaisseur au pied des ceps pour empêcher la sortie des adventices et s’éviter le passage de l’intercep. Il voulait aussi voir si son engrais vert se développerait mieux dans cette parcelle sans passage du broyeur.

Les résultats de l’apport du BRF ont été très concluants : « On m’avait prédit une faim d’azote mais je n’ai rien constaté dans ce sens. Le BRF a bien entravé la pousse des adventices et j’ai vu une énorme différence au niveau de la vie du sol qui s’est enrichi en lombrics. Ce BRF est également une bonne solution pour conserver l’humidité des sols en saison sèche ».

Par contre, cette pratique a été extrêmement coûteuse. « Retirer les sarments prend un temps fou. De plus, le broyeur que j’avais loué n’était pas adapté au broyage des sarments ». Quant à ses engrais verts, ils n’ont pas trop souffert dans les autres parcelles où il a broyé les sarments au sol. « Ils sont un peu secoués après le passage du broyeur, mais tout est reparti, comme un gazon que l’on tond ».

Cette année, Vincent Barbier est donc reparti pour broyer ses sarments. Il ne renonce pas pour autant à l’idée du BRF mais avec d’autres source d’approvisionnement, comme les arbres qu’il a plantés en agroforesterie.

Ceux qui les brûlent

Vigneron sur 6 ha à Meursault, Sylvain Dussort reste fidèle à la tradition. Ses sarments, il les brûle, comme encore bon nombre de viticulteurs en Côte d’Or. « Le broyage, c’est compliqué dans nos vignes basses et étroites. J’ai des parcelles en côteaux où il ne serait pas aisé de passer le broyeur. De plus, il faut passer quand il fait très froid pour que les sols soient durs. Enfin, cela impose plus de temps à la taille car il faut découper les baguettes pour séparer les bois de l’année des bois de plus âgés, qui doivent être retirés de la parcelle pour éviter l’esca. Il faut ensuite bien aligner les bois dans le rang pour que le broyeur les prenne bien. C’est beaucoup plus contraignant que le brûlage, qui est très simple à mettre en œuvre. Le feu détruit tous les champignons, c’est propre et radical », argumente-t-il. Conscient que l’avenir du brûlage reste incertain, Sylvain Dussort a livré l’an dernier pour la première fois une partie de ses sarments à Vitis Valorem, entreprise basée sur sa commune. Une solution qu’il pourrait renouveler cette année, sa décision n’est pas encore prise.

Au Château Poupille à Sainte Colombe, Philippe Carille brûle aussi ses sarments, mais pas en plein air. Depuis 2008, ce vigneron chauffe sa maison de 500 m2, sa piscine et ses bureaux avec les broyats de sarments issus de ses 33 ha de vigne. « J’amène les sarments en bout de rang et je les broie avec un gros broyeur. Je remplis des big bag de ce broyat que je laisse fermenter à 60 °C pendant 8 à 10 jours, avant de les verser dans un silo de 4m sur 4m et 2 m de hauteur qui alimente ma chaudière. Le broyeur m’a coûté 23 000 €, la chaufferie m’a coûté 70 000 €. Au bout de 9 ans, elle était amortie. Cette autonomie énergétique est très satisfaisante à l’heure où le prix de l’énergie flambe », témoigne-t-il.

Ceux qui les compostent

A Bordeaux, Olivier Michon fait d’une pierre deux coups : il fabrique un compost tout en éliminant ses effluents viti-vinicoles. Ce vigneron s’est équipé de Vignalex de Souslikoff lors de la construction de son nouveau chai en 2016 à Saint-Germain-d’Esteuil dans le Médoc. Il ramasse ses sarments avec un broyeur-récupérateur puis les vide dans une remorque en bout de parcelle et les amène sur sa plateforme Vignalex. C’est une aire bétonnée pourvue d’un système de retournement du tas de broyats de sarments et d’une rampe d’arrosage pour l’humidifier avec les effluents stockés dans une cuve à proximité.

« Avec les sarments de nos 33 ha de vigne, on traite une année d’effluents et je produits 30 % de mes besoins en compost, indique-t-il. Nous y rajoutons du fumier de bovin pour accélérer la décomposition. Grâce à la montée en température, tous les pathogènes sont éliminés. On relève la température du compost tous les 15 jours pour décider s’il y a lieu de le retourner. Il faut compter à peu près une année avant qu’il soit prêt à être épandu. »

Olivier Michon a voulu que l’installation s’intègre dans l’environnement de sa propriété d’où une facture de 280 000 €. « Mais pour un bâtiment plus basique, 100 000 à 150 000 € auraient suffi, assure-t-il. Ce n’est pas plus cher qu’une station d’épuration, et je récupère du compost en plus ». Fier de cette innovation qu’il est le premier à mettre en œuvre, le vigneron bordelais l’a intégrée dans le circuit de visite de sa propriété.

Depuis 2018 Alain Charleux, chef de culture au Domaine Mia, 18 ha en bio en Côte Chalonnaise a lui aussi opté pour le compostage. « Précédemment, je broyais sur place, mais ce passage de tracteur tasse les sols, explique-t-il. Et en laissant les sarments sur place, on prend des risques avec le black rot et le rot brun contre lesquels nous n’avons pas de produit de traitements en bio. Je sors les sarments des vignes à la main en les amenant en bout de parcelle, je les broie avec un broyeur forestier que j’amène sur place et je récupère le broyat que je mets en tas à l’extérieur. J’apporte une préparation biodynamique et je le retourne trois fois par an avec un épandeur à fumier. Au printemps suivant, j’y incorpore du fumier de vache. J’ai fait le premier épandage en septembre, sur une future plantation. Et l’an prochain, je commencerai l’apport sur des vignes en place. C’est une solution qui demande plus de temps et d’énergie que le broyage sur place, mais on peut moduler les apports et réincorporer ce compost dans les vignes qui ont le plus besoin ».

Le brûlage sur la sellette

Si le brûlage des déchets verts est interdit pour les particuliers et les collectivités locales, ce n’est pas le cas des déchets agricoles selon une circulaire du 18 novembre 2011 du ministère de l’environnement. Mais le préfet de chaque département peut réglementer cette pratique et l’interdire temporairement notamment en cas de dépassement des normes de particules dans l’air et durant les périodes sujettes à ces dépassements. Ce fut le cas en janvier 2017 en Bourgogne où les préfets des trois départements viticoles – Côte d'Or, Yonne et Saône-et-Loire- ont pris un arrêté interdisant « tout brûlage de déchets verts à l'air libre » et « des sous-produits agricoles » et suspendant « les éventuelles dérogations pour raisons phytosanitaires ou agronomiques». Justifiant l’interdiction de brûlage, la communauté de communes du Médoc indique sur son site internet que 50 kg de déchets verts brûlés émettent autant de particules fines que 9 800 km parcourus avec une voiture diesel ou 6 mois de chauffage au fuel !

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