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Languedoc
Le vigneron Virgile Joly crève l'abcès d'une décennie de tensions avec sa mairie

Depuis 2008, le vigneron héraultais a vu s'enchaîner les décisions de justice pour bâtir sa nouvelle cave. Toujours sans eau ni électricité, il met en cause un acharnement de la municipalité, qui se défend de tout zèle administratif.
Par Olivier Bazalge Le 13 janvier 2022
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Le vigneron Virgile Joly crève l'abcès d'une décennie de tensions avec sa mairie
Virgile et Magdalena Joly devant la cave construite en 2018 - crédit photo : DR
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a cave de la discorde. « La mairie n’a eu de cesse de m’empêcher de faire aboutir mon projet. Il a fallu dix ans entre le dépôt du permis de construire et la livraison de ce chai, en 2018. Et depuis, on me refuse le raccordement à l’eau et l’électricité »… En une phrase, le vigneron bio Virgile Joly résume une décennie de tensions avec la municipalité de Saint-Guiraud au sujet de sa nouvelle cave. Un conflit latent, réglé à coups de décisions de justice, allant deux fois jusqu’au Conseil d’Etat.

Pourtant, en Languedoc, le nom de Virgile Joly ne résonne pas dans le vide. Reconnu par les critiques et bien installé dans de nombreux marchés export, la réputation du vigneron et de ses vins n’est plus à faire. Plus localement, le vigneron préside depuis 2012 le syndicat de l’appellation de son terroir Languedoc - Saint-Saturnin. Alors qu’il s’est installé hors cadre familial en 2001 avec 0,8 ha en fermage pour produire 5 000 bouteilles, son développement le conduit en 2008 à planifier la construction d’une nouvelle cave, sur une parcelle acquise sur la commune voisine de Saint-Guiraud. Réunissant tous les ingrédients de la réussite, l’histoire passerait facilement pour une success story languedocienne. C’était sans compter sur les désaccords avec la municipalité concernée.

Le maire droit dans ses bottes

« Alors que nous avions fait des réunions préparatoires en mairie, le permis de construire a été refusé de manière abusive, l’architecte ayant respecté l’ensemble des points validés en réunions. Des critères non-recevables, mais surtout inventés ont été opposés ! Face à une telle mauvaise foi, l’architecte m’a recommandé de ma faire assister par un avocat », déroule Virgile Joly. Ce premier contentieux entre les deux parties conduira à trois décisions de justice successives, toutes défavorables à la mairie : tribunal administratif de Montpellier, cour administrative d’appel de Marseille, puis rejet du pourvoi de la mairie par le conseil d’Etat en mars 2013. Pendant ce temps, Virgile Joly doit accueillir son surplus de production. La commune voisine d’Arboras lui offre alors de louer un bâtiment municipal pour y installer une cave temporaire.

Directement mis en cause par Virgile Joly, Daniel Requirand, le maire de Saint-Guiraud depuis 2001 et lui-même vigneron, se dit pourtant « droit dans mes bottes et assume toutes les décisions prises. Le refus originel du premier permis de construire concerne le raccordement à l’eau et ce problème n’a toujours pas été réglé et continue de poser problème aujourd’hui ». Il estime que les décisions de justice ont validé le permis de construire tacite, sans jamais résoudre ce problème du raccordement à l’eau.

C’est en ce sens que le maire explique n’avoir pas voulu délivrer, alors que la justice l’y obligeait, le certificat de permis tacite pour cette construction, allongeant encore les délais d’attente. Une nouvelle série de décisions de justice favorables au vigneron a alors suivi, conduisant Virgile Joly à mettre nommément en cause le maire, « qui s’acharne pour empêcher la construction de la cave par tous les moyens : tentative d’expropriation d’un tronçon de chemin longeant la cave par déclaration d’utilité publique, puis modification du plan local d’urbanisme pour récupérer ce même tronçon ».

La cave du domaine à l'origine de toutes les crispations

J’assume le coût des dommages et intérêts versés par la mairie

La justice annule la validité de ces opérations de la mairie, avant de condamner celle-ci à plus de 220 000 € de dommages et intérêts suite aux actions de Virgile Joly en demande de réparation des préjudices moraux et économiques subis. Là encore, la décision finale a été tranchée par le Conseil d’Etat. Daniel Requirand et son conseil municipal campent pourtant sur leurs positions, le maire estimant même que c’est Virgile Joly qui a envenimé la situation par sa propension procédurale. « J’assume le coût des dommages et intérêts versés par la mairie, même s’ils n’ont été accordés qu’en appel. C’est facile de taper sur le maire d’un petit village en alertant tout le monde, mais je suis prêt à m’asseoir autour d’une table et régler les problèmes avec M. Joly. Mais sans avocats ni journalistes entre nous », avance Daniel Requirand. Très technique, le dossier touche à de multiples compétences mais le maire se défend de tout acharnement et indique qu’il avait prévenu Virgile Joly que le raccordement à l’eau aurait dû être réglé avant la construction.

C’est donc dans un chai sans eau ni électricité que Virgile Joly opère depuis 2018. « Sans raccordement aux réseaux hydraulique et électrique, un nouveau préjudice se creuse au fil du temps, puisque je dois faire livrer l’eau par citernes et faire fonctionner un groupe électrogène. Le surcoût est colossal : 1 500 à 2 000 €/mois », précise Virgile Joly. Il avance en outre un devis de raccordement signé avec Enedis en 2018 attestant de son respect des procédures.

« Que ce soit pour l’eau ou l’électricité, cela ne relève pas de la compétence de la mairie. Pour intervenir, Enedis doit attendre le renforcement du réseau. C’est Hérault Energies (syndicat mixte d'énergies du département, ndlr) qui est en charge de ça, et pour l’eau, c’est de la compétence de la communauté de communes », assure en retour Daniel Requirand.

Surcoûts et servitude

Les deux sujets sont techniques, et le service des eaux de la communauté de communes vallée de l’hérault n’a pas souhaité commenter ce dossier. Le maire de Saint-Guiraud précise en revanche « que M. Joly est dans l’obligation de se raccorder à un réseau de distribution, et non d’adduction comme il l’a demandé. C’est ce point qui bloque. Il doit donc financer un réseau pour se brancher au centre du village, ce qui coûte très cher ».

Par la voix de son directeur Christian Cammal, Hérault Energies, explique que le renforcement du réseau électrique aurait pu être fait depuis longtemps. « Mais des propriétaires privés n’ont pas donné leur accord pour les travaux sur leur terrain. Cela implique alors un contournement qui coûte bien plus cher, et auquel devrait contribuer M. Joly. Il refuse et nous a conduit devant la justice pour un contentieux tripartite entre lui, la commune et Hérault Energies. Tant que ce contentieux n’est pas réglé, nous ne pouvons engager les travaux », décrit Christian Cammal.

Pour soutenir le vigneron dans son marathon procédural, une association, ‘les amis de Virgile Joly’, a même vu le jour. Son président, Patrice Sifflet, vise ouvertement le premier édile de la commune, « qui, aux côtés d’autres membres du conseil municipal, eux-mêmes vignerons, se sert de son mandat à des fins personnelles pour empêcher l’installation du domaine Virgile Joly, autrement plus reconnu qu’eux sur la scène viticole ». L’attaque est frontale car Patrice Sifflet juge « intolérable de laisser un exploitant et sa famille travailler et vivre pendant des années sans eau ni électricité, alors que M. Joly a proposé des solutions amiables pour régler les problèmes de servitude qui débloqueraient le dossier. Le maire n’a jamais donné suite ».

Les règles sont les mêmes pour tous

Daniel Requirand estime qu’il n’a fait que respecter les règles établies, et avance que sa porte est ouverte à toute discussion avec le vigneron. « M. Joly oublie d’indiquer que nous avons pris des décisions allant dans le sens de ses demandes pour établir les PLU (plan local d’urbanisme, ndlr). Je concède avoir été tatillon, mais les règles sont les mêmes pour tous les administrés », argue-t-il.

Contraints ou volontaires, les protagonistes devront pourtant bien finir par s'entendre.

 

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Tous les commentaires (5)
Laurent Gillet Le 02 février 2022 à 11:07:04
Les deux parties seraient-elles ouvertes à une démarche de médiation pour tenter de mettre fin à leur différend ? Ancien dirigeant d?entreprise viti-vinicole et médiateur agréé, je me tiens à leur disposition pour les accompagner dans cette démarche alternative amiable. Laurent GIllet Médiateur inter-enterprises agréé CMAP
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Amagat Marie Line et Jacques Le 25 janvier 2022 à 09:20:21
Bonjour virgil on vient de voir ton problème et on est de tout coeur avec toi je ne vois pas comment ils peuvent en arriver là je pense que la dessous il y a un peu de jalousie car tu as fait et continue de faire du très bon vin tu ne compte pas ton temps et tu as su créer une bonne ambiance autour de toi il faut savoir que tu as commencé avec rien mais ton courage ta permis d en arriver là bravo et on est fier de toi on te souhaite que cette histoire est une belle fin autour d un bon apéritif compte sur notre soutien on t embrasse et ta jolie famille aussi on viendras te voir le mois prochain on espère a bientôt bisous
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Ahah Le 19 janvier 2022 à 22:13:34
J ai un bout de terrain au bout du monde Je m installe et demande à être viabilisé C est comme ça que ça marche ?
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gz33 Le 14 janvier 2022 à 14:10:06
une telle situation dans l'héraut? comme c'est bizarre...j'en ai déjà entendu d'autres du même genre du coté du pic saint loup...un jeune qui s'installe, un certain succès et un maire(vigneron) qui s'entête on ne sait pourquoi? mais tout le monde sait pourquoi : la jalousie...c'est tout... et si en plus vous n'êtes pas né dans le coin, alors là, vous pouvez passer votre chemin pour le permis de construire...
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MAAS rené Le 14 janvier 2022 à 09:03:23
Nous devons réagir pour soutenir ce couple de viticulteurs,la mairie doit être mise au pied du mur,nous devons tous exiger que ces désagréments supportés par ces professionnels prennent fin.Le maire doit démissionné.
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