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Quelles solutions pour arracher rapidement les ceps de vigne morts ?

Les idées fusent pour arracher les ceps morts dans les vignes en place. Passage en revue des solutions trouvées par les uns et les autres.
Par Vincent Gobert Le 13 décembre 2021
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Quelles solutions pour arracher rapidement les ceps de vigne morts ?
L’arrache-cep d’Anthony Pantaléon accroche les ceps morts telle une gaffe. - crédit photo : DR
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ien de plus simple que l’arrache-cep d’Anthony Pantaléon et son père ! Juste un double crochet placé au bout d’une longue perche. Une gaffe en quelque sorte. Un outil fabriqué il y a dix ans par un métallier de la région. Ces viticulteurs de Saint-Nicolas-de-Bourgueil l’attèlent au relevage arrière de leur tracteur Claas Nexos 220 VL. Ils circulent ainsi dans les rangs de vigne, laissant presque traîner leur gaffe au sol. Quand ils voient un cep mort, ils orientent la perche vers lui à l’aide de la commande hydraulique qu’ils ont en cabine. Comme le tracteur avance, le crochet se prend dans le cep, se coince et l’arrache. Aussitôt, le chauffeur le ramène vers le centre de l’interrang et le lève pour le faire tomber.

« Je suis très content de cet outil. J’avance vite, j’arrache de 600 à 700 ceps dans la journée, explique Anthony. À l’époque il n’a coûté que dans les 1 000 euros. La seule modification que nous avons faite a été de l’allonger pour gagner 30 cm de déport. On arrive à 3 mètres en tout. Parfois, des ceps cassent. Dans ce cas, je sors les restes avec une tarière vrille à deux pales inclinées lors d’un passage suivant. Ça ne coupe pas les racines. Je ne veux pas laisser de bois malade. »

Du fait-maison performant

Les Pantaléon exploitent un vignoble 21 ha. « Sur 19 ha, qui n’ont jamais connu l’arsenic de soude, j’arrache environ 2 200 ceps par an, poursuit Anthony. Deux ha de très vieux ceps de 40 – 50 ans ne sont pas concernées, ils sont moins sensibles aux maladies du bois. Avec ce système, on n’a pas besoin d’être deux à la vigne. Mon père peut travailler au chai. Quand j’ai terminé d’arracher, je ramasse les bois en passant dans les interlignes avec un vibroculteur. En deux jours et demi, tout est fait. C’est un vrai gain de temps ! C’est bien plus simple que d’arracher avec une chaîne et plus rapide qu’avec une mini-pelle. » Mais il faut être un chauffeur adroit pour envoyer à temps la gaffe vers le cep à arracher. Trop tôt, on attrape le cep bien vivant qui précède le mort ; trop tard, il faut faire marche arrière pour recommencer la manœuvre.

Autre outil bricolé : la lame en U d’Alban Mercier. « Mon père l’a fabriquée, décrit ce vigneron à la tête de l’Earl du Phoenix, 23 ha à Ballans, en Charente-Maritime. Il n’a utilisé que des pièces de récupération. À l’époque, il s’est inspiré d’une machine prélevant les arbres avec leur motte de terre dans une pépinière de Vendée. C’est un U qui pivote autour d’un axe. On s’approche du cep à arracher, la lame à l’horizontale. On la fait pivoter. Elle rentre dans la terre et passe sous les racines jusqu’à sortir de l’autre côté. Puis on ramène la lame au point de départ. Il n’y a plus qu’à ramasser le cep. Ça évite de broyer et de faire des trous énormes. »

250 ceps arrachés en 1 h 30

L’outil est fixé en entre-roues d’un tracteur Ford 5000 de 70 ch. Arrivé à hauteur d’un pied mort, Alban le déporte vers ce cep jusqu’à le toucher. Puis il l’enclenche. Ce 18 novembre, il arrache 250 ceps en 1 h 30. Il passe deux fois dans un interrang, dans un sens à l’aller et en sens inverse au retour, pour arracher de part et d’autre sans tasser l’interrang suivant, où il passera ensuite pour ramasser les pieds arrachés.

« Ça va vite et c’est efficace, juge-t-il. On prend bien les racines à environ 20 cm de profondeur. Au-delà, c’est la roche. Les racines restantes sont coupées nettes, pas broyées. Je les enlève par la suite, avec un sécateur. Avec notre machine, on ne perturbe pas les racines des ceps attenants car la terre reste à 80 % en place. »

Sur le même principe, Caroff, un revendeur et artisan basé à Segonzac, en Charente, a conçu un outil plus sophistiqué que l’on accroche à l’avant du tracteur et qui dispose d’un bras hydraulique articulé pour arracher sur deux rangs par passage, de part et d’autre de l’interligne. Cet arrache-cep se contrôle du bout des doigts grâce à un joystick en cabine. Il est présenté à un prix tarif de 7 500 €.

Les fabricants sortent les pinces

Plus sophistiquées encore : les pinces. Avec leurs mors, elles attrapent les ceps puis les tirent vers le haut, les arrachant avec leurs racines qui ressortent nues de l’opération. Les partisans de ces outils apprécient que les différents horizons du sol et les racines des ceps voisins ne soient pas touchés lorsqu’on arrache un cep mort. À l’inverse, des viticulteurs critiquent leur lenteur.

En Alsace, Plein-Air Création propose une pince hydraulique qui travaille avec un angle allant jusqu’à 60° à droite et à gauche du tracteur. Cet outil dispose d’un second bras auquel on fixe une tarière pour ouvrir le trou après avoir arraché le cep. En Bourgogne, Duchet Solution propose un modèle pour enjambeur.

En Charente, Hubertrack fabrique la pince Extract pour tracteur interligne qui s’adapte à tout tracteur en attelage avant, grâce à une interface que le fabricant réalise sur mesure. Cette pince se commande à l’aide de deux joysticks. Elle se place d’un côté de son support, à droite ou à gauche, si bien qu’on n’arrache que sur un rang par passage. Le mât déporté qui la supporte est inclinable et téléscopique pour rapprocher la pince du cep. L’arrachage suit un mouvement vertical.

Des viticulteurs modifient cette pince pour avoir une mâchoire qui tienne mieux le cep. C’est par exemple le cas de Valentin Champeaux qui témoigne de son expérience dans le groupe Matériel et viticulture sur Facebook. « On a rajouté des petites griffes qui accrochent mieux le cep quand tu fermes la pince », note-t-il. Dans la discussion, des vignerons soulignent la difficulté qu’ils ont à attraper les ceps lorsque la dégradation du bois est avancée. Mais à ce stade-là de décomposition, peu d’outils conviennent. Ne reste que la tarière.

Des outils populaires, mais imparfaits

Gare aux doigts. Des viticulteurs nouent des chaînes ou des sangles autour des ceps morts avant de tirer dessus. Le procédé est rapide mais dangereux. Il y a des accidents chaque année. Il arrive aussi que les ceps cassent. Enfin, il faut parfois bécher autour du cep pour assurer la prise de la chaîne ou la sangle.

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