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Être bio ne suffit pas
"Au-delà des certifications, ce sont les pratiques viticoles qui déterminent la biodiversité"

Le suivi de taxons aériens et souterrains permet d'approcher la complexité des impacts des pratiques viticoles sur l'écosystème du vignoble.
Par Alexandre Abellan Le 09 décembre 2021
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« Nous vivons une crise majeure de biodiversité » pose Adrien Ruch, rappelant qu’une espèce animale et végétale sur huit est actuellement menacée de disparition (d’après le rapport 2018 de l’IPBES). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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omparant les effets sur la biodiversité de parcelles en agriculture biologique et en conventionnel, Adrien Ruch, chargé de recherches à l’Institut National de la Recherche pour l’Agriculture et l’Environnement (INRAE), désamorce d’emblée tout débat piégé lors du douzième forum environnemental du vin de Bordeaux, ce 7 décembre au palais des congrès. « L’idée n’est pas d’opposer les systèmes, mais de rentrer dans une diversité de pratiques » pose le chercheur, ayant suivi les effets de l’agriculture biologique sur la biomasse microbienne, les vers de terre, des carabes…

Résultat sur 40 parcelles de l’Entre-deux-Mers et du Libournais, « il y a des effets positifs et négatifs sur les taxons souterrains. Il n’y a pas de réponse unique de la biodiversité aux pratiques viticoles de l’agriculture biologique. Certains taxons sont favorisés, d’autres non » indique Adrien Ruch, précisant qu’« au global, il y a une meilleure conservation des espèces si l’on prend l’ensemble des chaînes trophiques*, mais on voit que des groupes, comme les carabes ou les vers de terre, répondent négativement aux pratiques de l’AB. Notamment en raison du travail du sol. »

Pressions sur la biodiversité

Martelant qu’il n’y a pas de réponse unique de la biodiversité aux pratiques de l’AB, le chercheur appelle à rentrer dans le détail des pratiques viticoles, indépendamment des certifications afin de réduire la pression sur la biodiversité. Les études de l’INRAE indiquent ainsi que l’intensité du travail du sol a un fort impact sur les populations de vers de terre (corrélées négativement avec une gestion croissante de l’inter-rang), tandis que l’abondance de carabes pâtit des insecticides (pour des Indices de Fréquence de Traitement croissants) et que le cuivre dans le sol touche les collemboles (des arthropodes). « Il est possible d’avoir des recommandations pratiques réduisant les effets sur la biodiversité » indique Adrien Ruch, notant qu’une « bonne connaissance des pratiques et infrastructures agroécologiques favorise la biodiversité dans les paysages viticoles ».

Notant qu’il y a de nombreuses raisons d’œuvrer à la conservation de la biodiversité (morales, esthétiques, patrimoniales…), Adrien Ruch met l’accent sur des raisons fonctionnelles : « la biodiversité est le moteur de l’écosystème, tant sur le plan écologique que socio-économique ». En témoignent les chiroptères, avec 70 % de fèces de chauve-souris positifs aux tordeuses des vers de la grappe d’après une étude de l’INRAE. « Quand on regarde perforation des baies issues des tordeuses de la grappe, on constate que l’on a des perforations plus basses quand on a une activité insectivore plus importante. En résum » : si on favorise la présence des chiroptères, on diminue significativement l’intensité des dégâts » pointe le chercheur.

Diversité végétale

Autre exemple concret avec les araignées, « des prédateurs de ravageurs du vignoble » note Adrien Ruch, qui note qu’« en augmentant la diversité végétale à l’intérieur des parcelles, on augmente significativement les réseaux trophiques supérieurs : biodiversité d’insectes et d’araignées. Ce se retrouve dans bénéfices en matière régulation des œufs de tordeuses. »

 

* : « L’AB favorise la diversité et l’abondance multitrophique, mais tous les groupes fonctionnels ne sont pas favorisés » précise Adrien Ruch.

 

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