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La Provence et la tortue
"Est-il possible de faire cohabiter activités viticoles et réserve naturelle ?"

Dépassant 500 000 euros, trois condamnations viennent de sanctionner des activités d'aménagement d'un vignoble provençal face à la protection des tortues de Hermann.
Par Alexandre Abellan Le 30 novembre 2021
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Regrettant un déformement des faits, l'avocat Florent Ladouce regrette que 'tout ait été grossi' dans ce dossier. Y compris les condamnations. - crédit photo : Château de Berne
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ascade d’amendes dans la réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures. En quelques mois, les domaines de Berne écopent de trois condamnations conséquentes à la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Draguignan pour avoir enfreint la loi sur les réserves naturelles en général, et les espèces protégées que sont les tortues de Hermann en particulier. Ce 26 novembre, une dépêche AFP rapporte que la juridiction varoise « condamne à 45 000 euros d'amendes fermes » le château des Laurets (racheté en 2015, à La garde Freinet) « pour avoir défriché la zone d'habitat d'une espèce de tortue menacée » en 2019 (à hauteur de 30 000 €) et en 2020 (25 000 €, dont 15 000 € avec sursis). Ce 24 septembre 2021, la chambre correctionnelle condamnait lourdement déjà le château de Berne pour « mutilation non autorisée d’espèces animales non domestiquées » au Cannet des Maures au printemps 2019. Pour la juridiction, le préjudice écologique s’élève à 375 000 € à régler conjointement par le château de Berne (également condamné à 100 000 € d’amende), son directeur d’exploitation (condamné de plus à 25 000 €) et son directeur général (condamné également à 25 000 €). Des condamnations conséquentes, et ce sans compter les indemnisations obtenues par les parties-civiles : associations et réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures.

Défendant le château de Berne et ses propriétés, maître Florent Ladouce fait appel des trois condamnations et réfute les charges retenues. Comme le terme de défrichage non-autorisé pour la parcelle du château de Berne : « il ne s’agissait pas de défrichement, mais de réhabiliter des parcelles de vignes existantes. Leur vocation viticole les exempte de déclarations administratives préalable » explique l’avocat àVitisphere, notant que la parcelle ayant été rachetée, il faut prouver grâce aux anciens propriétaires l’exploitation viticole préalable à la réserve naturelle (fondée en 2009).

C’est ubuesque

Pour les condamnations concernant le château des Launes, le jugement porte sur l’altération de l’habitat d’espèces protégées sans autorisation. La justice reproche le défrichage en 2019 des alentours d’habitations réservées aux employés et saisonniers du domaine, cette zone présentant une sensibilité notable pour l’habitat de la tortue de Hermann. Notant que la zone débroussaillée ne se trouve pas dans la réserve naturelle, maître Florent Ladouce souligne que le rapport déterminant que la zone est sensible n’est pas indépendant, ayant été rédigé par un salarié de la réserve naturelle, qui est plaignante.

En 2020, les travaux consistait à mettre en place de pierres le long d’un sentier communal menant au domaine pour éviter un parking sauvage, ainsi que la plantation de lavandiers pour agrémenter la zone de stationnement. La justice poursuivant une atteinte à l’habitat d’une espèce protégée, le domaine a retiré les pierres : « il restait les lavandes le jour de l’audience. C’est ubuesque d’être condamné pour avoir créé des aménagements protégeant les tortues en empêchant le stationnement » grince maître Florent Ladouce, pour qui « la vraie problématique est : est-il possible de faire cohabiter des activités viticoles avec une réserve naturelle ? C’est un enjeu pour toute la profession. »

Pare-feux

« Nous, association de protection de l’environnement, ne sommes pas contre les vignes. Cet été, elles étaient le meilleur moyen d’éviter la propagation des incendies » déclare à Vitisphere Henri Bonhomme, président de l’Union Départementale du Var pour la sauvegarde de la Vie et de la Nature (UNDV-FNE 83), pour qui l’enjeu de ces dossiers est de réaliser des travaux se conformant à la mise en demeure de déclarer ou d’obtenir une autorisation de travaux sur un site Natura 2000. Et de critiquer des opérations de labourage et d’arrachages d’arbres portant atteinte à l’habitat d’espères protégées.

 

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Tous les commentaires (1)
steph Le 01 décembre 2021 à 19:53:04
La racine même du mot paysan est directement rattachée à paysage ou même à pays. Bref un paysan est une personne qui vit et qui entretient un lieu. A force de débouter et même de dégouter les agriculteurs, les promeneurs et touristes n'auront bientôt plus que des chaumes et des friches dans lesquelles se balader et pour faire de jolies photos de vacances... En Provence, le milieu où vit la tortue de Hermann est protégé, à juste titre, mais par chez moi (en gironde) certaines sociétés d'éoliennes ont obtenues le droit à la destruction de son habitat pour pouvoir planter quelques éoliennes en milieu humide. Deux poids, deux mesures?
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