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Lutte contre les TMS
Des vignerons conquis par les exosquelettes après une saison d'utilisation

Pour prévenir ou soulager les troubles musculosquelettiques (TMS), les tous premiers domaines s'équipent en exosquelettes. Ils ne reviendront pas en arrière.
Par Vincent Gobert Le 17 novembre 2021
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 Des vignerons conquis par les exosquelettes après une saison d'utilisation
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ouveau progrès dans la lutte contre les TMS, les exosquelettes trouvent leurs premiers utilisateurs dans deux domaines bordelais, les châteaux Lagrange à Saint-Julien-Beychevelle et Montrose à Saint-Estèphe. Ces équipements apportent une aide inédite à leurs salariés. Du moins l’un d’entre eux, le LiftSuit de l’entreprise Auxivo.

« Les premiers essais sont très positifs, décrit Benjamin Vimal, directeur adjoint du Château Lagrange. Au point que nous avons acheté cinq LiftSuit en avril pour nos cinq salariés viticoles qui ont exprimé l’envie et le besoin de continuer de travailler avec cet équipement après l’avoir essayé en mars. »

Moins de fatigue, moins de douleurs

Le Liftsuit (voir encadré) est constitué d’un baudrier et d’un gilet à bretelles. C’est un exosquelette textile qui soutient les hanches et le dos lorsqu’on soulève des objets ou que l’on travaille, penché vers l'avant. « Je l’ai porté pendant douze jours d’épamprage à la serpette cette année et je n’ai pas été gêné, témoigne Philippe Bataille, l’un des cinq salariés du Château Lagrange à l’avoir adopté. Lorsqu’on épampre, le rythme est soutenu car on est payé au cep et la journée est longue, environ 8 heures et demi de travail. Ça fait 30 ans que je fais cette tâche et cette fois j’ai vraiment senti une aide pour le dos. C’est le moment le plus dur de l’année et je n’ai plus eu de sensation de lumbago comme avant. »

Même enthousiasme au Château Montrose. Après des essais concluants, cette propriété a acheté six Liftsuit cette année. « Nous les avons eus à la fin de taille, puis pour tous les autres travaux : l’épamprage, l’effeuillage et le soutirage à l’esquive, détaille Vincent Decup, le directeur technique. Au vignoble, avec des ceps établis à 40-45 cm et un feuillage à 1,3 m dans des vignes de toutes vigueurs, le Lifsuit s’est révélé efficace, lorsque l’on se penche. En effet, il tient le dos, les lombaires. A la vigne, les salariés l’ont porté des journées entières en alternant avec le travail assis sur des charriots électriques. Au chai, ils les portent en continu tous les jours. Dans tous les cas, ils éprouvent moins de douleur dans le dos et moins de fatigue globale. Ils relèvent peu de gêne. »

Deux modèles moins intéressants

Au Château Montrose, cet investissement fait partie d’un tout. « Notre objectif est de garder nos salariés le plus longtemps possible, poursuit Vincent Decup. Nous les avons formés aux bons gestes et postures selon les travaux. Nous leur avons appris à s’échauffer avant de démarrer une activité. Nous avons mis une salle de sport et un coach à leur disposition pour effectuer des exercices de gainage, notamment. Nous avons mécanisé toutes les tâches qui pouvaient l’être. L’exosquelette s’inscrit dans ce plan global visant à prévenir les troubles musculosquelettiques. »

Le Château Lagrange a testé deux autres modèles avec moins de succès : le Skelex IP 12 de Gobio et le Hapo distribué par Ergosanté. Le premier est destiné à soulager ceux qui travaillent les bras en hauteur. « C’est un matériel au point, mais long à mettre sur soi, observe Benjamin Vimal. Le seul poste pour lequel nous avons trouvé un intérêt, c’est au conditionnement. Son système de poulies soulage les bras. Mais c’est un poste saisonnier et le Skelex est cher, entre 5 000 et 6000 €. Du coup, pour soulager les ouvriers au conditionnement, on privilégie les tables élévatrices. »

Le second modèle testé au Château Lagrange se rapproche bien plus du LiftSuit, étant également un harnais en tissu flanqué de tiges sur les flancs. « Cet équipement apporte le même soulagement que le Liftsuit, indique Benjamin Vimal. Il fonctionne bien et soulage les lombaires. Mais il est beaucoup moins agréable à porter. Ses baguettes gênent les utilisateurs et leur donnent des rougeurs. » « Je l’ai testé pour tailler les jeunes plants, précise Philippe Bataille, salarié du Château Lagrange. Je l’ai gardé à peine plus d’une heure, car il est inconfortable. »

Dans l’Hérault, Christophe Sabatier, à la tête du Domaine de Cassagnolle, et ses salariés ne l’ont pas davantage retenu. « Nous l’avons essayé pendant les vendanges 2020, décrit-il. Il fonctionne très bien. C’est rapide à mettre et facile à régler. Mais c’est plutôt un matériel à utiliser en rééducation ou en fin de journée lorsque le corps est fatigué. Je crains qu’il fasse perdre de la musculature aux personnes valides car c’est un outil très accompagnant. » Après cet essai, aucun salarié n’a souhaité s’équiper. N’empêche, Christophe Sabatier reste en veille sur le sujet. « Je réfléchis à m’équiper pour les fins de journées ou pour la taille, qui s’étale sur presque six mois », explique-t-il.

Des adaptations pour les grands et les petits

Bien qu’il recueille les faveurs de ses premiers utilisateurs, Liftsuit présente tout de même quelques imperfections. Après l’avoir porté, Philippe Bataille a ressenti des douleurs aux omoplates qu’il n’avait encore jamais ressenties. « Je ne sais pas si c’est lié à l’exosquelette », dit-il. Vincent Decup ajoute que cette protection « n’est pas forcément adaptée aux personnes de petite taille ni aux fortes corpulences. Mais HBR Innovations, le distributeur avec lequel nous travaillons, peut faire des adaptations. Et à la vigne, certains utilisateurs le trouvent gênant quand il fait chaud, quand ils portent des vêtements de pluie ou la batterie de leur sécateur ou de leur lieur. Au chai, personne n’a relevé de problème. »

Malgré cela, l’expérience est tellement convaincante que le Château Lagrange va acheter quatre ou cinq modèles supplémentaires pour 2022. Les exosquelettes seraient-ils les EPI de l’avenir ?

Le Liftsuit en détails

Le LiftSuit est un baudrier en textile léger, d’environ 900 g, fabriqué en Suisse. Des ressorts textiles souples se tendent lorsqu’on se penche vers l’avant ou que l’on s’accroupit. Ils stockent ainsi de l'énergie, qui soutient l'utilisateur aussi longtemps qu’il est en position de travail, puis qui l’aide à se relever. Ces ressorts agissent en quelque sorte comme des muscles supplémentaires pour décharger ceux du dos et des hanches. Dans le même temps, ils contraignent les utilisateurs à s’accroupir sur leurs genoux pour faire travailler les cuisses, plutôt que de les laisser se pencher vers l’avant en ployant leur dos. LiftSuit est disponible en une seule taille avec plusieurs options de réglage. Le fabricant indique qu’il convient à la plupart des utilisateurs mesurant entre 1,60 m et 1,90 m.

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Tous les commentaires (1)
pg Le 20 novembre 2021 à 19:44:52
Il m' est arrivé de réellement souffrir en taillant certaines de mes vignes établies à 50/60 cm du sol .... Et j' ai fini par consulter un étiopathe , conseillé par une bonne amie qui ne jurait que par la médecine alternative ( plantes , homéopathie, étiopathie... ) . Je n' y croyais donc pas vraiment . Mais j' ai tenté. Si la 1ere consultation ne m' a pas apporté de confort notoire , j' avoue qu' au bout de 3 à 4 séances, non seulement je n' ai plus eu mal au dos en taillant , mais mes rhumes à répétition de septembre à juin , ont disparu. Aujourd'hui, je pratique systématiquement une consultation avant les vendanges et la seconde après la taille en avril. Cela fait maintenant une dizaine d' année que je fonctionne ainsi. J' avoue avoir été transformé par mon étiopathe. Je considère qu'il m' a rajeuni de 10 ans. Excessif ? Honnêtement , non . Mon grand regret est de ne pas avoir consulté bien avant. Je devais trainer un squelette mal agencé depuis l' enfance. 100 € par an , 2 consultations , pour avoir une forme que je ne me connaissais pas . La dernière fois que j' ai vu mon médecin traitant , il m' a lâché avec humour : " je ne vous vois plus ?! " Il est très bien , mon médecin . Comme il y en avait , il y a 50 ans.... Mais ce que je suis heureux de ne pas avoir à le consulter. Alors, un exosquelette , pourquoi pas . Mais un corps sain ( habité par un esprit sain ? ) , c' est encore mieux. je dois vous avouer que mon étiopathe tient à ce que je le paie en bouteilles de vin de ma production... C' est vraiment un bon étiopathe !
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